L'ALLIANCE QUI CONDUIT A LA PERTE
Jg 9, 22-29
(10 juillet 2003)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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a lecture du livre des Juges que nous avons entreprise il y a quelques jours, continue l'histoire de Gédéon et de ses enfants, et notamment, d'Abimélek. Je vous rappelle qu'à cette époque il n'y avait pas encore d'unité en Israël. C'étaient des chefs comme on dit, "charismatiques", c'est-à-dire qui sont portés par leurs qualités et l'enthousiasme populaire, et qui prenaient tour à tour en cas de difficultés, la tête de ces tribus encore mal unifiées. Gédéon est l'un d'entre eux. Il a assuré la suprématie d'Israël sur les ennemis qui le menaçaient. Il est mort, mais il avait eu un tort cependant, c'est que se laissant guider pas l'amour de sa fille et de sa tribu personnelle, il a voulu faire un sanctuaire dans sa ville natale à Ophra, ceux qui continuaient à disperser le culte d'Israël, et aussi à favoriser les cultes polythéistes des peuples alentour, et ainsi, influencer Israël.
Gédéon avait eu le mérite de refuser d'être roi. Il ne voulait pas s'attribuer, sous prétexte qu'il était un grand général et qu'il ait défendu Israël, s'attribuer cette dignité royale qui dans l'esprit de Gédéon, et dans l'esprit des israélites pieux de l'époque, cette royauté, c'était Dieu qui devait l'exercer lui-même. Il l'avait refusé aussi pour ses enfants, ses nombreux enfants, car nous sommes à une époque où c'est la polygamie qui est pratiquée, il avait soixante-dix fils, qui auraient tous pu devenir rois à sa suite, et il a refusé pour eux aussi cette royauté. Mais parmi ses fils, il y avait le fils d'une concubine, Abimélek, et celui-là est pris du désir de régner, et il va vouloir devenir roi sur Israël en disant : vaut-il mieux qu'il y ait soixante-dix fils de Gédéon qui vous commandent, n'est-ce pas plus commode qu'il n'y en ait qu'un seul ?
Les notables de la grande ville de Sichem (enfin, grande ville pour l'époque), ville importante en Israël vont l'aider à devenir roi. Il va massacrer ses soixante-dix frères pour éviter une contestation. Des mœurs encore évidemment primitives à cette époque-là. Un de ses frères s'échappe, c'est ce que nous lisions hier, il va résumer les événements en disant : quand les arbres ont voulu avoir un roi, ils ont proposé cela au figuier, à la vigne et à l'olivier, mais tant la vigne que l'olivier et le figuier, ont préféré être utiles en donnant des fruits, plutôt que, selon la parole de ce jeune homme, plutôt que de venir se balancer au-dessus des autres arbres, conception un peu inutile de la royauté. Et le rescapé du massacre continue : quand les arbres ont vu que la vigne, l'olivier, le figuier refusaient, ils sont allés demander au buisson d'épines de devenir le roi des arbres puisqu'il n'avait rien d'utile à faire par ailleurs. C'était une parabole transparente, cela voulait dire qu'Abimélek était simplement un buisson d'épines, alors que ses frères massacrés, étaient eux, des gens utiles comme l'olivier, la vigne ou le figuier. Continuant sa parabole, le rescapé dit aux notables de Sichem : si vous trouvez votre bonheur dans Abimélek comme roi, tant mieux pour vous, mais prenez garde qu'un feu ne sorte de ce buisson, qu'il vous consume et que vous soyez réduits en cendres.
Cette prophétie est très intéressante, elle montre que l'alliance dans le mal, car Abimélek par volonté de puissance a massacré ses frères, et les notables de Sichem se sont prêtés à ce massacre en soutenant la candidature d'Abimélek, cette alliance dans le mal n'est pas une alliance ce qui porte des fruits même pour ceux qui l'ont conclue.
La morale de l'histoire, c'est que quand on s'allie pour faire le mal, on est porteur déjà dans cette alliance, d'une source de division et de malheur pour soi-même. C'est ce qui commence à se faire jour dans la lecture d'aujourd'hui et qui se continuera dans les jours qui viennent. Au bout de quelque temps, puisque ce qui liait les notables de la ville de Sichem à Abimélek, c'était seulement le partage d'un crime, et de compromissions politiques, voilé que bien vite, ils ont envie de prendre des distances par rapport à Abimélek, de faire une sédition et de se révolter contre lui. Il va y avoir un homme de passage, celui dont a parlé aujourd'hui, Gaal, qui va les exciter à cette révolte. Et nous verrons dans les jours qui viennent qu'Abimélek écrasera la révolte, que Gaal sera tué, que les notables de Sichem périront tous, mais nous verrons aussi qu'ensuite, Abimélek sera tué à son tour, et qu'ainsi, tous ces fauteurs qui ont unifié leurs efforts pour aboutir par ambition au crime, seront eux-mêmes victimes des conséquences de leurs crimes.
Effectivement, je crois que l'histoire nous montre, que certes, les méchants ont l'air dans un premier temps de triompher. Ceux qui font le mal, les ambitieux, les politiques, les gens retors, y compris ceux qui préfèrent le crime, pendant un certain temps semblent prospérer. Mais à la longue, ce n'est pas tellement que Dieu les punit, mais si j'ose dire, ils se punissent eux-mêmes. Ou plus exactement, Dieu laisse leur propre mauvaise âme se déployer, se développer, se consumer. Car quand on fait alliance pour le mal il n'y a pas de fondement solide à cette alliance, car elle ne repose que sur un compromis, que sur des mensonges, des crimes, et celui qui a commis un crime n'hésite pas à en commettre d'autres, et celui qui a trahi une fois, trahira une autre fois. Ainsi, la perversion de ces alliés dans le mal suscite entre eux division, car le mal, la Bible nous l'apprend, est fondamentalement division, division de notre cœur d'avec le cœur de Dieu, division de notre cœur d'avec le cœur de nos frères, division de notre cœur d'avec lui-même, ce qui fait que peu à peu le mal produit des fruits de division, et aboutit à la destruction de ceux qui l'ont choisi.
C'est cela que toute l'histoire du monde nous manifeste. Certes, les empires se construisent et pendant un temps ils ont l'air de régner, mais s'ils sont fondés sur le crime, sur le mal et sur la félonie, ces empires au bout d'un certain temps sont victimes de leurs propres crimes, de leurs propres félonies et de leurs propres trahisons. Et toute l'histoire de l'humanité nous montre ainsi des empires qui s'élèvent et qui s'effondrent.
Cela évidemment ne nous manifeste pas que ceux qui ont choisi le bien seront vainqueurs, pourtant, si ceux qui choisissent le mal sont victimes de leurs propres péchés, alors nous devons choisir le bien, même s'il a l'air d'abord d'être vaincu, parce que cela seul peut nous conduire à long terme à la victoire, plus exactement à la paix et au salut.
AMEN