L'HOMME NOUVEAU 

Col 3, 9 b-15 ; Lc 6, 12-19

(10 septembre 1994)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

Douceur de la vie nouvelle

A

 

quoi reconnaît-on que notre vieil homme est mort en nous et que l'homme nouveau a commencé à vivre ? Saint Paul nous l'indique : "Si nous reconnaissons en nous cette tendre compassion, cette bienveillance, cette humilité, cette douceur, cette patience, cette manière de supporter les autres, cette manière héroïque de les supporter tels qu'ils sont, et par-dessus tout, cette charité qui semble présider à cet homme nouveau et dans laquelle se noue la perfection de cet homme nouveau."

Le portrait, la description est si fascinante que nous sommes souvent tentés de l'adopter en nous rêvant nous-mêmes. En effet l'Église a inventé cette curieuse maladie qui est d'imiter cette perfection et de ne pas la vivre. Il y a même des gens qui ont été jusqu'au vice profond d'avoir l'air tendre, bienveillant, humble, doux, patient, etc … sans que le fond de leur être ne soit ni doux, ni tendre, ni patient. Je pense que c'est une des choses qui rend l'Église la moins crédible, la moins supportable, aux yeux du monde et aussi à nos propres yeux que ces formes artificielles de douceur, de bienveillance et de compassion.

Ceci dit avec humour et plus gravement, il faut savoir que c'est nous qui sommes appelés André, Jacques, Pierre. Ce sont des noms propres, des noms personnels prononcés par le Christ parce que ce sont des personnes qui sont appelées et non pas des figures de style ou des imitations d'évangile. Nous sommes souvent tentés profondément de nous dispenser d'accepter le lent travail de Dieu dans notre vie, pour que le vieil homme meure et que l'homme nouveau naisse, en nous dotant, d'emblée, des dispositions de l'évangile ou de l'homme nouveau en nous, bloquant ainsi tout le travail de Dieu en nous, tout le travail de l'Esprit Saint, en l'occurrence le travail de la miséricorde de Dieu. Il est si tentant d'aller plus vite que le vent, que l'Esprit Saint, en présentant à cet Esprit Saint une sorte de personne déjà convertie, tant bien que mal car nous savons que quelques boulons sont encore à visser, alors qu'Il faut accepter de présenter, inlassablement et c'est là qu'est la compassion, c'est là qu'est la bienveillance par rapport à nous de présenter cette personne fondamentalement imparfaite, singulière, nous-mêmes, pour offrir à Dieu une possibilité toujours nouvelle, sans cesse renouvelée, de sa grâce et du travail de l'Esprit Saint.

C'est ainsi, je pense que commence à naître cet homme nouveau. On atteint à ce moment-là une sorte d'aisance, on découvre qu'on n'a pas à voler, à dérober cette compassion, cette bienveillance, cette charité, mais qu'elle naît, comme au fond de nous-mêmes, comme une vague plus grande que nous et que nous sentons que cette naissance est à la fois le fruit de l'être que j'ai donné à Dieu et du travail de l'Esprit Saint. Et à ce moment-là nous avons à rendre grâces, comme le dit saint Paul, pour ce travail que Dieu a enfin, réussi en nous.

Alors débarrassons-nous de ces masques qui défigurent et l'homme nouveau, et surtout l'Église, en acceptant d'être peut-être moins en route, moins avancé que nous ne le croyons et en demandant à Dieu, avec insistance, d'être pour nous-même bienveillant et patient.

 

AMEN