LE VÉRITABLE ABANDON À LA PROVIDENCE
Sg 10, 15-21
(9 juillet 2007)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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rères et sœurs, la fin de cet évangile semble très rousseauiste, il y a les lys, les petits oiseaux, la prairie, les fleurs, et tout cela vit dans une parfaite tranquillité, dans une paix extraordinaire, à tel point qu'on oublierait que la nature peut être très dangereuse pour l'homme. Aussi j'aurais voulu méditer avec vous sur ce passage que nous venons d'entendre dans la première lecture. Ce que nous reprenons ce que la Bible de Jérusalem intitule au début de ce passage : s'abandonner à la Providence, on trouve ça très beau, on aimerait s'abandonner à la Providence, on aimerait être le petit oiseau dans le ciel, le lys dans les prés. Et Jésus dit à la fin : "Ne vous inquiétez donc pas en disant : qu'allons-nous manger qu'allons-nous boire, de qui allons-nous nous vêtir ?" Peut-être avez-vous remarqué que dans la première lecture nous avons continué à lire ce chapitre dixième du livre de la Sagesse, dans lequel on récapitule toute l'histoire sainte à travers la présence de la Sagesse auprès de tous les héros de la Bible.
Aujourd'hui, nous avons lu le passage de l'Exode. Qu'est-ce que c'est que d'être au fond du désert, suant, fatigué, si ce n'est que de s'interroger à chaque instant, de quoi sera fait le lendemain, si on trouvera un puits pour boire, et si on pourra manger quelque chose ? Il ne faut peut-être pas tout de suite balayer en disant que les gens qui s'inquiètent ont tort, qu'il faut faire confiance à la Providence. Entre nous soit dit, on le sait très bien, quand tout va bien, c'est facile de s'abandonner à la Providence. Mais quand on est en plein Exode, c'est une autre paire de manches. Et pourtant, Israël dans le désert vient de vivre le salut : ils viennent de traverser les eaux de la Mer Rouge. Ils devraient être heureux, ils ont dû découvrir que le Seigneur les accompagnait et en même temps, on le sait, c'est très souvent après les grands événements qu'on plonge. C'est après un baptême qu'on plonge, c'est après le mariage que c'est plus difficile, c'est après une ordination que tout commence. Et d'ailleurs je crois que c'est pour cela que la traversée du désert est un événement spirituel qui est toujours très important, on découvre que les choses ne sont plus derrière, mais devant !
Frères et sœurs, dans ce passage, on découvre une ambivalence. Quelle est-elle ? c'est que nous aimerions être comme les petits oiseaux, mais nous ne sommes pas comme les petits oiseaux, et surtout, nous n'avons pas à être comme les petits oiseaux. S'abandonner à la Providence pour les petits oiseaux, d'accord, mais nous avons tous besoin d'un projet. On ne peut pas vivre au jour le jour sans essayer de se projeter dans l'avenir. On le sait très bien pour des couples qui viennent de se marier, l'amour, je sais bien que ça rime avec toujours, mais pour que cela soit toujours, encore faut-il se construire des projets pour avancer, et cela quel que soit l'état de notre vie.
Aussi je crois que dans cet évangile, le Seigneur ne nous demande pas de nous abandonner d'une manière un peu béate et stupide, en disant : surtout, je ne me préoccupe pas de ce que je vais avoir dans mon assiette le lendemain, ce serait encore plus criminel quand on a charge de famille. Je crois que le fond de cet évangile nous dit que la création est ordonnée au Créateur. La création, les petits oiseaux, les lys, que sont-ils ? Ils obéissent à leurs propres lois qui sont les lois du petit oiseau et les lois du lys. Nous, nous obéissons à un autre type de loi, qui n'est pas celui des oiseaux ni des fleurs. C'est la loi de l'homme fait à l'image de Dieu. et quand Jésus nous dit "de nous abandonner à la Providence", ce qu'il ne dit pas d'ailleurs exactement dans ce passage, mais de ne pas nous préoccuper de quoi sera fait le lendemain, il nous dit de nous réordonner à l'essentiel, c'est-à-dire, la restauration de l'image de Dieu qui est en nous. C'est cela qui est fondamental. Le problème, c'est que nous passons notre temps à penser à autre chose, des choses qui viennent perturber cette restauration de l'image de Dieu que le Seigneur a donnée à chacun de ces hébreux quand il les a fait passer à travers l'eau, exactement comme pour le baptême pour nous.
Je crois que c'est là que la Sagesse intervient. Je reviens au début de la péricope que nous avons lu, il faut quand même noter que depuis quelques jours nous lisons des péricopes les unes après les autres, qui n'ont pas toujours de suite logique. Cela dit, vous avez remarqué qu'au début de l'évangile, nous avons lu la parole du Christ quand il dit : "Ne vous amassez point de trésors sur terre, mais amassez-vous des trésors dans le ciel, là, point de mites, ni de vers, car là où est ton trésor, là aussi sera aussi ton cœur". C'est cela la vocation de l'homme, ce n'est pas d'amasser sur terre, non pas qu'il ne faille pas être propriétaire de sa maison, et de ne pas avoir de voiture pour aller au travail, mais ce qui est essentiel, c'est "là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur".
Cela m'amène à vous lire un petit passage du livre de la Sagesse que j'aime beaucoup. Nous y avons lu il y a quelques jours ce qu'est la Sagesse qui accompagne le roi Salomon, et maintenant, nous y lisons la Sagesse en tant qu'elle accompagne tous les grands personnages de la Bible. Il y a quelques jours nous avons lu ceci au chapitre septième intitulé : estime de Salomon pour la Sagesse : "Ce que j'ai appris sans faute, je le communiquerai sans envie, je ne cacherai pas sa richesse". Je crois que cette phrase illustre parfaitement la parole du Christ : "Ne vous amassez pas de trésors sur la terre où la mite et le ver consument". Autrement dit, la Sagesse, même comme on est comme les hébreux dans le désert, qu'on ne voit pas où on va et qu'on n'arrive pas à discerner un projet, c'est au minimum faire ce que le Christ dit : ne pas amasser sur la terre, et ce que dit la Sagesse : être capable de donner sans compter ce qu'on a reçu gratuitement : "Ce que j'ai appris sans faute, je le communiquerai sans envie".
Frères et sœurs, je crois que c'est cela être à l'image de Dieu. Nous ne sommes ni des oiseaux, ni des lys dans les prés, et pourtant, nous sommes peut-être encore plus grands, comme le dit le Christ, nous sommes plus grands que les oiseaux et que le lys, dans le sens où nous avons à devenir fils et filles de Dieu, c'est-à-dire savoir communiquer sans envie ce que j'ai appris et ne jamais cacher toute richesse que le Seigneur m'a donnée.
AMEN