QUI EST LE VRAI ROI D'ISRAËL ?
Jg 9, 7-21
(9 juillet 2003)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Buisson d'épines
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i l'on en croit cette petite parabole que nous avons lu tout à l'heure dans le livre des Juges, qui est sans doute la plus ancienne parabole de toute la Bible, c'est sans doute la première fois dans l'histoire biblique, dans l'histoire des textes, qu'on s'exprime en parabole, petite parabole très simple, du milieu agricole, la plaine de Sichem. Cette parabole essaie d'expliquer ou de justifier ou de ne pas justifier l'existence du roi.
Cette parabole, elle est donnée par un homme qui vient d'échapper à la mort, normalement, il aurait dû périr avec tous les autres fils de Gédéon, et cet homme qui a échappé à la mort a une sorte de don de divination à propos de celui que les notables de Sichem ont élu comme roi, Abimélek. Ayant échappé à la mort, il prend le risque d'aller dire aux gens de Sichem : faites attention, vous vouliez absolument un roi, mais regardez et écoutez l'apologue que je vous donne dans une petite parabole. Ni la vigne, ni le figuier, ni l'olivier, qui sont les trois plants, les trois arbres fondamentaux pour la nourriture au Proche-Orient, ne veulent régner, parce qu'en réalité, ces trois arbres sont utiles, donnent du fruit, et si l'on doit promouvoir un roi des arbres, cela risque fort de tomber sur le buisson d'épines, qui dans ce pays-là est un fléau, puisqu'il pousse partout, et qu'il permet la propagation des feux de forêt.
Donc, c'est la première fois qu'on juge le problème de la royauté. Il faut bien comprendre ce que cela veut dire. A cette époque-là, Israël n'est pas encore un peuple organisé. La loi n'est sans doute pas reconnue par tout le monde, et donc chacune des tribus, comme le fit un petit refrain qui arrive de temps en temps dans les livres historiques : "En ce temps-là, à l'époque des juges, il n'y avait pas de roi, chacun faisait ce qu'il voulait". En fait, on comptait sur une sorte d'homogénéité, à la fois à cause des racines communes, de l'ancêtre Abraham, et en même temps sur le fait qu'il y avait quelques événements qui avaient lié et soudé les tribus entre elles : la résistance à l'ennemi, le passage de la Mer Rouge, et puis finalement aussi, la Loi de Moïse. C'est le moment où Israël commence à se poser la question de savoir comment il est le peuple de Dieu. Est-ce que cela suffit que chacun observe la Loi, est-ce que cela suffit que chacun aille dans les sanctuaires par-ci, par-là ? Est-ce que cela suffit que nous ayons une histoire et un passé commun ? Et en fait, quand les gens de Sichem choisissent Abimélek, ils traduisent la fine point des préoccupations de l'époque, c'est-à-dire, est-ce que vu ce que nous sommes maintenant, on peut se contenter simplement de l'héritage, ou bien faut-il quelque chose d'autre ?
C'est cela que va représenter la royauté. La royauté du point de vue de l'évolution du peuple d'Israël, du point de vue de son évolution sociale, c'est indubitablement un progrès. C'est plus d'organisation, de structuration, plus d'unité dans le peuple. Mais en même temps, et c'est pour cette raison que cela va poser un long débat historique, qui va durer jusqu'à David et Salomon, on est conscient qu'en mettant un roi à la tête du peuple, se pose la question : mais qui est roi du peuple ? Est-ce que c'est le roi humain qu'on a choisi ou bien est-ce que c'est Dieu ? Donc tout le problème, et c'est cela qui est derrière le livre des Juges, c'est cela qui sera au début du livre de Samuel, c'est de savoir si oui ou non il faut un roi. Je trouve cela assez intéressant pour deux choses. La première, contrairement à ce qu'on pense, la royauté en Israël n'est pas une sorte d'institution révélée qui jaillit tout d'un coup de l'esprit de Dieu qui trouve qu'il faut un roi pour tout organiser. En fait, il y a eu une longue histoire, une longue réflexion, avec des allées et venues, un moment de recul, des progrès, des avancées, des reculées, pour essayer de savoir exactement ce qu'il en est. Est-ce qu'on ne risque pas de mettre en cause la royauté de Dieu sur son peuple en choisissant un roi humain ?
La solution a été finalement très lentement trouvée, c'est celle qui est contenue beaucoup plus tard, la formule qui est souvent utilisée dans la Bible à propos de David et surtout de ses successeurs, c'est "le roi selon le cœur de Dieu". On a compris qu'une institution humaine comme la royauté, même si elle était d'origine très humaine, et qu'elle s'exercera sans doute avec tous les défauts que peuvent avoir les gouvernements humains, en réalité, la royauté avait la possibilité de refléter le pouvoir et le dessein bienveillant de Dieu sur son peuple. Cela n'a pas été facile, et surtout, les rois ont montré à l'évidence, au fur et à mesure que la royauté s'est développée qu'il n'y en avait pas beaucoup qui étaient à la hauteur. C'est pour cela que je crois que David est resté plus tard une sorte de roi, de figure idéale, parce qu'effectivement, on pouvait dire de lui qu'il était véritablement le "roi selon le cœur de Dieu". C'est aussi pour cela que tout au long de l'histoire d'Israël ensuite, on gardera toujours l'époque, le souvenir de cet âge d'or dans lequel il y avait eu un roi, il y avait eu vraiment le désir d'essayer de vivre et d'agir selon le cœur de Dieu.
Cela nous donne non seulement un certain relativisme au point de vue des institutions politiques. Après tout la Bible sert aussi à cela, les formes de gouvernement, c'est aussi chaque fois un tout petit peu tâtonnant un tout petit peu empirique, ce n'est jamais selon le cœur de Dieu, il faut le savoir. Deuxièmement, cela nous donne aussi des indications pour le gouvernement dans l'Église, je veux parler essentiellement de tout ce qui est ministériel, cela veut dire aussi que les ministres ne sont pas toujours à la hauteur, ni selon le cœur de Dieu, hélas. Je crois qu'il faut le vivre comme les israélites l'ont vécu, en sachant que normalement les ministres, tous ceux qui exercent un pouvoir, que ce soit dans la société humaine, que ce soit dans la société religieuse de l'Église, devraient agir selon le cœur de Dieu, mais comme tout homme est pécheur, ils sont aussi pécheurs dans cette fonction et cette mission, et par rapport à cette confiance que Dieu leur a faite.
AMEN