FAUT-IL DEMANDER LA SAGESSE ?
Sg 7, 7-11
(15 octobre 2006)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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'est un riche dimanche avec d'aussi beaux textes. C'est un riche dimanche et j'étais en train de réfléchir quand même depuis un petit moment, et je me demandais sur quoi il fallait prêcher. Pour l'évangile, il y a beaucoup de choses : sur la bonté de Dieu, sur ce jeune homme riche, qu'on dit jeune homme, mais c'est peut-être parce qu'il dit qu'il a observé tout cela depuis sa jeunesse, un bon juif en somme, qui a obéi et a fait tout ce qu'il fallait pour suivre les commandements. C'est toujours édifiant, mais avec cette seule phrase dans laquelle Jésus dit : "Il te manque une seule chose : va, vends tous tes biens, tu auras un trésor dans le ciel, puis, viens et suis-moi !" On pourrait faire une longue méditation là-dessus. Et puis après, Jésus parle des riches, alors on pourrait aussi parler de la richesse parce que les riches peuvent à peine entrer au Royaume de Dieu, difficilement dit-on. Ce qui a l'air de rendre les apôtres assez interdits, à croire qu'ils avaient caché quelque magot sous leur oreiller pour être aussi perturbés par cette annonce que les riches n'entreraient que difficilement dans le Royaume de Dieu. Heureusement, Pierre a du ressort, ce n'est pas étonnant qu'il soit devenu le premier pape : "Voilà, nous, nous avons tout quitté pour te suivre alors qu'est-ce que nous aurons ? – Vous aurez tout en plus des persécutions et quand même à la fin, vous aurez la vie éternelle".
Bref, il y avait beaucoup de choses à dire sur l'évangile, alors je me suis dit, ce n'est pas grave, je vais prêcher sur la deuxième lecture, sur la Parole de Dieu. "Elle est vivante la Parole de Dieu, plus incisive qu'un glaive". Elle pénètre tout, et puis à la fin, elle domine tout sous son regard et nous aurons à lui rendre des comptes. Mes jambes flageolaient à ce moment-là, parce que je me sentais aussi petit et fragile que cet homme qui arrive devant Jésus et qui lui dit : "Seigneur, j'ai tout fait, qu'est-ce qu'il me manque ?" parce que je savais bien que je n'avais pas tout fait et que si je devais rendre des comptes à la Parole de Dieu, j'étais mal à l'aise ! Alors, j'ai dit : Bernard, soyons sage … Ah ! voilà justement il y a un passage du livre de la Sagesse.
Ouf, je vais donc prêcher sur la Sagesse. Ce sera sage. "J'ai prié, l'intelligence m'a été donnée. J'ai supplié et l'esprit de la sagesse est venu en moi". Cela m'expliquait la première lecture : "Je l'ai préférée au trône et au sceptre à côté d'elle, j'ai tenu pour rien la richesse". Autrement dit, la Sagesse est la vraie richesse. La Sagesse est le vrai trésor, en face d'elle l'argent sera regardé comme de la boue. "Je l'ai aimée plus que la santé et la beauté". Oui ! En faisant un effort, oui. J'ai aimé la Sagesse plus que la santé et la beauté. "Je l'ai choisie de préférence à la lumière parce que sa clarté ne s'éteint pas". Je me rappelais quelques péchés et je me disais : tiens, mais quand même, je suis parfois dans les ténèbres. L'ai-je vraiment préférée à la lumière ? Bien ! "Tous les biens me sont venus avec elle et par ses mains, une richesse incalculable". Je me suis dit : Bernard, il ne reste plus qu'une chose à faire, désirer la Sagesse. Il faut être sage. Cela me rappelait ce que me disait ma mère quand j'étais petit : il faut être très sage ! Oui mais alors qu'est-ce que c'est être sage quand on est petit ? C'était ne pas faire de bêtises, se taire, ne pas parler aux grandes personnes, leur dire bonjour, et puis, on avait même encore à l'époque quelques images quand on était sage. J'étais d'ailleurs tellement sage qu'à l'école, on me mettait à côté des élèves qui étaient perturbants, ce qui m'effrayait absolument, parce que naturellement, ils faisaient des bêtises, ils parlaient, et je me disais, pourvu qu'on ne m'attaque pas moi et qu'on ne dise pas que c'était moi qui faisait des bêtises ! Autrement dit, ce genre de sagesse m'avait rendu complètement phobique. Heureusement depuis, le psy m'a soigné !
