LA LUTTE INTÉRIEURE
Rm 7, 18-25 ; Lc 14, 15-24
(26 octobre 1984)
Homélie du Frère Michel-Pierre MORIN

Mystra : Guide-moi sur les sentiers du salut
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arabole de l'invitation aux noces, parabole du refus des invités, non pas parce qu'ils sont contre celui qui les a invités, non pas parce qu'ils veulent manifester leur désaccord total, mais simplement pour des circonstances tout à fait quotidiennes, des excuses, peut-être des fausses excuses. Appel de la part de Dieu, réponse négative de la part de l'homme qui se laisse solliciter par les déterminismes extérieurs ou intérieurs de sa vie. Cette parabole est en profonde unité avec le texte de l'épître aux romains que nous avons lu, également avec le psaume que nous avons chanté tout à l'heure.
Dans l'épître aux Romains, au cours du chapitre septième, saint Paul nous parle de cette lutte intérieure qui se déroule dans sa propre conscience d'homme, d'homme pécheur qui, cependant, se sait sauvé. Il nous explique que, par la grâce du Christ nous avons été délivrés du péché, de la mort et de la Loi. Dans le chapitre huitième, Paul développera que cette grâce du Christ nous est donnée par la vie dans l'Esprit qui est la source de notre vie chrétienne, par le don du baptême. Et entre les deux, à la fin du chapitre septième, nous avons ce passage sur la lutte intérieure.
Or, dans le psaume que nous avons chanté, il est dit : "Enseigne-moi la voie de tes volontés. Fais-moi comprendre et que je garde ta Loi. Guide-moi au chemin de tes ordres. Infléchis mon cœur vers ton témoignage et garde mes yeux des images de rien." Tant dans la parabole que nous venons d'entendre, que dans le texte de Paul ou dans ce passage du psaume, il nous est donné aujourd'hui de réfléchir un instant sur la lutte qui se déroule en nous-mêmes lorsque nous sommes attirés, tentés par ce qui se passe à l'extérieur de la vie même de Dieu en nous, cette lutte entre cela et l'appel incessant de Dieu, son invitation Cette lutte, elle est intérieure, le lieu c'est notre conscience morale.
Tout homme a, dans sa vie, le droit et le devoir de chercher et d'accomplir ce qui est le meilleur ce qu'il croit être le meilleur, Pour nous, le meilleur ne vient pas des choses de ce monde "ne monte pas du cœur de l'homme" ni de son intelligence, mais vient du don de Dieu. Ce don de Dieu nous a révélé la finalité de notre personne, de notre être et la destinée du monde entier dans l'humanité comme dans les créatures. Nous sommes finalisés parce que nous sommes appelés à communier avec Dieu et à prendre notre repas dans son Royaume. C'est cela le but de notre vie. C'est cela qu'il est venu nous révéler, tout au long de l'histoire biblique. Révélation qui a culminé dans le Christ qui est venu commencer par prendre son repas avec les pécheurs afin que les pécheurs puissent prendre leur repas avec Lui dans le royaume éternel.
Lorsque notre vie se trouve en conflit, en lutte intérieure, c'est parce que d'un côté, nous connaissons cet appel de Dieu qui nous est transmis par la révélation, qui nous est monnayé par la Loi, les commandements, les obligations de l'Église, les exigences de l'Église, et d'un autre côté nous sommes sollicités par un tas de choses qui ne sont pas mauvaises en soi, pas forcément, mais si nous y répondons, peut-être qu'à ce moment-là nous refusons l'appel de Dieu Il n'était pas mauvais pour l'homme marié de rester ce soir-là avec sa femme. Il n'était pas mauvais pour l'homme qui avait acheté sa voiture, ses bœufs, d'aller l'essayer. Mais le fait d'avoir répondu à cette sollicitation immédiate lui a fait refuser l'appel de Dieu. C'est cela qui se passe dans notre propre conscience à chaque fois que nous sommes en difficulté pour accomplir le dessein de Dieu, pour accomplir sa volonté.
En tant que chrétien, notre conscience ne dialogue pas avec elle-même ni même avec une Loi. Nous ne sommes pas en régime autarcique dans la foi chrétienne. Nous sommes en régime de dialogue. Nous avons à répondre à un appel qui vient de Dieu. Et notre conscience morale doit répondre parce qu'elle connaît, elle sait que les valeurs mêmes qui la fondent et qui doivent motiver son agir viennent non pas d'elle, non pas du monde, même des choses bonnes de ce monde, mais d'abord de Dieu, afin que nous puissions nous diriger vers son Royaume, de la façon la plus immédiate, la plus directe, la plus rapide possible.
C'est cela que je me permets de souligner pour vous aujourd'hui. Nous sommes des hommes en lutte intérieure, en conflit. Nous sommes des hommes de contradiction. Comme saint Paul, nous ne faisons pas ce que nous voulons faire, et nous faisons ce que nous ne voulons pas faire.
Saint Paul le suggère à la fin de son épître, "que la grâce de Dieu soit avec vous !" C'est la grâce de Dieu, dans la parole qui est donnée et dans la chair du Christ qui est livrée, qui devient la lumière de notre conscience morale, qui devient sa force et sa nourriture, pour que nous puissions toujours mieux répondre à son appel et non pas aux multiples sollicitations du monde. Car seule la réponse permanente, concrète, même humble à l'appel de Dieu, construit en nous l'homme nouveau, à la ressemblance du Christ, et, petit à petit sous l'action de l'Esprit Saint, nous configure à son corps de Gloire et nous entraîne Lui-même vers notre destinée ultime.
Au cours de ce repas où Il nous sert Lui-même sa grâce, ouvrons non seulement notre main, notre cœur, mais toute notre conscience d'homme et de chrétien, pour accueillir cette grâce et en vivre, au fur et à mesure de nos actions, de notre agir et de nos options.
AMEN