DIEU N'ENFERME PAS LES FEMMES !

Jdt 2, 1-13

(4 septembre 2004)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

F

rères et sœurs, dans les jours qui vont suivre, nous allons cheminer avec un concentré de la femme idéale que représente Judith. Et j'aurais voulu à l'occasion du début de la lecture de ce petit livre essayer de vous aider à réfléchir sur la signification du livre de Judith et de vous proposer ainsi une petite clé de compréhension. 

Le livre de Judith n'est certainement pas un livre historique. Si on voulait transposer l'historicité du livre de Judith, il faudrait qu'on écrive actuellement un petit roman qui met en scène Napoléon, imaginons-le empereur de Prusse, qui décide d'envahir l'Albanie en 1914. Je ne sais pas si vous étiez forts en histoire-géo, mais rien qu'à l'énoncé de cette phrase, vous avez largement compris qu'il n'y a aucune historicité ni de géographie dans ce propos. 

       D'une certaine manière dans le livre de Judith, c'est pareil, Nabuchodonosor n'est absolument pas le roi des Assyriens, et l'action ne se passe absolument pas dans le moment proposé dans ce petit roman. En fait, c'est un petit livre qui est plutôt du côté de la dérision, d'abord et qui surtout nous propose de réfléchir sur une question qui est fondamentale et qui est celle-ci : face à l'adversité, face à l'invasion, face à quelqu'un qui vient vous prendre votre héritage, votre terre, comment réagir ? Comment faire quand votre identité la plus basique semble être ébranlée, aller à vau-l'eau, et être complètement détruite ? 

       Il y a plusieurs manières de faire. Première manière de faire : c'est de s'enfermer dans sa tour d'ivoire, de fermer les portes du château fort, de tenir bon et d'attendre que la vague de barbares passe, en se disant comme il est question d'ailleurs dans l'évangile: "Seigneur, rends-moi grâce, je suis resté pur de tous ces sauvages qui viennent me menacer et vivre leur vie d'une manière différente que celle que tu m'avais donné de vivre". Il y a une autre manière qui est la compromission. On va essayer de faire du donnant-donnant pour éviter de mourir. Et puis, il y a la troisième solution qui est celle de Judith, et à travers elle, nous dit quelque chose de la place de la femme dans l'économie de Dieu. 

       En fait, Judith rappelle que lorsque les institutions politiques, quand la société n'est plus capable de prendre le relais, quand tout va mal et que les politiques ne peuvent pas être là pour remettre les choses en place, Dieu décide dans un événement de choisir la partie la plus faible, la plus délaissée par la société, en l'occurrence, à l'époque de l'écriture de ce petit roman deux siècles avant Jésus-Christ : la femme. La femme est cette partie qui est à la fois la plus fragile, mais qui se révèle être toujours l'enjeu des religions et l'enjeu de la société. Ce n'est pas à vous que je vais apprendre le problème de la femme actuellement, dans toutes les religions, pour découvrir l'enjeu de tous les intégristes, que ce soient les intégristes catholiques, les intégristes juifs, ou les intégristes musulmans. En fait, la femme représente cette espèce de lieu et de trésor pour lequel une frange des religieux décide de l'enfermer à double tour. Elle n'a pas à sortir, elle est du côté de la reproduction, pensez la circoncision puisqu'on est dans le milieu juif, elle est du coté de l'alimentation et de la cuisine, pensez à tout ce qui est kasher, elle est du côté de la célébration, pensez au shabbat qui est la liturgie par excellence de la femme dans le monde juif. 

       Alors, la femme étant le lieu principal de la vie et le lieu principal de la religion, si nous voulons être sûr que nos enfants sont bien nos enfants, parce que vous savez bien qu'on sait toujours qui est la mère, mais on n'est pas nécessairement obligé de savoir qui est le père, maintenant il y a l'ADN, donc tant mieux, mais si nous voulons être sûr de vouloir contrôler notre religion et notre société, il faut enfermer les femmes. Et le plan de Dieu est de faire découvrir que la religion et le salut d'une société et de l'humanité, n'est pas dans l'enfermement de la femme ! 

       C'est alors que nous voici avec Judith qui est effectivement le concentré de la femme idéale. Si l'on y prend attention, Judith, à la lecture de ce petit roman, c'est le résumé de toutes ces femmes de l'Ancien Testament, qui rusent, qui sont intelligentes, et qui vont savoir toujours poser l'acte qu'il faut pour trucider l'adversaire. Judith, c'est aussi David. Pensez, dans quelques jours, quand nous allons lire ce passage où Judith tient par la chevelure Holopherne, c'est David qui tient aussi par la chevelure, Goliath. Et ainsi de suite. Nous arrivons alors à ce que je disais tout à l'heure, à cette perception de la féminité dans le plan de Dieu. Je pense que très souvent, en prenant deux ou trois passages dans la Bible, on résume en disant, voilà, ça y est, matcho comme ce n'est pas possible, où est la femme dans la Bible, et en plus, toujours ce qu'on raconte à propos du judéo-christianisme comme étant le lieu de destruction de la féminité, etc … En fait, le petit livre de Judith, fait partie d'une série de petits livres dans la Bible, nous pouvons penser à Esther, au Cantique des Cantiques, tous ces petits livres sont comme posés au cœur même de la Parole de Dieu pour nous rappeler qu'il n'en est rien. D'ailleurs, c'est très intéressant de constater que le livre de Judith a été refusé par les intégristes de l'époque puisque faisant justement trop large part à la féminité. 

       Que ce petit livre de Judith nous rappelle cette part de féminité qui existe en nous, hommes et femmes. La part de féminité qui existe dans tout chrétien, c'est face à la culture, face au paganisme, face à peut-être à ce que nous n'aimons pas et que nous aurions l'impression que cela va venir nous abîmer dans notre relation avec Dieu, et bien, cette part de féminité, c'est l'utérus. C'est l'ouverture, l'acceptation de ce monde sans compromission, mais dans une sorte de transformation de ce qui pourrait sembler être de la mort, pour l'emmener vers la vie. Si on réfléchit bien à la structure de toute la Bible, et à la manière dont elle a été écrite, c'est cela. En fait, la Parole de Dieu, c'est cet utérus dans lequel tout, même le paganisme, parce que du point de vue littéraire, ce petit livre qui est contre les grecs, est pétri en fait, de culture grecque. 

       Je crois que c'est cela que nous demande le Seigneur, c'est notre féminité dans notre relation à Dieu qui est cette ouverture au maximum, cette acceptation de tout ce que la vie nous demande et nous donne, afin que dans ce lieu même de notre cœur, soit pétrie au fur et à mesure, toute la vie future, même peut-être ce qui pourrait nous sembler être du côté de la mort pour que le plan de Dieu ressurgisse du côté du Salut, du côté de la vie. 

 

       AMEN