LA PATERNITÉ DE DIEU
Rm 4, 18-25 ; Mt 9, 27-38
(27 juillet 2002)
Homélie du Frère Yves HABERT

L'attente dans l'espérance
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ous pourrions parler de la foi, de la foi d'Abraham "espérant contre toute espérance". Cet Abraham déjà mort dit saint Paul, et le sein de Sara qui est déjà mort aussi, c'est-à-dire incapable de donner la vie, et Abraham crût, et "cela lui fut compté comme justice". Extraordinaire figure d'Abraham qui parcourt toute l'Écriture. Nous pourrions parler de la foi de ces deux aveugles, de leurs yeux qui sont déjà morts, ces yeux incapables de saisir la vie, de saisir la lumière du jour. Et ils crurent et cela leur fut compté comme justice.
Mais je voudrais vous parler de la paternité, de cet Abraham qui est appelé Père. Et de cette paternité de Dieu qui dans le souci des possédés, des muets, des aveugles, cette paternité de Dieu qui s'exerce sur les plus petits. Il y a quelque chose qui me bouleverse toujours, c'est quand je vois un père de famille qui revient chez lui, qui a encore ses chaussures vernies, son costume de travail, et qui a fait énormément de choses dans la journée, qui a traité beaucoup d'affaires, qui a peut-être d'énormes responsabilités, beaucoup d'ouvriers sous ses ordres, ce chef d'entreprise qui revient à la maison et qui se penche pour jouer avec ses enfants. Tout d'un coup, cet homme qui est toute la journée dans l'ordre de l'efficacité, qui est dans l'ordre des choses à faire, de l'ordre d'une tâche à réaliser, ou cet enseignant qui a transmis son savoir, tout d'un coup il s'abaisse et il se met dans son costume trois pièces, à jouer avec ses enfants. Tout d'un coup, cette efficacité se met aussi au service de la tendresse, parce qu'il faut être très fort pour savoir jouer avec les enfants, pour qu'ils ne s'ennuient pas, c'est une autre efficacité, pour qu'ils ne pleurent pas et qu'ils puissent trouver du plaisir à être avec leur papa.
Et pendant les vacances, on me parlait de ce type d'homme. Quelqu'un me disait que sa maman était atteinte d'une maladie d'Alzheimer, et était redevenue comme un petit enfant, il fallait lui donner à manger, lui brosser les dents, la laver. Et cet homme me disait : mon père est admirable face à ce combat, lui qui a toujours été un homme ultra occupé, qui a toujours occupé des situations très brillantes, il a décidé de garder sa femme à la maison et de s'en occuper. Et tout d'un coup, il a développé en lui ce qui était déjà caché dans ce débordement de travail et d'activité, il a développé en lui, la tendresse, et il me disait comment son père s'occupait admirablement de sa mère, comment il avait pu aussi trouver les mots justes et les gestes justes pour s'occuper de son épouse.
Et cela me parle de Dieu, qui est comme un chef d'entreprise, il faut qu'Il règle tout l'ordonnancement des étoiles, des marées et de tas de choses très compliquées, et aussi tout l'ordonnancement de la terre, du cosmos. Et voilà que Dieu s'est plu à se mettre à la portée des plus petits, des plus pauvres, de cette humanité blessée. Cette image de Dieu qui se penche sur cet aveugle, qui se penche aussi sur l'humanité d'Abraham et de Sara pour leur donner un fils. Cette humanité de Dieu qui déploie ne fait tous les trésors non pas seulement d'efficacité, mais aussi de tendresse. Cette humanité de Dieu nous allons pouvoir la recevoir, la toucher dans l'Eucharistie.
AMEN