Alors, que restait-il de cette Sagesse ? Si l'on veut connaître la Sagesse, ce n'est pas compliqué : il y a pas mal de livres dans la Bible dont un qui s'appelle le livre de la Sagesse, mais il y a les Proverbes, il y a l'Ecclésiastique, il y a le livre de Job, l'Ecclésiaste ou Qohélet, sans l'oublier, tout cela parlant de la Sagesse. Ce sont les livres Sapientiaux. Donc la Sagesse tenait un grand rôle, je dis bien "tenait" un grand rôle dans le peuple d'Israël. Cette Sagesse, je me suis dit : aucun problème, il suffit de relire la Bible. Cela tombait bien, parce que tous les matins aux Laudes en ce moment, nous lisons l'Ecclésiastique, et je me rappelais tout ce que l'on a entendu. Ce matin, c'était surtout assez effrayant, en admettant que ce soit de la sagesse, il fallait absolument se méfier des femmes, parce les femmes sont plus perverses que le poison. Bref. C'était un chemin de sagesse encore assez intéressant, mais je me suis demandé si on pouvait le dire comme ça en prédication. Bien ! Alors soyons sages, surtout ne parlons pas de tout ce qu'il y a dans les livres de la sagesse surtout concernant les femmes. C'était peut-être le début de la sagesse ?
Cette interrogation me mène finalement à me demander : mais en définitive, qu'est-ce que la Sagesse ? pourquoi faut-il la Sagesse ? Pourquoi la richesse à côté d'elle ne tient pas la comparaison ? Je me souvenais que la Sagesse, j'avais lu cela dans la Bible, "prend son plaisir parmi les hommes". Alors, elle va, elle voit, elle parcourt la terre nous dit l'Écriture. Mais c'est fantastique, finalement la Sagesse aussi a à voir quelque chose avec l'humanité, l'universalité, ce que les hommes recherchent et désirent. Oui, mais alors, patatras, j'ai été un petit peu regarder et ce qui m'a consolé, c'est éventuellement la méthode de la Sagesse que j'ai trouvé dans un proverbe arabe : il y a cinq degrés pour arriver à être sage : se taire (ça commençait mal si je voulais vous faire une prédication), écouter, se rappeler, agir, étudier. Pas mal comme programme. "Maître tout cela, j'essaie de le faire, que me manque-t-il ?" Alors heureusement, j'ai constaté que la Sagesse est multiforme, elle peut se retrouver dans plusieurs cultures, pas seulement chez les arabes. Donc, je vais voir un peu en Asie, et je tombe du Confucius, grand maître, un sage par excellence, et qui me dit : "La conduite du sage est sans saveur comme l'eau". Bien, en somme, il faut retourner à la source puisqu'il parle d'eau, donc, retourner à la Bible. Donc, retournons à l'Écriture. La Sagesse est si précieuse et je me laissais porter par la méditation de très beaux versets sur la Sagesse, quand je tombe sur l'Ecclésiaste, mon livre de chevet, chic, mon préféré, qui me dit : "Connaître la Sagesse est poursuite de vent". Donc, autant s'arrêter là.
