TOUTE AUTORITÉ VIENT DE DIEU
Rm 13, 1-7 ; Mt 9, 27-38
(28 juillet 1992)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Corinthe : temple d'Apollon
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e texte de saint Paul aux Romains doit nous surprendre quelque peu. Saint Paul y affirme que "toute autorité vient de Dieu" y compris l'autorité civile et politique, et que le chrétien doit y obéir. Parce qu'ils ont l'habitude de se sentir peu reconnus ou même éventuellement persécutés par ces "autorités", les chrétiens ont tendance à les négliger, voire les mépriser ou non sujets à l'obéissance. Pourtant saint Paul est formel, il s'agit d'impôts, de taxes, d'honneurs face aux autorités. Quand on prépare des fiancés au mariage il arrive que si on leur demande les raisons pour lesquelles ils veulent se marier religieusement, ils nous répondent que le mariage civil n'a aucune importance, aucune valeur, que c'est uniquement une histoire de papiers. Saint Paul n'est pas de cet avis.
Pourtant quand saint Paul écrit ce texte il ne s'agissait pas d'une autorité civile somme toute bienveillante voire neutre comme nous les connaissons de nos jours, mais d'une autorité civile qui persécutait les chrétiens. Et c'est de cette autorité impériale qu'il parlait comme établie par Dieu et à qui il demandait d'obéir. Il est très important que sous prétexte de vie chrétienne, de vie spirituelle, de primauté de la dimension religieuse et spirituelle dans notre vie, nous ne fassions pas l'impasse sur toute la dimension proprement humaine. Dans sa synthèse théologique reconnue par l'Église comme correspondant à sa pensée la plus profonde, saint Thomas d'Aquin a pour principe de rassembler toujours la valeur, l'autonomie des réalités proprement humaines, des réalités qui sont temporaires. C'est un défaut de s'imaginer qu'avec de la prière, de la vie spirituelle, nous allons résoudre les problèmes de la vie en société ou d'une dimension proprement naturelle. La "surnature" ne s'édifie pas sur la ruine de la nature. L'Église ne s'édifie pas sur la ruine de la société civile, auu contraire. Il est indispensable que, pour être des disciples du Christ, nous n'en sommes pas moins des citoyens, des membres de cette société avec laquelle nous partageons tous les éléments de notre vie quotidienne, le pain quotidien, notre travail professionnel notre vie familiale, nos relations humaines, tout cela sont des choses parfaitement naturelles. Et ce n'est pas simplement par un artifice spirituel que nous en résoudrons les questions.
Il est donc tout à fait normal que nous sachions reconnaître la valeur des réalités naturelles et des réalités humaines. Le reste ne serait qu'illusion et une manière de court-circuiter ce qui est la base normale sur laquelle s'édifiera ensuite notre vie chrétienne et spirituelle. Mais il faut d'abord être des hommes et des femmes vraies pour pouvoir être des chrétiens authentiques et des disciples du Christ. Et si nous n'avons pas mis au point, si nous n'avons pas face à nous ou en nous ce qui est de l'ordre de la nature, nous risquons fort de vivre notre surnature d'une manière claudicante et même illusoire. Par exemple, ne croyons pas qu'il suffit de se confesser ou de faire une retraite pour résoudre des problèmes psychologiques ou médicaux. Toutes ces réalités ont leur valeur en elles-mêmes, leur autonomie et elles doivent étudiées, vécues, approfondies assainies à leur propre niveau. Alors, ne faisons pas du surnaturalisme. Ce n'est pas à coups de miracles que notre vie va se trouver équilibrée, mais d'abord en donnant à chaque chose sa vraie place, en reconnaissant à chaque domaine sa vraie valeur et en honorant chaque chose pour elle-même. L'amour de Dieu ne remplace pas l'amour du prochain, les relations interpersonnelles doivent être vraies et non télescopées par une prétendue charité qui souvent ne serait qu'un masque d'une incapacité à avoir une nature humaine saine.
Que ces paroles nous invitent à être des hommes vrais afin d'être des disciples authentiques.
AMEN