UNE MORT QUI SAUVE

Jg 14, 1-11

(9 août 2003)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

E

n quelques mots, je crois que vous connaissez tous l'histoire de Samson, généralement, c'est Samson et Dalila, mais je voudrais attirer votre attention sur une partie qu'on n'a pas lu, et qui concerne l'annonce de la naissance de Samson. Je crois que dans la manière dont la mère de Samson va réagir, et la façon dont Saint pierre réagit à l'annonce de la Passion, nous avons deux caractères opposés. Quand l'ange vient annoncer à la mère de Samson qu'il sera nazir, qu'il va devenir un juge, un grand homme pour diriger Israël, la manière dont elle va relire cette annonce à son mari, va comporter une petite différence. A la fin du dialogue, l'ange lui dit : "C'est lui qui va sauver Israël de la main des Philistins". C'est le dessein que l'ange annonce à la maman de Samson, et la manière dont elle rapporte le fait change dans cette phrase : "L'enfant sera nazir de Dieu depuis le sein de sa mère jusqu'au jour de sa mort"

       L'autre tableau, c'est Jésus et ses apôtres à qui Il annonce sa mort et saint Pierre refuse. Dans le premier cas, il y a une femme qui a découvert que le salut peut passer par la mort. Dans le deuxième cas, on a la situation d'un homme, saint Pierre, alors que juste avant il venait de découvrir, de dire de professer sa foi, que Jésus était le Fils de Dieu, et qui refuse d'aller jusqu'à cette conséquence possible que la victoire du Fils de Dieu passe par la mort. 

       Je crois dans notre société où l'on dit que le christianisme n'existe plus, mais il y a un caractère fondamentalement chrétien lié au Nouveau Testament et à l'annonce de Jésus et qui est profondément ancré dans les mentalités, c'est l'acceptation du fait que le héros meurt pour sauver. Dans les anciennes civilisations, le héros sauve sans mourir, et la caractéristique même du héros est qu'il ne meurt pas. La victoire ne consiste pas uniquement dans le fait qu'il a réussi à détruire et annihiler ses ennemis, mais le signe de sa victoire est en fait qu'il soit toujours en vie !  C'est le héros antique, et c'est même la manière dont le peuple hébreu pense la venue du Messie. Le Messie non seulement est victorieux des forces du mal, mais le Messie ne peut pas mourir, en fait, c'est ce que saint Pierre a en tête. 

       L'annonce que Jésus fait à ses disciples est pour quelqu'un comme la mère de Samson, quelqu'un qui est capable de voir à travers les annonces et de découvrir que la victoire ne signifie pas nécessairement que je garde ma vie à moi. Le grand changement, le grand chamboulement commence déjà avec le Serviteur Souffrant, quand Dieu apprend à son peuple ce qui est synonyme de victoire finale, n'est pas nécessairement synonyme de ce que je garde ma vie terrestre, ma vie biologique. La grande difficulté de saint Pierre, est sans doute la grande difficulté du peuple juif vis-à-vis de ce qu'on appelle justement le scandale de la croix, c'est de découvrir que Dieu peut sauver, et sauve à travers le scandale de la mort. La mort n'est plus synonyme de destruction, de non communion avec Dieu, la mort peut aussi être une manière de rejoindre Dieu. 

       Ce que la mère de Samson expérimente à travers l'annonce exceptionnelle faite pour son fils, et ce que Samson lui-même expérimente comme juge, puisqu'il va mourir à la fin, en entraînant d'ailleurs la mort de beaucoup de Philistins, c'est qu'on ne peut jamais dire que la mort de quelqu'un est un châtiment de Dieu. C'est encore une vieille idée qui revient dans notre état d'esprit et c'est la raison pour laquelle d'ailleurs nous avons beaucoup de mal à comprendre comment le juste peut mourir et l'injuste vivre. C'est tout simplement parce que les catégories de Dieu ne sont pas nos catégories et parce que ce que Dieu vit n'est pas nécessairement ce que nous appelons vie. La vie pour Dieu, c'est de réussir à mettre en œuvre le dessein qu'Il a pour nous : vivre en communion avec Lui. La grande nouveauté de l'appel de Dieu pour les hommes, c'est que l'homme puisse découvrir que même dans ce qu'il y a de plus insensé, ce qui devrait nous couper de Dieu, la mort, la souffrance, ce chemin en fait est une possibilité de communion avec Dieu. 

       Frères et sœurs, dans ce même élan de la mère de Samson, découvrons dans le dessein que Dieu a pour nous la manière dont Dieu s'offre à nous pour le rejoindre dans notre vie à tous. 

  

       AMEN