LE DÉSIR DE VENGEANCE
Jg 8, 13-21 ; Mt 12, 22-32
(5 juillet 2003)
Homélie du Frère Yves HABERT
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I |
l faut bien dire quelque chose sur cette première lecture que nous avons entendu. Il faut bien dire quelque chose sur cet homme, Gédéon à la tête d'une petite armée que le Seigneur lui avait donnée, qui combat, qui gagne contre une armée beaucoup plus importante que la sienne et qui dans ce texte d'aujourd'hui, se venge de la mort de ses frères. Il fait les pires choses, jusqu'à tuer les ennemis. Et il demande à ses ennemis : à quoi ressemblaient les hommes que vous avec tué ? Et eux répondent : ils te ressemblaient. Et Gédéon, dit : oui, ce sont mes frères. La Bible porte aussi ces traces de la vengeance qui suit la bataille, elle porte ces traces de vengeance non pour l'excuser, mais comme un fait un peu massif. Je me souviens d'une émission "Apostrophe" où l'on voyait un Libanais qui avait vu toute sa famille tuée et qui disait qu'il avait vraiment le désir de se venger, de venger les siens. On n'arrête pas un homme qui veut se venger, c'est impossible. C'est impossible d'arrêter quelqu'un qui est confronté à une extrême douleur et qui veut rendre la pareille. C'est ce que nous dit la Bible : on n'a pas pu arrêter Gédéon. Mais dans le passage qui suit, Gédéon refuse le titre de roi et Gédéon dit que le roi, c'est le Seigneur et non pas lui.
On n'arrête pas un homme qui veut se venger. Peut-être que Gédéon quand il est parvenu au ciel et qu'il a deviné la croix, l'immense amour du Christ sur la croix, il a vu que Jésus pardonnait à ses ennemis en disant : "Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font". Peut-être qu'alors, Gédéon a pardonné à ses ennemis. C'est la vengeance dans le premier texte.
Dans le deuxième texte, dans l'évangile, est un des passages le plus difficile de la Bible, un des passages qui est le point d'achoppement de tous les prédicateurs, c'est le fameux péché contre l'Esprit Saint, ce péché contre lequel il n'y a pas de rémission. Très étrange. On pourra blasphémer contre le Fils de l'Homme, mais si on blasphème contre l'Esprit, il n'y a pas de rémission. Blasphémer contre l'Esprit, c'est peut-être vouloir attaquer la relation particulière qu'il y a entre le Fils et son Père, c'est vouloir introduire un glaive dans ce qui n'est qu'un immense amour, l'immense amour du Père pour le Fils, et du Fils pour le Père. L'Esprit Saint qui est présenté par saint Bernard comme le baiser du Père et du Fils. Et vouloir attaquer ce baiser très intime, très secret, ce baiser qui est une relation d'amour absolument incroyable, dont nos relations d'amour sont comme des images, attaquer ce baiser très intime et très secret, c'est ruiner la relation que le Fils a avec le Père, et il n'y a pas de rémission. C'est très étrange, puisque même le Christ dit : "Ni sur cette terre, ni dans le ciel".
On est tous devant ce péché contre l'Esprit Saint, un peu dans l'expectative, on se demande vraiment quand même ce que cela signifie, et cela me dit que pour nos péchés aussi, nous n'avons jamais tellement connaissance de la gravité du péché que l'on commet, d'abord, parce que quand on fait un péché, seul l'autre qui est atteint par le péché sait combien il est atteint. Seul l'autre a la clé en quelque sorte du poids de cette phrase que l'on a pu dire et qui l'a blessé. Même à notre niveau, à l'intérieur de nous-même, nous sommes aussi ignorants du péché et de la gravité et du poids de notre péché, parce qu'il a été aussi conditionné par des quantités de choses.
C'est pour cela que l'aveu dans le sacrement de réconciliation est très important, l'aveu qui est l'aveu de nos péchés, mais aussi l'aveu d'un amour, quand humblement nous confessons à Dieu notre péché, parce que nous n'avons pas une connaissance particulière, en quelque sorte, nous déposons le paquet aux pieds du Seigneur, et lui saura bien faire le tri, il saura bien prendre sur Lui ce péché, et que si notre cœur nous condamne, Dieu est plus grand que notre cœur et il connaît tout. Ne nous affligeons pas de ne pas avoir une parfaite connaissance de notre péché, d'être quelquefois tellement mal à l'aise qu'on a mal devant cette réalité du péché qui nous échappe, ne nous affligeons pas, mais n'hésitons pas, même pendant le temps des vacances, à recourir au sacrement de réconciliation. Y compris peut-être le fardeau d'une vengeance pour revenir au texte de Gédéon, ou du mal qu'on pourrait souhaiter à telle ou telle personne. N'hésitons pas, même si cela nous paraît comme impossible à porter, même si cela semble nous entraîner très loin, beaucoup pus loin qu'on ne voudrait, n'hésitons pas à remettre cela pour que le Seigneur vienne aussi poser son baume de douceur sur nos cœur qui en ont tellement besoin.
AMEN