QUI PEUT ETRE SAUVÉ ?
Ep 6, 10-18 ; Lc 18, 18-30
(23 juillet 1983)
Homélie du Frère Michel MORIN

Paix dans l'espérance
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Q |
ui peut être sauvé ?" C'est une question qui habite notre cœur et notre esprit lorsque non seulement nous regardons le monde et l'Église, mais lorsque nous regardons notre propre situation de vie humaine et de vie chrétienne. Il y a bien peu de chose en nous qui mérite que nous soyons sauvé.
Et nous qui sommes chrétiens depuis déjà un certain nombre d'années, peut-être qu'en définitive, nous avons autant besoin d'êtres sauvés aujourd'hui qu'hier ou avant-hier. Et le monde de ce temps a peut-être encore plus besoin d'être sauvé et purifié que le monde au temps du Christ. Cela c'est tout à fait vrai car c'est toujours le même monde, c'est toujours le même cœur de l'homme, c'est toujours le même mal et l'on pourrait bien penser, et je crois que cela serait juste, qu'il n'y a dans notre histoire guère de progrès moral, peut-être guère de progrès spirituel. Alors, qui peut être sauvé ?
Nous savons que l'évangile de Jésus est terriblement effrayant quant à la demande, à l'exigence. Nous savons bien ce qu'il faut faire, mais nous ne le faisons guère, car nous savons, aussi, ce que cela coûte lorsque nous contemplons le mystère même du Christ, dans sa mort et dans sa résurrection. Nous savons qu'il ne suffit pas d'accomplir la Loi, même dans sa perfection car la Loi, qui est bonne en elle-même a besoin d'être achevée, a besoin d'être accomplie, et c'est le Christ Lui-même qui l'accomplit et Il l'accomplit dans sa mort et dans sa résurrection.
"Qui peut être sauvé ?" "Ce qui est impossible à l'homme devient possible à Dieu" justement parce que c'est Dieu Lui-même qui est venu vivre au milieu de nous cette mort et cette résurrection. Nous ne cessons pas de nous perdre, mais Lui, ne cesse pas de nous sauver et d'accomplir, pour chacun d'entre nous, et pour l'humanité d'aujourd'hui, cet achèvement de la Loi qui est la mort et qui est la Résurrection, c'est-à-dire qui est l'entreprise de son amour pour que tout homme puisse entrer dans cet amour de Dieu.
Nous avons souvent cette tentation de la désespérance, du découragement, du désespoir, de l'abandon. Nous aimons commencer des oeuvres, nous aimons commencer chaque jour l'œuvre de notre sanctification avec le Christ, nous aimons commencer, mais nous n'aimons pas durer. Nous sommes des êtres fragiles. Nous sommes des êtres qui se découragent très facilement et qui abandonnent ce chemin, ce combat dont parlait Saint Paul. Pourtant, nous avons été armés, par le Christ Lui-même, de la foi, de l'espérance et de la charité. Mais cela nous semble parfois désuet, inutile et nous ne voyons pas comment nous pouvons nous-mêmes être sauvé. C'est probablement une très grande tentation de l'Occident chrétien que celle de la désespérance et que celle de l'abandon, parce que les choses que nous voudrions ne s'accomplissent pas. Parce que nous avons l'impression que ce que nous faisons ne fait pas avancer le Royaume de Dieu, ni dans le monde ni même dans notre propre cœur. Peut-être parce que nous nous reposons beaucoup trop sur nous-mêmes, sur nos propres capacités, sur notre propre intelligence, sur cette facilité que nous avons d'analyser, de comprendre, et en définitive, de conclure de façon négative parce que nous concluons toujours selon notre propre vision, selon notre propre compréhension des choses et nous voyons très peu loin.
"Ce qui est impossible à l'homme est possible pour Dieu !" Et c'est parce que nous avons foi en la possibilité de Dieu de nous sauver et de sauver le monde entier que nous ne nous décourageons pas, que nous n'arrêtons pas notre marche vers Dieu, quels que soient nos péchés, quelles que soient nos faiblesses, quel que soit le silence de Dieu et son apparente inefficacité.
Que la prière de Jean Cassien qui a prié, prêché sur cette terre de Provence ouvre notre cœur à l'espérance, cette espérance qui nous fait croire que notre foi et que l'Église c'est le fer de lance du salut du monde entier. C'est elle qui a ces paroles de la vie éternelle. Or notre récompense n'est pas pour cette vie, n'est pas pour les choses de cette vie, n'est pas pour le progrès du monde, n'est pas pour le progrès de la moralité du monde, n'est pas pour là paix telle que le monde veut la donner, mais elle est pour la vie éternelle pour la vie de la résurrection et nous sommes encore aujourd'hui sur le chemin de la passion. Il ne faut donc pas nous décourager de cette passion qui continue de s'accomplir dans notre cœur, dans notre chair comme dans le cœur et la chair de l'Église qui souffre et de tout homme qui souffre. Il ne faut pas nous en décourager parce que nous n'avons pas encore accompli notre chemin. Ce chemin s'accomplira par notre mort, par la mort de ce monde pour qu'il puisse connaître la Résurrection. Alors, comme le disait saint Paul : ne cessons pas de prier, gardons cette espérance, restons dans cet état de vigilance car nous serons sauvés, non pas si nous croyons aujourd'hui, mais si nous croyons chaque jour de notre vie, si jamais nous ne désespérons.
AMEN