LE SERVICE DIACONAL
2 Co 9, 6-10 ; Jn 12, 24-26
(10 août 2006)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Service liturgique
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uand l'Église primitive est née, elle est née de cette hantise d’annoncer le Royaume de Dieu à l’univers entier, ou ce qu’on estimait tel, c'est-à-dire en gros, le monde méditerranéen. C’est pourquoi la figure fondamentale de l'Église primitive c’est la figure de l’apôtre. L’apôtre, c’est l’envoyé, le porteur du message évangélique, celui qui passe de communauté en communauté, que ce soit dans les régions de Judée et de Galilée, ou plus tard saint Paul, lorsque l’extension missionnaire prendra la dimension quasi mondiale. L’apôtre est celui qui va de ville en ville, qui constitue des petites équipes de mission, d’apostolat, qui rayonne autour des grandes métropoles méditerranéennes. Avec ce système génial, en moins de deux générations chrétiennes, on peut dire que dans toutes les grandes villes du monde romain, il y avait une communauté chrétienne. De ce point de vue-là, je tiens quand même à faire remarquer que le christianisme a su faire en deux générations, de façon pacifique, ce que l’islam a fait en trois générations, avec le sabre au poing ! Pas le même contexte, ce ne sont pas non plus les mêmes moyens.
Toujours est-il que sur cette base, les Églises ont commencé à s’installer, et la ferveur missionnaire est devenue beaucoup plus locale. C’étaient les Églises elles-mêmes qui à partir de leur contact et de leur insertion dans la population de la cité, devenaient des points de rencontres. Ces Églises surtout à partir de la fin du deuxième siècle, groupées autour de leur évêque, avec un conseil de presbytres, qu’on a appelé presbyterium qu’on a appelé les prêtres par la suite, cette communauté a vu petit à petit se développer tout un ensemble de préoccupations pratiques qui n’étaient plus directement orientées vers la mission tous azimuts, mais plutôt à usage interne pour gérer la communauté. Il faut en effet savoir que dans le monde romain, la vie associative dans le monde païen n’était pas tellement développée, en tout cas, on n’essayait pas tellement de la promouvoir. Quand les Églises se sont fondées, très vite, à cause du rôle central de la charité et du souci les uns des autres, ces nouvelles jeunes Églises sont devenues des lieux d’efficacité de travail caritatif, et quasiment social qui a pris une ampleur tout à fait inattendue dans ce monde romain vieillissant.
C’est ici que les diacres ont trouvé leur véritable place, et ce ministère si fondamental qui était évoqué assez rapidement dans les textes du Nouveau Testament, mais qui là, maintenant va devenir d’une efficacité et d’une nécessité pour les Églises, absolument fondamentale. C’est comme cela qu’il y a eu un certain nombre de figures de diacres qui ont assuré de telles responsabilités, qu’ils risquaient de mettre à l’ombre le rôle des prêtres, et que souvent, à l’inverse du dicton qui dit qu’il vaut mieux s’adresser aux bon Dieu qu’à ses saints, dans certaines Églises, il valait mieux s’adresser au diacre qu’à l’évêque, parce qu’au moins, le diacre savait tout ce qui se passait, c’était lui qui tenait pratiquement les cordons de la bourse, qui savait exactement ce qu’on pouvait faire et ne pas faire, et qui, en général, avait une pratique des affaires financières et sociales, hors pair.
C’est dans ce contexte-là je crois, qu’on peut mieux comprendre pourquoi l'Église de Rome, qui habituellement est très papo-centrique, pour le coup est devenue diacono-centrique, c'est-à-dire qu’elle a reconnu dans la figure du diacre Laurent, un homme absolument extraordinaire. Pourquoi ? Il y a deux raisons fondamentales, la première c’est qu’effectivement, Laurent fait partie de ces grands organisateurs de la communauté chrétienne de Rome qui à ce moment-là, dans le courant du troisième siècle commençait à prendre une importance décisive, et donc, il fallait gérer. Gérer à cette époque-là, cela voulait dire : assurer un minimum et parfois un maximum de répartition des biens, et dans la mesure où des Église voyaient venir en leur sein des gens pauvres, ceux qui étaient dépendants des autres parce que la pauvreté ne s’évaluait pas tout à fait en fonction du smig de l’époque, c’était plutôt un état de dépendance. Comme l'Église n’était pas tout à fait dans les circuits officiels, dès qu’un pauvre se convertissait, il devenait client, dépendant totalement de la structure ecclésiale. Par conséquent, saint Laurent a dû faire face à cette question de la gestion des biens en faveur des pauvres.
