LA SAGESSE
1 R 5, 9-14
(1er février 1993)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

Dinant : Jugement de Salomon
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V |
ous avez écouté les deux lectures. Dans l'une, on parle de la sagesse de Salomon, sa célèbre sagesse, dans l'autre, on raconte de Jésus qu'Il a "perdu le sens". L'un est sage et l'autre, apparemment, non.
Qu'est-ce que la sagesse selon celle que l'on attribue à Salomon ? On dit de lui que "Dieu lui donna une intelligence, une sagesse et un cœur aussi vaste que le sable qui est au bord de la mer." Intelligence, cœur et sagesse. On dit aussi qu'il "proféra trois mille sentences et de nombreux cantiques." Puis on ajoute cette chose curieuse qu'il "parla des plantes depuis le cèdre jusqu'à l'hysope et qu'il parla aussi des quadrupèdes, des oiseaux, des reptiles et des poissons." La sagesse consiste-t-elle donc à bien connaître sa biologie animale et végétale et à savoir ce qui nous entoure ? Vous savez ou je vous rappelle que le mot sagesse vient du latin "sapere" qui veut dire "goûter". Le sage est donc celui qui goûte.
Saint Thomas dira : "Est sage celui pour qui les choses qui l'entourent ont du goût en ce qu'elles sont." Et non pas en ce que nous voudrions qu'elles soient ou encore en ce que nous rêvons qu'elles soient ou en ce que nous pensons qu'elles soient. C'est dire que le sage est celui qui éprouve du goût, qui salive à l'idée de découvrir la vérité qui est dans les choses et dans le monde qui l'entoure et non pas dans sa tête. Cela paraît élémentaire comme souvent les maximes de saint Thomas et pourtant c'est la chose la plus difficile à faire pour un homme que de s'attacher, avec rigueur, à ce qui est. Lorsque saint Thomas parle d'atteindre la vérité, nous avons l'impression que c'est évident, que nous ne pouvons pas faire autrement. Et pourtant nous avons mille façons de procéder différemment en fuyant la vérité qui nous entoure. C'est pourquoi nous avons perdu le goût. Car comment voulez-vous avoir du goût pour des choses qui n'existent pas mais que nous inventons ? Nous ne pouvons développer du goût que pour des choses qui sont en dehors de nous, qui sont nouvelles à notre palais et qui nous apporteront la nouveauté de la vérité. Car la vérité qui est cachée et qui sera dévoilée dans le Christ, c'est pour cela qu'aux yeux des hommes, "Il n'aura plus de sens", cette vérité développe notre sens gustatif. C'est grâce à lui que nous pouvons découvrir quelque chose d'autre. C'est grâce à lui que nous pouvons avancer dans le monde et dans la vérité que Dieu a mis en lui. Sinon, nous tournons en rond et nous sommes enfermés sur nous-mêmes en mangeant ce que nous vomissons comme d'ailleurs le dit une maxime de la Bible "le chien revient à son vomi". L'homme est fait pour être happé, étreint par ce qu'il ne connaît pas encore et qui est la vérité qui, tout en se dévoilant, reste mystérieusement cachée dans le monde.
Alors Salomon n'était pas un homme féru de biologie mais un homme qui goûtait les choses pour ce qu'elles sont et qui avait développé, intensifié toute son intelligence, tout son cœur, toute sa sagesse à les découvrir, à les aimer et à les expliquer.
Le Christ Lui-même, face aux hommes qu'Il rencontre, et encore plus face à sa famille, à sa parenté immédiate qui trouve désagréable la façon dont cet homme rassemble, dans sa propre maison, tous ces hommes et toutes ces femmes, découvre à son contact la vérité du cœur de l'homme. Difficile et amère vérité que les hommes découvraient à son contact. C'est pourquoi ceux qui sont "sa mère, ses frères et ses sœurs" sont ceux qui, comme Lui, sont avides de la vérité et s'en nourrissent pour pouvoir retrouver la vie de Dieu qui leur est offerte chaque jour.
AMEN