ÉCOUTER ET DISCERNER
1 R 3, 16-28
(2 février 2004)
Homélie du Frère Yves HABERT

Dinant : Le jugement de Salomon
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i vous le permettez, je m'arrêterai sur la première lecture, la lecture du livre des Rois, de ce jugement de Salomon qui a beaucoup intéressé les peintres.
A quoi rêve un jeune roi dans la Bible, surtout quand on descend du grand David ? Salomon ne rêve pas de gloire, de puissance, il ne rêve pas de la mort de ses ennemis, il ne rêve pas de richesse, il rêve d'être un bon roi, d'avoir un cœur plein d'un bon jugement pour gouverner le peuple qui lui est confié, d'avoir un cœur assez aiguisé pour discerner entre le bien et le mal, parce qu'il s'agit pour le roi d'être un roi comme Dieu, d'être un roi à l'image de Dieu. Dieu va accorder dans un rêve à Salomon, non pas la gloire et la richesse, mais ce discernement. Et aussitôt après, comme une sorte d'illustration, nous avons le texte que nous venons d'entendre sur le jugement de Salomon.
Il commence par exercer son jugement entre deux femmes, deux prostituées. Il ne commence pas à régner ou à siéger entre des princes, des personnages importants mais il prend les personnes les plus humbles, deux prostituées, deux mères. Ces prostituées ont eu chacune en même temps un enfant, leur statut fait qu'il n'y a personne, pas de père pour reconnaître l'enfant, il n'y a personne pour attester que cet enfant est celui de cette femme et de cet homme, mais l'homme, on ne sait pas où il est, et donc il est forcé de ressembler seulement à sa mère. La mère a tissé avec cet enfant un lien très particulier. Je me souviens en mission d'évangélisation, dans un quartier particulier, on était plusieurs à faire cette évangélisation, on avait rencontré une prostituée, et on lui dit qu'on va prier pour elle, elle répond tout de suite : priez pour mon enfant. Cette prostituée, d'emblée était mère, et elle avait demandé qu'on prie pour son enfant. Toutes les deux vont intervenir, vont donner leur version de l'événement, elles ont toutes les deux un enfant et un enfant est mort, l'autre va mettre son enfant sur sa compagne, et elles vont s'accuser mutuellement d'avoir tué cet enfant.
On va entendre ces deux récits, et l'on ne sait pas qui parle, qui est la mère de l'enfant vivant, puisqu'on entend les deux récits. Salomon va écouter, le critère d'un bon discernement, le critère d'un bon jugement, c'est l'écoute. Il ne va pas condamner ces femmes, en bloc, il ne va pas leur dire : vous êtes toutes les deux des prostituées, donc vous n'avez pas à avoir d'enfant, et vous êtes toutes les deux dans le péché. Non, il ne condamne pas ces femmes, mais il les écoute profondément. Le cœur qui discerne est un cœur qui écoute. Il les écoute et reprend la difficulté, c'est-à-dire deux femmes, un enfant qui est vivant, et un autre qui est mort, à qui appartient l'enfant vivant. Il sort une épée, On pourrait se dire, c'est un jugement tranchant, mais c'est aussi l'épée de la miséricorde, c'est une épée qui va trancher dans la vérité et le mensonge. Une épée qui va trancher entre la condamnation et la miséricorde, une épée qui va trancher entre la vraie mère et celle qui par accident a tué son enfant et qui veut s'approprier l'enfant de l'autre. Il sort cette épée après un long temps d'écoute, et propose de partager l'enfant vivant, il propose de tuer l'enfant vivant. Devant cette décision, cela rend la véritable mère tout d'un coup, en deuil de cet enfant aussi, cet enfant qui était le sien le roi lui propose de le tuer pour un jugement, et elle préfère sauver la vie de l'enfant.
A ce moment-là, le jugement de Salomon s'opère, ce discernement s'opère, la véritable mère est pour la vie de l'enfant. La véritable mère a reconnu son enfant, et préfère que son enfant soit vivant avec une autre plutôt que de le voir disparaître pour toujours. La véritable mère a accepté même de se séparer de son enfant, pour qu'il soit vivant. Elle a préféré que son enfant continue à vivre plutôt qu'il ne soit tué pour simplement une histoire de fierté.
Tout le monde alors, glorifie la sagesse de Salomon, de cet homme qui a u écouter, de cet homme qui a su discerner, qui a su sortir l'épée au bon moment, non pour la brandir, mais pour opérer un jugement et la mère a reçu son enfant vivant. Le roi a redonné son enfant à sa mère.
AMEN