RUTH, ANCÊTRE DE DAVID
Rt 4, 9-13+17
(5 juin 2007)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Jessé, ancêtre du Christ
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rères et sœurs, nous achevons aujourd'hui le très court livre de Ruth. Je voudrais vous dire en deux mots l'importance de ce petit livre qui ne fait que trois ou quatre pages. Comme vous l'avez perçu à la fin du texte que nous avons lu, si la Bible a gardé cette petite histoire de Ruth, c'est parce que Ruth et Booz dont il est question ont engendré Obed qui engendra Jessé, le père de David. C'est donc parce qu'il s'agit ici des ancêtres du roi David que la Bible a voulu conserver ce texte. Mais ce qui est fort intéressant, c'est que dans la généalogie qui précède le roi David, pourquoi a-t-on choisi plus particulièrement cet épisode de Booz qui épouse Ruth ? Précisément parce que Ruth n'est pas une fille d'Israël, mais une étrangère, une Moabite. La Bible souligne, et c'est surprenant au premier abord, que dans la lignée des ancêtres du roi David, il y a une étrangère. David n'est pas simplement un fils d'Israël, il est aussi l'héritier d'un sang étranger, d'un sang païen d'ailleurs, et cela marque l'intention de manifester que le peuple d'Israël n'est pas à l'écart de ces peuples étrangers et qu'à certaines occasions, il y a comme un croisement entre les peuples païens et le peuple d'Israël.
C'est dire que si Israël est le peuple choisi, le peuple élu, ce n'est pas pour rejeter ceux qui n'en sont pas, comme si toutes les nations étrangères étaient maudites et rejetées comme on pourrait peut-être le penser quelquefois en lisant les textes de l'Ancien Testament, qui peuvent nous surprendre, quand on voit Josué conquérir la terre de Canaan en mettant à mort toutes les populations étrangères pour faire de la place au peuple de Dieu, on pourrait s'imaginer que tout est permis à ce peuple parce qu'il a été choisi et que les autres sont rejetés. Ce n'est pas aussi simple que cela. On va souligner comme à l'encre rouge cet événement un peu particulier d'une femme étrangère qui se trouve être à l'origine du roi David.
Si vous vous souvenez de la généalogie de Jésus qui commence l'évangile de saint Matthieu, celui-ci redouble cette attention à Ruth car dans cette généalogie, seules les femmes étrangères ou les femmes pécheresses sont nommées, comme pour manifester que Jésus n'est pas venu seulement pour le peuple élu mais aussi pour les autres nations, qu'il n'est pas venu seulement pour les justes mais aussi et d'abord pour les pécheurs. C'est ainsi que dans cette généalogie, qu'on nous dit : "Aminadab engendra Naason, qui engendra Salmon, qui engendra Booz de Rahab (c'était une prostituée), et Booz engendra Obed de Ruth, Obed engendra Jessé, et Jessé engendra le roi David". Vous voyez que Ruth est nommée expressément ce qui n'est pas le cas de toutes les femmes qui se trouvent dans la généalogie de Jésus.
Il y a donc une intention déjà présente dans l'Ancien Testament renouvelée par l'évangile de saint Matthieu, une intention de marquer l'universalisme de la mission de Jésus. Jésus est venu certes comme le Messie promis à Israël, mais ce Messie promis à Israël est le sauveur de toutes les nations. Les prophètes n'ont cessé de le répéter, et c'était déjà dit à Abraham dès le moment où Dieu l'a appelé : "En toi seront bénies toutes les nations de la terre". Le choix d'Israël n'est pas un privilège qui exclurait les autres, mais ce choix veut faire de ce peuple le prototype et le symbole de tous les peuples, ce salut que Dieu veut donner de personne à personne, de cœur à cœur à Abraham et à ses descendants, Il veut le donner de la même manière, de cœur à cœur à tous les hommes de toutes les nations de la terre.
Que cet universalisme du salut dont nous sommes les bénéficiaires, nous ne sommes pas la plupart d'entre nous des descendants d'Abraham mais des descendants des païens, que cet universalisme du salut qui se fonde sur l'amour personnel de Dieu pour Abraham et pour sa descendance, mais étendue à tous les hommes, que ce salut nous remplisse de joie et de louange pour le Seigneur.
AMEN