HISTOIRE D'AMOUR
Rt 2, 1-10+14-17
(29 octobre 1986)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Moisson
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L |
e livre de Ruth est un récit romancé qui raconte les origines du salut. En effet on retrouve dans ce récit quelques traits fondamentaux de ce que signifie le salut accordé à toute l'humanité.
Le premier c'est qu'il s'agit d'un Bethléémite qui s'en va avec sa femme de l'autre côté de la mer Morte, au pays de Moab, parce que là-bas il y aura à manger. L'histoire du salut commence toujours par des détresses. Déjà les fils de Jacob avaient quitté la terre promise à Abraham pour aller trouver en Egypte de quoi manger. L'histoire du salut commence toujours par une famine, par ce manque de pain. C'est toujours une menace qui pèse sur l'existence et sur la vie des hommes, et Dieu se sert de cette menace.
Elimélek sera enseveli dans la terre fertile de Moab, une sorte de version de l'Egypte. Là ses deux fils épousent, contre la règle en vigueur, des Moabites, deux étrangères Orpa et Ruth. Normalement, dans la Bible ceci est sévèrement réprimé. Un enfant d'Israël n'a pas le droit de prendre femme en dehors des tribus d'Israël. Mais là encore, un peu comme pour Moïse avec sa femme Cippora, Dieu se sert de ce qui, de la part des hommes, peut être une certaine infidélité à la Loi, pour réaliser son propre projet. C'est pourquoi, lorsque Noémie sait que l'abondance est revenue au pays de Bethléem et que depuis la mort de ses fils elle ne peut plus vivre à l'étranger, elle s'arrache à ce pays de Moab qui lui a pourtant donné l'hospitalité, un petit peu comme les Israélites sont partis de l'Égypte pour gagner la terre promise. C'est aussi une nouvelle entrée, un nouvel exode pour Noémi.
Seulement lorsque Noémi s'en va, ses deux belles-filles manifestent leur attachement au peuple d'Israël et surtout Ruth. Ruth est le symbole de ce qu'il y a de beau et de grand dans les nations qui n'ont pas encore connu Dieu mais qui devaient suivre Israël sur ce chemin de la quête de Dieu. Et c'est là que s'engage l'essentiel du récit. C'est le fait que Ruth qui est une étrangère, qui n'a pas reçu la promesse, va être le moyen de réaliser la promesse. Ruth est une païenne, Ruth est en dehors de l'histoire du salut, mais à cause de sa foi, à cause de son attachement pour le "Dieu" d'Israël qu'elle ne connaît pas encore sinon par l'affection qu'elle a pour sa belle-mère Noémi, Dieu va la choisir pour que par elle naisse le salut, car Ruth est l'ancêtre du roi David.
Le passage que nous avons lu ce matin est cette rencontre mystérieuse d'Israël et des nations. Ruth est le symbole des nations. C'est déjà un peu ce dont parlait Isaïe : "Toutes les nations vont se rassembler dans la montagne du Seigneur." De plus ces nations dans leur recherche souvent aveugle du salut sont épousées par ce Booz, lui aussi descendant d'Elimélek, un Bethléemite de la race de Juda qui manifeste sa générosité.
Et la première générosité de Booz c'est sa délicatesse. Lui, le maître du champ qui surveille les moissonneurs et leur dit : "Laissez Ruth glaner là où elle veut et même arrangez-vous pour qu'elle puisse prendre des poignées dans les javelles déjà moissonnées."
C'est l'histoire même du salut. Dans le salut il y a toujours quelque chose qui est perdu, quelque chose qui "attend" le salut. C'est Dieu qui est symbolisé par Booz, ce fils d'Israël ce peuple chargé d'être témoin du salut auprès de ceux qui en sont démunis. C'est un parent de Ruth (qui est délaissée, qui est veuve, qui a besoin d'un époux et qui a trouvé le Dieu d'Israël en accompagnant sa belle-mère) qui sera le symbole de la générosité du peuple d'Israël associé à ce salut par Dieu.
Dans notre vie, c'est toujours ainsi. Il y a toujours au fond de notre cœur ces nations qui ne connaissent pas Dieu et qui ont besoin de salut, mais il y aussi déjà cette présence de Dieu, ce Booz mystérieux, qui nous apporte le salut pour que, nous aussi, nous vivions nous-mêmes cette aventure merveilleuse des noces avec le Christ, de l'Église des nations avec Israël et de tous les hommes avec Dieu.
AMEN