DE LA CONVALESCENCE À LA JOIE
2 Co 13, 11-13 ; Mc 11, 27-33
(24 février 2009)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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rères et sœurs, je voudrais vous commenter brièvement les deux derniers versets de la seconde épître de Paul aux Corinthiens, parce qu'en réalité, vous allez voir qu'elle comprend tout un programme de notre vie spirituelle. Elle est toujours actuelle, tous les jours, cette salutation.
Tout d'abord, une petite remarque. Nous, quand nous terminons nos lettres, nous terminons par des formules toutes faites : veuillez croire cher monsieur, à l'assurance de mes sentiments les meilleurs, à mes salutations distinguées, si c'est un ecclésiastique, on monte un peu la dose, si c'est un ministre ou un député, on augmente encore un peu plus, si c'est un cardinal, alors que son éminence soit assurée de mon dévouement filial, etc … Pour nous, les formules c'est du tout cuit, il suffit de regarder le botin!
Mais précisément, chez saint Paul, ce n'est pas tout cuit ! Les salutations comme les débuts de lettres, il les a inventées. Jamais on ne saluait de cette manière dans la littérature dans l'Antiquité. On disait généralement : "kaïre", sois en bonne santé. C'était un mot mais cela voulait tout dire ! Saint Paul qui vient quand même d'expliquer en long en large et en travers la vie de la communauté des Corinthiens, avec tous les problèmes et toutes les difficultés que cela pose, il faut imaginer saint Paul réfléchissant à la fin de son épître, peut-être l'ayant relue et se disant : si je dois leur dire en deux lignes ce que j'ai de plus important à leur dire, comment vais-je leur dire ? Vous allez voir, c'est très actuel et cela s'adresse à chacun d'entre nous.
La première chose : "au demeurant", c'est-à-dire, quelles qu'aient été tous les points de litiges, de débats, de discussions que nous avons abordés dans cette lettre, "au demeurant, frères, soyez dans la joie". Je crois que saint Paul n'était pas spontanément joyeux, il avait un côté râleur. Mais à ce moment-là quand il doit dire à ses chrétiens de Corinthe, qui n'étaient pas toujours non plus très joyeux, bons vivants, mais cela ne veut pas dire joyeux, il leur dit qu'il faut trouver cette joie qui fait ce qu'on appelle la vrai joie de vivre. La joie n'est pas simplement un sentiment dans lequel on s'éclate, c'est une tonalité du cœur. Dans votre cœur, ayez cette tonalité qui est la joie. La joie est quelque chose de très simple : c'est ce qui rend capable d'accueillir avec confiance ce qui nous arrive. C'est pour cela qu'on peut être joyeux dans la tristesse et dans les larmes. On peut être joyeux dans le sens que Paul dit ici, c'est-à-dire des choses difficiles à vivre nous arrivent, mais il y a une assurance profonde, une confiance profonde qui se traduisent par une certaine joie. Certes, elle a peut-être une manière paradoxale de se manifester. Je connaissais un vieux mélomane qui disait : "Quand on écoute une cantate de Bach, on ne sait pas s'il faut rire ou pleurer parce qu'à la fois c'est tellement beau qu'à la fois on a envie de rire et en même temps, c'est si grave et si poignant que les larmes vous mentent aux yeux". Je crois que cela définit assez bien la joie que saint Paul veut souhaiter à ses Corinthiens à la fin de son épître.
