LA FOI EN LA RÉSURRECTION
1 Co 7, 10-15 ; Mt 5, 13-19
(2 juillet 2011)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

A quoi sert le sel ?
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rères et sœurs, quand on est face à la mort d'un être cher, d'un être proche, nous avons tous normalement la même réaction. D'une part, nous sommes touchés au plus intime de nous-même par le départ de celui ou celle que nous aimons. Et en même temps, le premier sentiment qui vient dans notre cœur, et je crois que cela vient du tréfonds de l'humanité depuis les origines, c'est que nous ne voulons pas que tout s'arrête là. Chez tous les hommes, pas simplement chez les chrétiens, quand on est face à la mort, il y a ce cri de révolte, de résistance, d'insoumission : non, ce n'est pas possible que tout s'arrête là. Même si la personne est très âgée, même si on a l'impression qu'elle est délivrée de grandes souffrances, même si on a l'impression qu'elle est rassasiée de jours, en réalité, nous avons ce réflexe qui est très juste, très humain, et qui nous remet à la fois devant la mort des autres, et devant notre propre mort.
Autrement dit, le désir d'immortalité chez nous, nous est chevillé plus qu'au corps, puisque précisément on meurt, mais chevillé à l'âme. Il est chevillé au plus intime de nous-même, nous ne voulons pas mourir. Il y a quelque chose qui résiste. Même les grands savants, les grands philosophes qui ont dit que finalement la mort est notre destin, il faut le supporter, il faut l'avaler, c'est facile à écrire, mais les grands philosophes qui ont écrit des lignes aussi sublimes, au moment où ils mourraient, on ne sait pas les angoisses ou les difficultés ou les résistances qu'ils ont opposées à la mort.
Pour chacun d'entre nous, chaque fois que nous sommes renvoyés à cette expérience de la mort, c'est évidemment d'abord sur le mode, peut-être pas d'une négation, parce qu'on ne peut pas la nier, elle est là, la mort des proches, mais c'est sur le mode d'une non acceptation. Et cela c'est légitime. Il y a beaucoup de gens qui me disent, mais je n'accepte pas la mort, j'en veux à Dieu parce que mon conjoint mon ami, mon père est mort. Je dis souvent, dans ces cas-là, la révolte, ce n'est pas si mal que ça, c'est mieux que la soumission. Au moins, on se dit : il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. Le fait qu'on s'en prenne à Dieu, après tout, cela veut dire qu'on essaie de frapper à la bonne adresse.
Mais il y a autre chose. C'est ce que Paul disait à ses Corinthiens, à ces gens à qui il parle et qui sont des païens à peine convertis, qui viennent tout juste de découvrir le christianisme, qui raisonnent comme je viens de dire et qui disent : normalement, on devrait continuer à vivre. Donc, le danger pour ces Corinthiens c'est de penser que tout devrait continuer comme on imagine que cela devrait durer. Saint Paul leur dit simplement ceci: si vous abordez le problème de la mort de cette manière-là vous n'êtes pas chrétiens. Pourquoi ? Parce que votre désir que l'autre vive ou survive, ou votre propre désir que vous surviviez, c'est votre désir à vous. Mais il y a un désir plus fort, plus grand plus radical, plus vrai, c'est le désir de Dieu sur vous et sur ceux qui sont morts.
Etre chrétien, ce n'est pas nier le désir de l'immortalité de l'âme, le désir de vaincre la mort. Non, mais c'est de dire : de toute façon, comme nous, on n'y peut rien, nous avons confié ce souci à Dieu. C'est cela que signifie croire en la résurrection. Qu'est-ce que cela veut dire ? C'est croire que le destin de nos proches, le destin de ceux qu'on aime n'est pas seulement façonné par leurs propres ressources, leur propre vie vertueuse, par leurs propres qualités ou par notre propre affection, mais c'est de croire et d'accepter que leur destin maintenant est vraiment entre les mains de Dieu et que Dieu veut plus pour eux que nous ne pouvons désirer pour eux. C'est cela la foi en la résurrection. C'est de pouvoir dire à Dieu : Seigneur tu sais à quel point nous voulons que la personne que nous aimons, vive, mais comme nous n'y pouvons rien, fais-la vivre comme toi tu veux qu'elle vive. Mais cela suppose un certain arrachement et une certaine dépossession de notre part. Nous ne sommes pas maîtres de cela.
C'est beaucoup plus difficile de croire en la résurrection des morts que simplement accepter notre désir d'immortalité. Ce désir d'immortalité, il nous est naturel pour nous et pour les autres. Mais croire en la résurrection, croire que le dernier mot de notre vie, de notre destinée, de ce que nous voulons être, est infiniment dépassé par la promesse de Dieu qui veut que nous soyons effectivement vivants et comblés au-delà même de notre désir d'immortalité. Il veut que nous partagions la même vie que lui, dans son cœur, dans notre chair et dans la plénitude de ce qu'il nous a donné au moment où nous avons été créés.
Frères et sœurs, je crois que cela se rapproche de la parabole du sel. C'est une bonne chose que le sel, mais si le sel vient à perdre sa saveur, avec quoi va-t-on le saler ? Qu'est-ce que la mort ? C'est apparemment le moment où notre vie et notre corps perdent leur sel, leur saveur. La vie tout à coup prend une saveur d'amertume, de tristesse, et peut-être même de désespoir. Mais avec quoi va-t-on saler cela ? Avec la promesse de Dieu. Chacun d'entre nous passera par le moment où le sel perd sa saveur. Chacun d'entre nous, et nos proches y sont déjà passés, mais nous y passerons aussi, passera par ce moment où effectivement nous avons l'impression que la vie perd son goût, perd sa profondeur, perd sa beauté, perd tout ce qu'on pouvait partager avec les autres. Mais avec quoi va-t-on le saler ? C'est Dieu qui donne la nouvelle saveur, une saveur de vie, une saveur de bonheur, une saveur de résurrection que lui seul peut nous donner.
AMEN