Etait-ce cela le commencement de la Sagesse: ne plus la rechercher ? Finalement, je me suis dit : mais Bernard, tu en es encore à l'Ancien Testament, et puis dans les autres cultures, les autres religions, tu ne trouves rien, va donc directement dans l'évangile. Bien sûr, un homme du Nouveau Testament regarde et contemple le Nouveau Testament. CQFD ! Et c'est là où les athéniens s'atteignirent. "Merci Seigneur d'avoir caché cela aux sages et aux savants et de l'avoir révélé aux petits". Mais alors à quoi cela sert-il d'être sage ? Et saint Paul rajoute : "Ce qui est fou dans le monde pour confondre les sages, c'est ce que Dieu a choisi". Alors, dois-je demander la Sagesse ? Dois-je la rechercher ? j'ai compris peut-être une chose, c'est que finalement, on est perdu avec la Sagesse, on ne sait pas quand on est sage, mais c'est peut-être mieux. On ne sait pas ce qu'est la Sagesse, c'est peut-être encore mieux ? Et lorsqu'on ne se croit pas sage, c'est peut-être cela le début de la Sagesse ?
Eh oui ! finalement, ce que Jésus fustige, comme saint Paul peut-être, c'est que beaucoup ont confondu Sagesse et humanisme. Or, il nous est dit dans la Bible que la Sagesse est auprès de Dieu. Elle a été créée avant tout autre chose, et "elle prend plaisir parmi les enfants des hommes". Elle est personnifiée, c'est assez paradoxal, comme étant une femme. En Dieu dans son intimité, la Sagesse est une femme, et elle prend plaisir à être avec les hommes et elle fait plein de choses pour eux. Alors j'ai compris une chose, c'est que la Sagesse on ne peut pas l'acquérir par ses simples forces ou simplement en se disant : je vais être sage. Là, quelques personnages me conduisaient. Salomon qui disait : "Seigneur, donne-moi la Sagesse assise auprès de toi. Qu'elle gouverne à ma place". J'imaginais Bush ou Chirac faisant cette prière … Cela changerait certainement la face du monde. C'est le début de la Sagesse, même le roi Salomon, demande la Sagesse et du coup, la reine de Saba vient voir Salomon le sage, tout simplement parce qu'il a demandé cette Sagesse.
C'est vrai il faut prier et demander la Sagesse. Je ne sais pas si beaucoup de chrétiens prient tous les jours en demandant la Sagesse. Voilà une bonne chose à demander. On demande tellement de choses et rarement peut-être la Sagesse, surtout quand on ne la connaît pas. On demande la Sagesse et puis on se rend compte d'une chose, c'est qu'elle est là, présente? Pourquoi ? parce que la Sagesse, et c'est ce que nous apprend l'évangile, c'est pour le petit, c'est pour le simple. Mais finalement, ce que dit Jésus, la Bible aussi l'avait déjà dit, et il nous réintroduit sur un chemin qui est d'une beauté extraordinaire. Car dans le livre des Proverbes, il est dit de la Sagesse : "Elle a envoyé ses servantes (donc elle est riche) et proclame sur les hauteurs : qu'il s'approche l'homme au cœur simple. Et aux insensés elle dit : venez et mangez de mon pain, et buvez du vin que j'ai préparé pour vous". C'est simple, pour être sage il suffit d'avoir un cœur simple, de demander la sagesse parce qu'on croit qu'on ne l'a pas, et pourtant, on est déjà sages surtout si l'on se croit fous. C'est bien aux insensés qu'il est dit : "Venez manger de mon pain et buvez du vin que j'ai préparé pour vous".
Il est vrai que j'aurais pu toujours dire : "Maître, mais tout cela je l'ai fait". Je n'ai jamais désobéi, je n'ai jamais été adultère, j'ai toujours obéi à la Loi, je n'ai jamais volé personne, je n'ai jamais menti, j'ai toujours honoré mon père et ma mère. En fait, ce n'est pas vrai. Tout cela je l'ai certainement fait un peu. Alors, je suis un insensé, mais c'est à l'insensé que je suis que la Sagesse s'adresse et elle me dit : "Mangez de mon pain et buvez de mon vin".
Tiens ! ça me rappelle l'eucharistie …
AMEN