La deuxième chose (je ne suis pas d'accord avec la traduction), il faudrait dire non pas : "travaillez à votre perfection", mais le mot grec veut dire : "travaillez à votre rétablissement". C'est beaucoup plus fin. Paul considère que la communauté de Corinthe comme toutes les communautés, comme nous-mêmes, nous sommes tous d'une manière ou d'une autre, blessés. Il y a toujours en nous un certain nombre de péchés, de défauts, de failles, qui travaillent. Paul ne dit pas : "travaillez à votre perfection", comme on l'a traduit, il ne dit pas : essayez de vous imaginer en personnage parfait, il dit que de toute façon, nous sommes toujours un peu des convalescents. C'est très beau pour notre vie. Quand on est blessé, quand on souffre, on ne peut pas s'imaginer qu'on est parfait. Il faut qu'il y ait un processus lent de convalescence par lequel on se laisse petit à petit saisir par cette joie que Paul nous souhaite. Ce rétablissement se fait, se gagne pied à pied, effort après effort. Et là, Paul est sans illusions. Il dit à ses Corinthiens : de toute façon, votre communauté, chacun d'entre vous, vous avez à faire face à un certain nombre de difficultés. N'imaginez pas que tout cela va disparaître d'un jour à l'autre. Non, ce qu'il faut, c'est travailler au rétablissement. Je crois que c'est très important pour nous aussi.
Et enfin la véritable condition qui est la condition de toute communauté chrétienne, c'est : "vivez en paix, et le Dieu d'amour et de paix sera avec vous". C'est-à-dire, partagez entre vous la paix que Dieu vous donne. Ici, vous voyez les connotations en lien avec la liturgie de l'eucharistie. C'est pour cela que nous encore aujourd'hui, on dit toujours : "Que la paix du Seigneur soit toujours avec vous". Et l'évêque qui est le tenant des apôtres commence aussi une célébration en disant : "La paix soit avec vous". Mais cela va encore plus loin car dans la suite, Paul dit : "Saluez-vous tous d'un saint baiser". On sait que dans les communautés primitives, non pas exactement à l'endroit où nous le célébrons aujourd'hui, juste avant la communion, mais généralement après l'enseignement de celui qui présidait l'eucharistie ou le rassemblement, on se donnait le baiser de paix. C'est pour cela que lorsque le Concile Vatican II dans la restauration liturgique, a proposé le baiser de paix, il ne faisait que revenir aux premiers documents que nous possédons, des chrétiens qui, à chaque assemblée, se donnaient le signe du baiser de paix. Cela veut donc dire que la paix de Dieu qu'il vient de souhaiter n'est pas simplement quelque chose comme un idéal ou un projet à réaliser, elle commence dans le moment même quand on se donne le signe de la paix. L'eucharistie, le rassemblement de la communauté chrétienne, c'est le moment où par le signe même de la paix, nous pouvons soit nous embrasser si on se connaît bien, ou se donner la main, peu importe, mais c'est le signe que la paix de Dieu commence et qu'elle est là.
Et ensuite, cette paix et ces signes de paix n'existent pas simplement dans la communauté de Corinthe, mais elle existe entre les Églises, puisqu'il ajoute : "Tous les saints (c'est-à-dire ceux qui sont avec lui à ce moment-là à Éphèse), vous saluent", voue envoient, sans pouvoir le manifester concrètement, le baiser de la paix. Le geste de la paix, c'est le geste de la communion universelle entre tous les membres de l'Église.
A la fin, il termine, vous l'avez remarqué, par une des formules qui a été reprise depuis, celle par laquelle s'ouvre la liturgie eucharistique : "La grâce du Seigneur Jésus-Christ, l'amour de Dieu et la communion de l'Esprit Saint soient toujours avec vous". Tout le programme que saint Paul vient de donner s'enracine dans la paix, dans la communion, et dans l'amour qui existe entre les trois personnes de la Trinité. C'est exactement le statut de notre existence chrétienne. Tout ce que nous vivons, de paix, de joie, de communion, de perfectionnement, vivons dans cette présence du Père, du Fils et de l'Esprit, dans chacune de nos communautés et dans chacune de nos vies.
Frères et sœurs, pour conclure ce temps ordinaire avant d'entrer dans le carême, ce petit texte mérite d'être relu, médité et surtout mis en œuvre dans nos actes de la vie la plus simple et la plus quotidienne.
AMEN