DIEU ÉPOUSE LES MŒURS DE L'HOMME
Jg 5, 12-22
(15 juin 1993)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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a façon dont Dieu s'insinue dans notre vie ne se fait jamais de façon massive, autoritaire. Dieu ne vient pas en une seule fois camper toute sa majesté devant notre humanité et la renverser ainsi au profit de ce qu'Il est face à nous qui ne pourrions tenir devant Lui. Dans l'histoire d'Israël et encore maintenant, Dieu continue toujours à épouser nos propres vies, et à l'intérieur de ce mariage, de révéler ce qu'Il est.
Il l'avait fait dans les tout premiers temps et vous en avez eu un extrait dans le livre des Juges, dans ce chant guerrier, ce chant sauvage à la fois un chant de marche un chant qui décrit les armées qui se campent pour la guerre, un chant qui réveille l'ardeur des guerriers qui sont faibles ou qui perdent courage, un chant qui fait l'éloge de celle qui mène les premières tribus dans le combat. Dieu n'est pas venu s'opposer à ces guerres. Et dans une sensibilité moderne, nous aurions plutôt envie de voir Dieu, dans une espèce de pacifisme d'avant-garde, s'opposer à ce sang qui coule. Dieu a épousé les mœurs de ces époques à un point tel qu'Il s'est fait chef des armées et qu'Il a pris la tête des armées d'Israël.
Cela peut nous paraître une sorte d'artifice littéraire nécessaire, en tout cas au moins pour Israël, de comprendre leur Dieu comme un chef des armées. Mais le texte d'évangile que nous venons d'entendre retrace la même pédagogie divine quand Dieu avait accepté que Moïse offre la possibilité d'un acte de répudiation en vertu du cœur endurci des hommes et des femmes et malgré La loi que l'homme ne pouvait séparer ce que Dieu avait uni. S'il avait accepté que cet acte de répudiation existe ce n'est pas en contradiction de la Loi mais en préparation de l'idéal, de la force et de la hauteur même de la Loi. De même dans ces guerres qui nous sont rapportées, dans ces épopées du Livre des Juges, Dieu épouse fondamentalement les mœurs des hommes qu'Il veut choisir et rassembler en un seul peuple.
Dans ce long poème vous avez entendu que même les étoiles dans les cieux ont participé à ce combat. Chants et poèmes qui ont dû être proclamés en souvenir de ces combats et de ces victoires et qui célèbrent l'harmonie de Dieu avec le monde qui l'entoure avait choisi Israël pour le mener à la victoire.
Ce que nous pouvons en retirer pour nous-mêmes, c'est que Dieu ne contredit jamais ce que nous sommes, mais tente de nous transformer de l'intérieur en épousant et en modifiant nos vies au point de les mener à l'idéal qu'Il a depuis toujours décidé dans son cœur pour chacun de nous. Demandons si nous ne devançons pas l'appel de Dieu, si nous ne voulons pas en nous-même une victoire plus définitive et acceptons, avec la patience de Dieu que Dieu nous apprenne, comme un maître apprend à ses disciples, à le suivre davantage. Dans cette eucharistie, demandons-lui la vertu de disciple qui sait recevoir de Dieu ce qu'il a à apprendre, humblement.
AMEN