JÉRICHO

Jos 6, 1-10

(5 juillet 2000)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

Plaine de Jéricho 

J

éricho est une place forte, une forteresse fortement gardée, personne n’y entre, personne n’en sort, parce qu’elle n’appartient pas à Dieu, elle est close sur elle-même, elle n’a pas d’avenir, une sorte d’enclave dans le monde, le lieu en quelque sorte du mal absolu, sombre, sans que Dieu puisse y rentrer ou proposer quoique ce soit. La prise de Jéricho que nous avons entendue tout à l’heure, ce défilement de tambours et de trompettes, de cris de guerre, c’est l’annonce que Dieu assiège cette forteresse apparemment imprenable du mal dans le monde. Ce cri de guerre que Dieu lance c’est une histoire ancienne, c’est une histoire violente, mais c’est une histoire de foi. Ce n’est pas tant la force des israélites qui va être le génie militaire de cette victoire, que l’encerclement que Dieu propose à Josué, c’est Dieu qui se met tout autour, se rend présent de façon active et vivante, comme on cerne une maladie, ou un mal qui attaque pour éviter la contagion. A travers le récit épique et coloré, comme le rapporte de livre de Josué, il y a à travers cette épopée l’idée qu'il peut y avoir des lieux qui ne se donnent pas à Dieu. Et Dieu nous “envoie en guerre”, contre ces lieux fermés.

       A travers l’histoire du monde, ces lieux sans Dieu étaient nombreux et continuent à être nombreux, mais seront toujours cernés par la foi. Je trouve que Jéricho, malheureusement a une destinée très variée, le mal reste parfois inventif même s’il est toujours la même chose, et les chambres d’holocauste, ou les camps de Sibérie, étaient d’autres Jéricho. Ils ont été cernés et entourés par la prière des saints, par la foi, par le récit de ceux qui ont raconté et qui ont redressé une limite en disant à ces lieux : "Vous existez encore, vous résistez encore, mais vous n’irez pas plus loin". On peut évoquer ici ceux qui après les camps de concentration, ou encore à l’heure actuelle en Chine, il y a ce qu’il faut comme Jéricho, continuent de dénoncer, d’encercler aussi faiblement soit-il, mais c’est une victoire réelle par la foi, par la confiance, par le cri qui peut-être ne s’entend pas avec les oreilles humaines, mais s’entend avec les oreilles de la foi des hommes qui continuent à encercler de leurs prières ces Jéricho modernes.

       Frères et sœurs, nous sommes donc conviés par la procession de notre Eucharistie, la procession de notre Église, à continuer à monter à l’assaut de ces forteresses que les hommes dans leur complicité continuent de construire contre Dieu. Demandons au Seigneur qu’Il nous donne la foi de pousser avec Lui le cri de victoire qu’Il a eu lui-même sur la mort le matin de la Résurrection.

 

       AMEN