DIEU HABITERAIT-IL NOTRE TERRE ?
1 R 8, 10-21
(9 février 2004)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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e premier texte que nous avons lu et qui fait suite à ce que nous lisions les jours derniers, nous raconte donc la construction du Temple par Salomon. Dans ce texte, deux attitudes contradictoires à l'égard du Temple se font jour. D'une part, il y a le désir déjà manifesté par David et repris à son compte par Salomon, de construire une maison symbolique de la présence de Dieu au milieu de son peuple, pour concrétiser cette protection du Seigneur, cette présence au milieu du peuple d'Israël d'un Dieu qui le protège. En agissant ainsi, David et Salomon se conforment à ce que tous les peuples dans toutes les religions, ont essayé de faire, c'est-à-dire, de rendre tangible, sensible, repérable, la présence de Dieu qui, en réalité, échappe toujours aux prises de l'homme. Il y a un besoin chez, l'homme, un désir de pouvoir concrétiser, rendre visible cette présence.
Et puis, il y a la réponse de Dieu qui, d'une certaine manière montre qu'Il dépasse toutes ces possibilités de concrétisation de sa présence, que sa présence est infinie et qu'elle échappera toujours aux prises de l'homme. En fait, Salomon ne dit pas exactement ce qui s'est passé. Il dit : mon père David eut dans l'esprit de bâtir une maison pour le nom du Seigneur. Effectivement dans les chapitres précédents de ces livres des Rois, nous voyons David affirmer ce désir en disant : j'ai construit un palais dans ma ville, mais l'Arche de Dieu elle, aurait besoin d'un palais plus grand encore. Dieu a répondu à David, et d'après Salomon, Il lui aurait dit : tu as eu dans l'esprit de bâtir une maison pour mon nom, et tu as bien fait. C'est là que Salomon arrange un petit peu les choses. En fait, Dieu n'a pas répondu cela à David, mais Il a dit : comment, tu veux me construire une maison, alors que je vous ai fait sortir d'Égypte et que j'habitais en camp volant à travers le désert dans une tente. Je ne me suis jamais lié à un endroit, si somptueux fut-il, et ma présence dans le peuple est quelque chose de toujours nouveau et insaisissable, alors, pourquoi veux-tu me faire une maison ? Donc, en fait, Dieu a contesté ce désir de David de bâtir un temple. Mais comme souvent dans l'histoire des hommes ce désir plus ou moins pur que les hommes ont, d'établir à leur mesure, à leur manière, selon leur sentiment, une relation entre Dieu et eux, ce désir plus ou moins pur et dans lequel entre une certaine volonté, plus ou moins consciente de mettre la main sur Dieu, ce désir, finalement, Dieu va le prendre en compte et malgré ce refus fondamental qu'Il oppose à ce désir des hommes, Dieu va finir par leur accorder.
C'est ce qui s'était passé aussi pour la fondation d'une dynastie royale. Là aussi, pendant des siècles, le peuple d'Israël n'avait pas d'autre roi que Dieu lui-même qui se manifestait selon son bon plaisir par des hommes charismatiques qui sortaient de telle ou telle tribu et que l'on appelait des Juges. Mais le peuple d'Israël a voulu comme les autres peuples avoir un roi stable, un roi qui se transmette le pouvoir de génération en génération. Là aussi, Dieu a commencé par répondre en leur disant : alors, tu ne me considères plus comme un roi suffisant pour te guider ? Tu as besoin comme les autres peuples d'avoir une administration, un gouvernement, une autorité ? Et puis, Dieu a cédé au désir du peuple il a accepté qu'il y ait un roi, ce fut Saül, et ensuite David le roi selon le cœur de Dieu et Salomon son fils. Par conséquent, Dieu d'une certaine façon, à la fois, montre aux hommes que leur désir n'est pas tout à fait vrai, tout à fait exacte, qu'il dépasse leur volonté, parce qu'i leur échappe, et en même temps, Il leur concède des signes de sa présence, tels qu'ils en ont besoin dans leur faiblesse et dans leur manque de foi suffisamment profonde.
De même que Dieu a concédé un roi à Israël, il leur concède aussi un Temple. Mais Il maintient son autonomie, Il maintient son indépendance. Dans le texte que nous venons de lire, cela se manifeste de façon éclatante parce qu'au moment où le temple, sublime, construit par Salomon est pleinement accompli, on procède à la dédicace du Temple, c'est-à-dire qu'on le consacre à la présence de Dieu. C'est le point de vue humain, c'est ce que David et Salomon ont rêvé, médité. Mais au moment où s'accomplit la dédicace, voilà que Dieu prend l'initiative, Il envahit le Temple par sa nuée, et Il chasse les prêtres qui ne peuvent pas continuer à remplir leur office de la dédicace. Autrement dit : vous m'avez demandé de pouvoir construire un temple, je vous ai accordé ce désir de votre cœur même si je ne suis pas tout à fait d'accord. Mais attention, ce n'est pas vous qui êtes les maîtres d'œuvre. Certes, vous avez construit la maison, vous en accomplissez la dédicace, mais c'est moi qui prends l'initiative, et ce ne sont pas vos cérémonies, ce ne sont pas vos liturgies pas plus que vos architectures et vos constructions qui m'enserrent de quelque façon. Seul je décide où je suis et comment je suis présent parmi vous.
Un peu plus loin, d'ailleurs, dans le texte que sans doute nous lirons un de ces prochains jours, Salomon va prononcer une prière. Et au milieu de cette prière où il remercie Dieu d'avoir accordé à David son père et à lui-même ce désir de leur cœur en acceptant ce Temple, Salomon a l'intuition que quelque chose le dépasse. Il aura cette phrase : "Dieu habiterait-il vraiment avec les hommes sur la terre ? Est-ce que vraiment, je peux décider que ce Temple, ce lieu, cette maison, cette demeure est la demeure de Dieu ? Est-ce que Dieu se soumettrait à mes symboles, mes manières de penser, mes manières de désirer le rencontrer.?" Là, nous avons comme une ouverture vers quelque chose qui dépasse ce que David a rêvé, ce que Salomon a voulu, ce qu'ils ont accompli. Dieu viendra sur la terre, mais d'une autre manière qu'il ne pouvait pas imaginer, qu'il ne pouvait pas pressentir. Ils ont construit comme tous les peuples un Temple, et ils ont cru que ce Temple manifesterait d'une certaine manière la présence de Dieu, mais la présence de Dieu se réalisera autrement.
Nous savons que le vrai Temple, ce sera le Corps du Christ, ce corps que le Fils même de Dieu prendra pour être sa vraie présence sur la terre. Au-delà de toutes les religions, de toutes les manières humaines de penser, au-delà de tous les symboles que les hommes peuvent inventer, Dieu, lui, inventera une manière de présente tout à fait inattendue. C'est pourquoi pour nous, il n'y a pas de Temple au sens du Temple de Jérusalem, de temple de toutes les religions naturelles. Le Temple de Dieu, c'est le Corps du Christ, c'est le prolongement de ce corps du Christ qu'est l'Église, notre assemblée qui est le vrai temple de la présence de Dieu, et nous appelons cette maison, cette demeure "église" que parce que nous sommes l'Église, c'est-à-dire le Corps du Christ et sa présence dans le monde.
AMEN