JÉRICHO LA BELLE FABLE !

Jos 6, 11-16 +20-21

(7 juillet 2000)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Jéricho : fouilles archéologiques 

F

rères et sœurs, je vais peut-être vous étonner même vous scandaliser, mais il n’y a pas eu de prise de Jéricho. En fait, on sait aujourd’hui grâce à ce métier qui s’appelle l’archéologie qui est extrêmement précise et qui possède des moyens de datation de plus en plus extraordinaire, on sait que la belle et grande ville de Jéricho au moment où les Hébreux ont passé le Jourdain, c’est-à-dire vers les années 1150, n’existait plus depuis 300 ans. Et c’est ce que je trouve amusant, c’est que c’était effectivement une cité en ruines, et donc il faut imaginer que lorsque le peuple d’Israël est arrivé en Terre Promise par l’est, la première chose qu’ils ont vu, imaginez Carcassonne avec ses murailles cassées. Donc, ils ont vu cette chose énorme, inhabitée, vide … qu’est-ce que cela voulait dire ? Evidemment, pour ces nomades qui étaient habitués à la petite guérilla surprise, l’idée qu’il y avait peut-être plusieurs énormes forteresses pareilles dans le pays devait être terrorisant. Le récit de Jéricho est sans doute un des récits très anciens que l’on garde, où l'on a voulu galvaniser le courage d’Israël en disant : "Vous voyez ces ruines, et bien c'est Dieu qui a détruit cette ville". Aussi bizarre que cela paraisse, c'est une théologie de la grâce.

       Pour ceux d'entre vous qui ont déjà vu Jéricho, les ruines de Jéricho, c'est ce qu'on appelle un Tell qui fait environ 1800 mètres de long sur 800 mètres de large et élevé d'une vingtaine de mètres, alors que tout autour, le terrain est plat, érodé par les torrents et les pluies qui tombent avec force dans cette région à certaines saisons. Mais à l'époque des hébreux, cela devait être encore des murailles désertes, c'était le vide complet comme dans les romans de fiction et d'horreur. On racontait que pour Jéricho les pères n'avaient pas eu besoin de tirer l'épée, et que par conséquent, avec l'Arche, avec les prêtres, avec la trompette, avec la liturgie, on avait renversé l'ennemi. Au fond, c'était le premier grand récit sur la toute-puissance de la liturgie. Si vous faites sept fois le tour des remparts, une fois chaque jour mais seulement le septième jour sept fois, vous êtes sûrs qu'à la fin, le rempart s'écroule et tombe. 

       Donc, c'était une catéchèse pour dire aux israélites que quand ils étaient entrés en procession pour prendre possession de la Terre Promise, ce n'est pas à cause de leur force, ni à cause de leur savoir militaire, ni à cause du fait qu'ils auraient pu fabriquer des armes, ni à cause de leurs chevaux (ils n'en avaient pas), ou des chars, mais Dieu a combattu pour eux. Et ces ruines de Jéricho sont comme le symbole de cette toute-puissance de Dieu. Vous allez me dire qu'à certains moments Dieu est un peu "gonflé" d'utiliser un véritable motif de propagande un peu mensongère (nous Lui demanderons des explications quand on arrivera "là-haut"), mais je crois que ce qui est important c'est de comprendre que pour ce peuple, à ses origines, il est très important de réaliser, que ce n'est pas l'homme qui se bâtit la terre lui-même, qui se construit les villes, qui s'organise une civilisation, mais Israël était le Peuple de Dieu. Donc, c'était Dieu qui avait tout fait, c'était Dieu qui avait combattu, c'était la parole de Dieu contenue dans l'Arche qui avait pour ainsi dire détruit Jéricho, c'étaient les trompettes qui avaient fait s'effondrer les murs, c'était la confiance du peuple dans le pouvoir et la toute-puissance de Dieu qui était en cause. Nous pouvons penser que nous touchons là la première grande catéchèse sur la toute-puissance de Dieu. Dieu est vraiment tout-puissant, l'homme peut avoir une très grande confiance en Lui, parce que Dieu combat pour lui, Dieu lui donne une terre, Dieu détruit ses ennemis, Dieu le fait vivre dans la paix avec Lui. 

       C'est encore très sommaire, c'est encore un peu brutal, c'est lié à une idéologie de la guerre, mais c'est comme cela que nous sommes devenus plus humains et surtout plus chrétiens.

 

       AMEN