ASCÈSE DE LA SAGESSE
Sg 5, 1-5 ; Mc 12, 1-12
(20 juin 2012)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Est-il puni ? Pauvre Job …
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rères et sœurs, voici donc deux textes assez difficiles qui ont pour objet le jugement. Le texte de l'évangile est certainement plus connu que le texte de la Sagesse. C'est cette fameuse parabole dans laquelle Jésus raconte comment les différents envoyés auprès d'Israël étaient chacun à leur tour rejetés, jusqu'au fils lui-même envoyé par son père, saisi par les vignerons et exécuté.
Le texte de la Sagesse lui, nous invite à réfléchir différemment sur la notion de jugement dans la Bible. Le problème de ces hommes qui passent en jugement, c'est qu'auparavant sur cette terre ils ont pensé qu'il y avait une étroite adéquation entre ce que les hommes vivent et ce que cela signifie auprès de Dieu. C'est la théologie bien connue selon laquelle nous sommes rétribués déjà ici-bas pour nos différents actes. Cela sera au cœur de tout le livre de Job, quand ses différents amis vont venir le voir et vont essayer chacun l'un après l'autre,de lui démontrer que s'il vit ce qu'il vit, s'il vit dans la souffrance, c'est qu'il le mérite bien.
Or, le livre de la Sagesse a pour but de reprendre cette problématique. Il fait état de ce que ceux qui sont punis sur terre, ceux qui souffrent, en fait ne sont pas punis et que par conséquent, la souffrance, la maladie, la mort ne sont pas signe d'un jugement que Dieu viendrait déjà prononcer sur terre. C'est ce que découvrent les impies après leur mort, ils se retrouvent face à leur juge retrouvant l'autre, l'innocent celui qui est mort et dont ils croyaient qu'il était puni de mort à cause de ses péchés. Ce dont il est question ici, est une question très moderne : s'il n'y a pas de vie après la mort cela veut dire que tout le sens de la vie prend sens ici-bas et pas ailleurs. C'est ce qui est l'enjeu même de la réflexion de l'homme aujourd'hui en termes de réflexion du côté de la technique, de la science, très souvent autour de vous il y a des gens qui diront que le monde d'après la mort n'a pas de sens, parce que d'un point de vue technique et scientifique on ne peut pas prouver son existence.
Ce qui se passe très souvent, c'est que les gens aujourd'hui utilisent le langage scientifique d'une manière purement technique. Ils ne cherchent pas à savoir "pourquoi" mais ils cherchent à comprendre le "comment". C'est ainsi qu'au fur et à mesure nous avons mis en place une société qui fonctionne à ras de terre et qui s'intéresse surtout sur le "comment" sans jamais plus se poser la question du "pourquoi" c'est-à-dire les conséquences de nos actes et en même temps un dialogue avec un monde beaucoup plus large et grand que celui que nous voyons et qui pour nous chrétiens, s'appelle la vie en Dieu. Ce que nous avons à faire découvrir à nos contemporains, c'est qu'on ne peut pas se contenter du "comment", mais qu'il est fondamental de s'ouvrir à la question du "pourquoi". C'est ce qui se passe dans le cœur de ces impies, ils découvrent après leur mort que le monde n'était pas restreint à leur propre mesure mais beaucoup plus large.
Frères et sœurs, à travers ce jugement, ce qui nous est demandé de vivre à chaque instant, c'est l'ascèse de la sagesse. C'est accepter d'être décentré de notre propre pôle, de notre propre ego, pour découvrir que la vie que nous vivons est beaucoup plus large que ce que nous imaginons. D'ailleurs l'auteur de la sagesse ne se trompe pas quand dans les pages qui vont suivre, il reprend l'histoire d'Israël à travers l'œuvre de la sagesse. C'est cela que nous avons à faire pour nous et aussi auprès de ceux que nous rencontrons : leur faire découvrir que notre propre histoire est inscrite dans une histoire beaucoup plus large, une histoire divine dont nous ne saisirons et comprendrons les derniers aboutissements non pas ici mais auprès de Dieu.
En fait, à chaque fois que nous venons à l'eucharistie, nous nous exerçons à vivre ce moment ultime du jugement divin. Quand nous venons à l'eucharistie, même si nous venons avec des doutes, même si nous nous posons les questions de l'existence de Dieu ou de son activité dans le monde, nous nous exerçons en quelque sorte à découvrir que notre vie petite, faible, pécheresse, est déjà prise dans une vie plus large par la mort et la résurrection du Christ. C'est actuellement un simple exercice, c'est une ascèse, mais il est essentiel jour après jour que nous acceptions grâce à la liturgie de la Parole et au don du Christ de son corps et son sang, de nous préparer à ce jugement final au cours duquel nous verrons notre propre vie et la vie de ceux qui nous entourent à travers le regard de Dieu.
AMEN