Vous savez que c’est l’origine, en tout cas dans l’Antiquité, de ce qui est devenu aujourd’hui de façon extrêmement schématique, la quête. Quand on faisait la quête, on recevait des biens en nature, qui ensuite étaient répartis entre les membres de l’assemblée qui étaient dans la nécessité. Laurent a assuré cet aspect-là. Le deuxième aspect assuré par les diacres et donc, par Laurent également, c’est qu’à Rome, l’enterrement était très cher, l’histoire funéraire était très onéreuse, et surtout la tombe. Dans une ville surpeuplée, on n’avait pas trouvé mieux que d’organiser des cimetières collectifs, ce que sont devenu les catacombes. Contrairement à ce qu’on pense, les catacombes ne sont pas uniquement le privilège des chrétiens, mais les catacombes étaient les cimetières en général. Mais les chrétiens, à cause de ce souci des pauvres, ceux qui n’avaient pas d’argent ont développé peut-être de façon plus intense la gestion des problèmes funéraires. C’est ainsi qu’il y a eu, surtout vers la fin, des catacombes pratiquement, uniquement réservées aux chrétiens. En général, c’étaient aussi les diacres qui s’occupaient des catacombes. Tous les gens qui avaient perdu un être cher savaient au diacre qu’ils devaient d’avoir pu faire obtenir une sépulture décente. Cela auréolait le diacre d’un prestige absolument inouï.
Ce souci de la répartition des biens, et cette gestion des cimetières romains assurait donc au diacre une très grande notoriété, et donc, une très grande vénération. Quand Laurent lui-même a eu ce geste absolument prophétique, au moment où il a été arrêté, évidemment, cela commençait à se savoir que l'Église gérait des richesses, et donc, au moment de la persécution, on s’intéressait davantage aux diacres qu’à l’évêque. Le vieil évêque ne devait pas être très au courant des affaires, il était un peu garé des voitures, le diacre était au courant de tout. Donc, on a arrêté Laurent et on lui a demandé où étaient les richesses. C’est là qu’il a eu cette réponse qui est passée dans l’histoire. Il a fait venir les pauvres devant le persécuteur, et il a dit : les richesses de l'Église, les voilà, ce sont les pauvres de Rome ! Evidemment, il n’en fallait pas davantage pour s’assurer une gloire éternelle, d’autant plus qu’après, il l’a payé de sa vie.
Ayant témoigné de la résistance de la foi face à celui qui voulait le faire céder, il a donc été voué au supplice. Alors, est-ce que c’est le supplice du grill, comme on le dit souvent ? est-ce que réellement il a été brûlé vif, c’est un autre problème, mais en tout cas, l'a témoigné pour la foi, il est mort en véritable martyr, et c’est comme cela que saint Laurent est devenu la grande figure du diaconat à Rome. Comme vous le savez, plus tard, les pauvres diacres ont été victimes de la jalousie des curés, surtout à Rome, ils trouvaient que les diacres avaient trop de pouvoirs, et qui "veut noyer son chien l’accuse de la rage", et donc on a dit que les diacres n’étaient pas nécessaires, et le diaconat est tombé en désuétude.
Maintenant, avec Vatican II, on a essayé de remettre sur pied le diaconat, non pas le diaconat comme degré préparatoire au sacerdoce, mais le diaconat qu’on appelle permanent. Il n’est pas sûr qu’en raison de la pénurie des prêtres nous ayons une juste appréciation actuellement du diaconat, parce que la plupart du temps, on les traite un peu comme des sous-vicaires, et on leur fait faire tout ce que les curés n’ont pas envie de faire, ce qui n’est pas le point de départ de la dimension du diaconat, c’est la dimension du service, mais il est certain que le diaconat mérite de reprendre tout son panache et toute sa beauté, c'est-à-dire le ministère du service qui est spécialisé dans l'Église pour aider ceux qui sont effectivement ici et là dans le besoin de façon concrète.
Supplions le Seigneur par l’intercession de saint Laurent, pour que l'Église tout entière qui est elle-même d’une certaine manière, diacre, retrouve à travers les serviteurs qu’elle se choisit, le sens véritable du service que le Seigneur a confié, c’est le service du monde, le service des pauvres, le servie de tous ceux qui cherchent Dieu.
AMEN