UN VERGER AUX PLUS RARES ESSENCES

Ct 4, 12-5,1

(26 septembre 1984)

Homélie du Frère Michel-Pierre MORIN

 

Thaims : Encensoir 

L

e passage du Cantique des Cantiques que nous venons d'entendre n'était pas à écouter. Si vous n'avez simplement ouvert que vos oreilles, vous ne l'avez sûrement pas compris. C'est un passage qu'il fallait sentir. Il fallait ouvrir nos narines pour que tous les parfums évoqués dans ces quelques versets puissent, comme un air frais et parfumé, remplir notre cœur et déjà nous faire tressaillir d'allégresse.

       Alors, je vous rappelle, j'évoque encore ces multiples parfums qui nous ont été mentionnés. Il s'agit d'un verger aux plus rares essences où l'on trouve le nard et le safran, le roseau odorant et la cinnamone avec tous les arbres à encens. La myrrhe et l'aloès avec les plus fins arômes. Ce jardin où le souffle distille des aromates, ce jardin où l'on récolte la myrrhe et le baume, le miel et son rayon.

       Le parfum est une réalité très présente dans la Bible et si on voulait parcourir l'ensemble des livres on y récolterait beaucoup de ces éléments parfumés. J'évoque simplement les fumées d'encens pour les sacrifices que l'on retrouve à chaque grande fête.

       Pour l'Église, le parfum est aussi une réalité très importante. C'est vrai dans notre vie humaine : nous utilisons les parfums et nous avons bien raison, ce n'est pas un luxe, sauf lorsque c'est uniquement utilisé de façon égoïste pour soi-même. Le parfum est le signe du don, est le signe de ce qui se répand, est le signe de notre désir non seulement d'être beau mais surtout de réjouir l'autre par cette propre beauté Et utiliser ces parfums à bon escient, bien entendu, c'est une chose qui est heureuse pour chacun et surtout pour les autres qui s'en approchent. Je crois que la beauté est certainement liée au parfum, et le parfum à la joie et au bonheur des autres.

       Je disais que l'Église est liée au parfum, car nous-mêmes nous sommes entrés dans l'Église dans une grande odeur, l'odeur très belle, très profonde du baume, du saint chrême. Au jour de notre baptême, nous avons reçu, sur notre tête l'onction du saint chrême, et c'est comme une huile qui a coulé sur notre tête, qui a recouvert notre corps pour que nous puissions être imprégnés de ce parfum de la vie de Dieu, pour que nous puissions nous-mêmes être remplis de la bonne odeur de Dieu, cette odeur de l'amour, cette odeur de sa présence, cette odeur de sa lumière, cette odeur de sa beauté. Nous sommes rentrés dans l'Église dans un flot de parfums. Le saint chrême est composé à base d'huile d'olive qui déjà, en elle-même, sent très bon, avec un mélange de multiples autres baumes qui viennent d'Orient. C'est pour cela qu'au jour de Pâques c'est une huile qui sent très bon. Lorsque nous la recevons, nous sommes marqués par notre appartenance au Christ et nous devons, pour nous-mêmes et pour les autres, répandre cette bonne odeur du Christ, cette bonne odeur du salut qui vient réjouir, qui vient conserver, qui vient chasser toutes les mauvaises odeurs du péché et de la mort.

       D'ailleurs, au jour de notre sépulture, nos frères emporteront notre corps dans la fumée de l'encens. Lorsque le prêtre fait monter ce parfum d'encens autour du cercueil, c'est pour manifester que, désormais, celui qui a habité ce corps de chair est entré dans ce jardin parfumé, et qu'il va se réjouir de tout ce que Dieu va lui donner et qui est évoqué ici sous le nom de tous ces aromates, de tous ces encens, ces aloès, ces cinnamomes. Nous sommes entrés dans l'Église par le parfum de l'onction du saint chrême, nous entrerons dans le Royaume avec la fumée d'encens qui sera aussi l'offrande de notre vie qui monte vers Dieu, signe également que notre chair ressuscitera pour, elle aussi, entrer dans le Royaume de Dieu, comme le Christ est ressuscité dans sa chair lorsque celle-ci fut embaumée avec les aromates l'aloès et de myrrhe.

       Pendant quelques jours passés à Paris, je lisais sur une grande affiche publicitaire de la Régie Française des Parfums, cette phrase : "Sans le parfum, la beauté est muette !" Et bien, si l'Église est l'Épouse du Christ, il faut que cette épouse soit vraiment parfumée, pour qu'elle puisse rayonner autour d'elle cette joie qui a fait tressaillir le Christ, cette joie qui nous est donnée, à nous, aujourd'hui, car nous sommes ces petits et ces pauvres à qui le Christ a révélé les parfums qui montent du cœur de Dieu.

       AMEN