HISTOIRE DE CHEVAL
Célébration à Saint Georges du Vélabre
2 Co 4, 7-15 ; Mt 20, 20-28
(25 juillet 2001)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Tellement vivant …
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e dois bien me rendre à l'évidence, cela fait plusieurs jours que je suis poursuivi par un cheval, ici à Rome, non pas les chevaux qui tirent les calèches, non pas les chevaux qui courraient dans le cirque Maximus, et qui excitaient les foules, ou encore les jeunes gens qui dans ce lieu, draguaient les jeunes filles ...
Non, ce n'est pas cela qui me poursuit, mais plutôt ce cheval qui est au-dessus de Paul, à terre dans ce tableau du Caravage. Au milieu du sol et de la nuit, il y avait deux taches de lumière. Je crois que la conversion de saint Paul, et la conversion en général, est un moment terrible de douleur, de souffrance, car tout ce qui est auparavant disparaît, pour laisser quelque chose de neuf apparaître. Et ce cheval blanc me poursuit, et comme tous les chevaux savent le faire, d'une manière naturelle, avec cette patte, suspendue en l'air, cette patte fine et nerveuse, qui n'ose pas écraser cet homme qui gise à terre. Cette distance qui se dégageait de ce corps, de ce cheval, face à cet homme, cette patte fine et musclée qui au dernier moment ne veut pas écraser cet homme couché par terre. J'ai réfléchi à cette conversion, à cette force que Dieu nous donne, dans nos conversions qui prennent un peu cette forme. Et cette conversion a un peu cette forme-là du cheval, à la fois de la puissance de la force de Dieu, et en même temps, de la délicatesse. La conversion ce n'est pas un moment où l'on tombe de cheval, pour être écrasé, mais cette chute de cheval que Dieu nous donne parfois de vivre au moment de la conversion, s'accompagne toujours d'un dialogue entre Dieu et l'homme. Comme ce dialogue qui s'instaure entre Paul jeté à terre qui regarde vers le ciel, vers ce Dieu qui le terrasse, à l'image de ce cheval tout en douceur et lumineux qui le regarde mais ne veut pas l'écraser. Comme nous, qui quelquefois sommes tombés à terre, quand il nous semble que tout est fini pour nous, nous risquons d'être écrasés par le monde, par les évènements, par la souffrance, Dieu est là comme un cheval, ce cheval qui pour saint Paul est comme une tente qui le protège de toute cette obscurité qui l'entoure, comme cette tente que Dieu dresse au-dessus de la tête des hommes pour les empêcher de mourir de chaud, de faim et de soif.
Frères et sœurs, saint Paul était parti à cheval pour bien autre chose que cela, la foi au ventre, assuré de la justesse de sa démarche et de sa mission qu'il avait à accomplir à Damas. Nous sommes nous aussi si souvent bien assurés de notre mission, de notre foi, pensant conquérir le monde par nos connaissances, notre sagesse, nos affirmations, et il nous est donné peut-être dans ce pèlerinage, peut-être dans un autre lieu, il nous est donné de tomber de cheval, non pas pour mourir, mais pour y découvrir au contraire à terre, notre regard tourné vers le ciel, pour y découvrir une nouvelle conversation, un nouveau dialogue avec Dieu comme cheval de lumière, de douceur et d'ombre, un cheval qui attend de nous un dialogue fait d'amour et de lumière pour aboutir vers cette protection que Dieu nous donne comme une tente dressée au-dessus de notre tête.
AMEN