LA FOI DÉPASSE NOTRE INTELLIGENCE

2 R 7, 3-20

(20 février 2007)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Fleuve de vie

F

rères et sœurs, je n'ai pas beaucoup de chance parce que presque chaque année, il m'arrive de devoir vous parler de cet épisode du figuier qui est un des passages de l'évangile auquel je ne comprends rien, parce que je ne vois pas comment Jésus peut maudire un figuier de ne pas avoir de figues quand ce n'est pas la saison. Vous m'excuserez, je ne sais pas résoudre ce problème, je laisse cela à d'autres. 

       Je suis donc contraint de vous parler de l'autre texte qui n'est pas très enthousiasmant non plus. Cette longue histoire du camp des araméens, abandonné parce que Dieu a fait croire aux araméens qu'une armée bruyante arrivait. Les israélites qui sont enfermés dans leur ville assiégée et qui sont en train de succomber à la famine, sur la parole d'Élisée devraient aller dans le camp des araméens parce qu'Élisée leur a promis que la famine allait s'achever. De fait, ils n'osent pas y aller, sauf ces quelques lépreux qui de toute façon n'ont rien à perdre et qui découvrent le camp vide, qui viennent l'annoncer, et là encore, le roi est incrédule, puisqu'il dit que les araméens ont fait semblant de quitter leur camp pour que nous y allions et qu'ils nous tombent dessus  et nous réduisent à néant. 

 

       On peut dire que ce texte nous parle de la foi en la parole de Dieu, de la foi en l'oracle prononcé  par un prophète, ici par Élisée. En fait, il n'y a pas que le roi qui est incrédule, c'est toute la population, et en particulier, cet écuyer sur le bras duquel le roi s'appuie selon les coutumes de l'époque, cet écuyer qui dit à Élisée : "à supposer que le Seigneur fasse des fenêtres dans le ciel, ce que tu viens de dire ne peut pas se réaliser". Là non plus, ce n'est pas très encourageant, parce que Élisée a dit à l'écuyer, puisque tu n'as pas la foi même quand cela arrivera tu n'en profiteras pas, et la manière dont il n'en profite pas n'est pas extrêmement digne de Dieu, puisque ce pauvre écuyer se tient à la porte, la foule est tellement pressée  d'aller piller le camp des araméens qu'elle le piétine sur place et qu'il en meurt. Il ne profite pas donc pas de ce que les araméens ont laissé dans leur camp ! 

       Nous sommes contraints par ces récits de les prendre dans un sens symbolique, puisque c'est pour illustrer la nécessité de croire même à ce qui est incroyable, tant du côté du figuier, puisque Jésus dit si vous aviez la foi vous diriez aux  montagnes de se transporter dans la mer et elles iraient au galop, et ici, l'écuyer  qui n'a pas cru en meurt lui aussi. Quoi qu'il en soit de la manière dont Dieu fait se réaliser les prophéties de Jésus ou d'Élisée, ce qui nous est affirmé dans l'un comme dans l'autre texte, c'est que rien n'est impossible à Dieu. Evidemment, cela ne veut pas dire que nous devons nous attacher au merveilleux, aux miracles, à toutes sortes de réalisations magiques, cela veut dire que la puissance de Dieu est infinie, et que nous ne devons pas mesurer les paroles de Dieu à la mesure de notre expérience humaine, de nos considérations techniques, pratiques, telles que nous les voyons dans la quotidienneté de nos jours. 

       Dieu va plus loin que ce que nous sommes capables de comprendre, Dieu est celui qui rend possible l'impossible. Un peu comme le disait l'épître aux Hébreux à propos de Moïse, qui marchait comme s'il voyait l'invisible. Se confronter à Dieu, c'est entrer dans un domaine qui n'est pas celui de notre intelligence, de notre pensée, de notre expérience, pas nécessairement parce que Dieu dessèche les figuiers, ou parce que Dieu fait se transporter les montagnes dans la mer, ou parce que Dieu fait entendre aux araméens le bruit d'une cavalerie nombreuse, mais parce que ce qui est du domaine du mystère de Dieu dépasse de toutes parts notre compréhension. C'est une habitude constante des hommes  de vouloir ramener toutes choses à leur intelligence, à leur compréhension, à leur calcul. 

       De fait, dans l'histoire de l'Église, toutes les fois que nous avons été confrontés au mystère de Dieu, il y a eu des hommes qui ont cherché à réduire ce mystère à une chose explicable. On a vu cela à propos de la Trinité, comment pouvoir dire qu'il y a trois personnes en un seul Dieu, Arius et beaucoup d'autres ont résolu la question en supprimant la difficulté : il n'y a que le Père qui est Dieu, le Fils et l'Esprit ne le sont pas vraiment, à ce moment-là, il n'y a plus de problème. Et aussi, comment Jésus peut-il être à la fois homme et Dieu, il y a eu des hérétiques comme Nestorius qui se sont levés et qui ont dit : Jésus est seulement un homme en qui habite la présence de Dieu, ce qui n'a rien de bien original, puisque c'est ce que Dieu propose à chacun d'entre nous. De fait, l'hérésie consiste à nier le mystère, c'est-à-dire à ne pas reconnaître qu'il y a non seulement dans la volonté de Dieu, mais aussi dans l'univers qui est le fruit de cette volonté, infiniment de choses qui dépassent notre entendement, nos calculs, et que nous devons reconnaître l'infirmité de notre intelligence qui est une chose merveilleuse mais qui reste limitée et que nous devons admettre qu'il y a un au-delà de nos pensées, de nos expériences, de nos certitudes. Nous devons admettre que la foi dépasse notre intelligence et que nous soyons confrontés à l'adoration devant ce Seigneur  qui est infiniment plus grand et plus profond que tout ce que nous pouvons imaginer. 

 

       AMEN