ET L'HUILE REMPLIT TOUS LES VASES
2 R 4, 1-7
(22 octobre 1992)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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orsque, en plein milieu de la journée, nous venons pour l'eucharistie, ce n'est pas pour passer au tamis d'un certain silence ou d'un certain repos la matinée qui s'est écoulée afin de recentrer devant Dieu la banalité du quotidien de nos jours, mais c'est pour recevoir "une parole nouvelle". C'est pourquoi nous proposons non seulement d'écouter la Parole, de la commenter, mais aussi de chanter, de participer pour que cette activité originale, eucharistique, sacramentelle se distingue dans notre journée comme une activité qui donne un autre ton, une autre ouverture à celle de vos jours. C'est pourquoi lorsque nous sommes trois à chanter alors que vous êtes cinquante dans l'église, il y a un signe de communion qui ne se réalise pas et une activité de l'Église qui ne se fait pas. C'est comme une mayonnaise qui "ne prendrait pas". Je vous exhorte donc à participer et à chanter car ce n'est pas une sieste que l'on vous propose entre midi et une heure, mais une participation à une activité sacramentelle.
La Parole nouvelle que je vous propose aujourd'hui c'est celle de l'évangile. "A celui qui a, on donnera encore, à celui qui n'a pas, on prendra même ce qu'il a." Parole nouvelle et paradoxale puisque, dans l'évangile nous avons coutume de vénérer le pauvre et celui qui n'a rien. Quand une parole biblique comme celle-là qui est la plus difficile du passage que nous venons d'entendre ne se fait pas immédiatement comprendre, il faut chercher d'autres phrases qui, comme dans une résonance, permettent de saisir le sens que Dieu veut lui donner en ce jour. Pour expliquer cette petite phrase évangélique, je prends comme référence, un extrait du Livre des Rois, un petit récit qui met en jeu le prophète Élisée et une pauvre veuve. "Après la mort de son mari, un prêteur sur gages était venu prendre ce qui lui restait et même prendre ses deux enfants en esclavage. Élisée lui dit : "Que puis-je faire pour toi ?" Elle répondit : "Ta servante n'a rien du tout à la maison sauf un flacon d'huile." Élisée lui dit : "Va emprunter dehors des vases à tous tes voisins, des vases vides et pas trop peu. Puis tu rentreras, tu fermeras la porte sur toi et sur tes fils, puis tu verseras l'huile dans tous ces vases, en les mettant de côté à mesure qu'ils seront pleins". Elle le quitta et ferma la porte sur elle et sur ses fils. Ceux-ci lui tendaient les vases et elle ne cessait de verser Et quand les vases furent pleins, elle dit à son fils : "Tends-moi encore un vase", mais il répondit : "Il n'y a plus de vases". Alors l'huile cessa de couler.
Ainsi nous ne pouvons recevoir que ce que nous pouvons présenter comme vases vides. Si nous présentons très peu, nous recevrons très peu. Si nous cultivons en nous l'ambition de la Parole de Dieu et de sa richesse, nous recevrons à la mesure de notre capacité de recevoir. Or la capacité de recevoir de l'homme est infinie, donc nous ne serons jamais à court de recevoir la grâce de Dieu. C'est plutôt nous qui, en général, fermons les vannes en prétextant qu'il nous faut un peu de cette grâce-là, un peu de celle-là, et que, finalement, le tout bien ficelé suffira pour ma vie. Non, nous avons à reprendre la mesure de l'infini de Dieu, car nous sommes des hommes capables d'infini, "capax Dei" comme dit saint Augustin. Toute fausse humilité quant à la réception de la grâce est une injure à Dieu, est une injure au don de Dieu. Nous devons avoir l'ambition de recevoir ce qu'est Dieu c'est-à-dire sa vie divine.
Alors il nous faut nous réveiller dans la façon de demander le don de Dieu, dans la façon de nous ouvrir à ce don de Dieu, car nous sommes bien plus grands que notre vie, bien plus grands que ce monde car nous sommes faits à l'image même de Dieu, pour recevoir tout ce qu'est Dieu.
AMEN