FAIRE CORPS
1 R 6, 1+37-38
(3 février 1993)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

Jérusalem : Maquette du Temple - Entrée du Saint
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a différence entre notre Église d'aujourd'hui et le Temple construit par Salomon c'est qu'à l'époque de ce roi on devait empêcher les gens de s'approcher du centre et on a inventé des vestibules pour freiner l'enthousiasme, au sens premier du terme, des gens qui voulaient s'approcher de Dieu. Actuellement on a l'impression que c'est comme pour un gaz : plus l'espace est grand et plus on se dilate et l'on prend la précaution de ne pas être trop près de son frère qui est une source de contamination de charité dangereuse. En entrant pour l'eucharistie, avec le désir de célébrer "avec vous", je découvre une assemblée dispersée dans l'église, j'ai un pincement de cœur de pasteur qui me dit, que quelque chose n'est pas vraiment réussi entre vous et nous et en tout cas tous ensemble envers Dieu et qu'il y a une méfiance un peu contraire à la charité que nous voudrions vous dire ou en tout cas recevoir de Dieu. Donc les cinq mètres réglementaires que vous vous accordez les uns à côté des autres, ce n'est pas forcément très chrétien et il y a une réflexion à faire par rapport à l'individualisme que nous développons.
La parabole que nous avons entendue peut justement se lire sous deux aspects. On peut d'abord se dire: il s'agit de moi, de ma personne. La Parole est plantée dans ma personne et que j'ai à y répondre et à la mettre en pratique. C'est vrai mais insuffisant. L'autre aspect c'est le corps que nous formons et qui est l'Église. Et nous avons autant à porter le souci de notre propre personne, qui doit s'épanouir dans la Parole de vie de Dieu, que de l'Église qui doit aussi s'épanouir dans la Parole de vie de Dieu. Lorsque nous nous lamentons du peu de visibilité ou de crédibilité de l'Église dans le monde contemporain, la vision que j'en ai aujourd'hui est une preuve manifeste qu'elle n'est pas crédible, que nous ne formons pas un corps animé par une Parole qui l'a transformé et qui le transfigure chaque jour. Et peut-être que si nous avons l'impression de piétiner un peu sur le chemin intérieur de cet épanouissement, c'est parce que nous ne sommes pas assez "les uns avec les autres" pour former le corps que Dieu nous demande. Nous avons fondamentalement besoin des autres pour avancer. Il est évident que si nous marchons tout seul, nous allons tous boiter les uns à côté des autres alors que nous pourrions nous soutenir par la prière et la communion des saints qui est une puissance dont nous usons peu et qui est pourtant très efficace.
Interrogeons-nous en ce jour sur notre façon de consommer notre rapport avec Dieu et d'éviter ainsi de constituer, comme Il l'a pourtant désiré, son corps vivant. Quand nous recevons le corps du Christ, nous complétons ce corps du Christ, nous nous collons les uns aux autres pour former un corps total. Est-ce que ce désir anime notre cœur ou est-ce que, au contraire, nous préférons rester tout seul, peut-être en piétinant sur le chemin de la vie ? Dieu nous demande de nous rassembler pour être son peuple bien-aimé.
AMEN