DANS LA NUIT, J'AI CHERCHÉ
Ct 3, 1-5
(20 septembre 1984)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Dans les profondeurs de la nuit …
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raditionnellement plusieurs lectures du Cantique des Cantiques ont été proposées par l'Église. L'amour du fiancé et de la fiancée, c'est évidemment un enseignement sur l'amour conjugal. C'est aussi un enseignement sur cette union intime de l'âme de chacun d'entre nous avec le cœur de Dieu et c'est aussi l'amour de Dieu pour son Église, pour ce peuple d'enfants de Dieu que nous constituons. Hier Frère Michel insistait surtout sur cet aspect de splendeur, de beauté, d'émerveillement qui nous est donné dans ce Cantique des Cantiques, entre la fiancée et le fiancé, nous disant qu'il s'agit essentiellement de l'Église dans son état à venir, dans la béatitude où elle sera pleinement épanouie, devenue toute belle, contrairement à ce qu'est bien souvent, malheureusement l'Église, notre communauté chrétienne aujourd'hui, où le péché encore nous défigure et nous abîme ainsi que nous le disait saint Jean Chrysostome. Certes le Cantique des Cantiques nous parle de cet amour parfait du Christ pour l'Église et de l'Église pour le Christ. Cependant je crois qu'il y a aussi certains passages, comme celui que nous lisons aujourd'hui, dans lequel nous pouvons lire l'état de l'Église ici-bas, dans le temps présent.
La fiancée nous dit : "Dans la nuit, j'ai cherché Celui que mon cœur aime. Je l'ai cherché, mais ne l'ai point trouvé. Je me lèverai donc et parcourrai la ville A peine avais-je dépassé les gardes, j'ai trouvé Celui que mon cœur aime."
Dans cette recherche du Christ, Il y a certainement le thème central de la vie de l'Église pendant toute l'histoire du monde. L'Église est essentiellement celle qui cherche son Bien-Aimé, celle qui cherche son Seigneur et qui, pour l'instant, le cherche à tâtons et dans l'obscurité de ce monde, dans l'obscurité de tant d'évènements incompréhensibles, de tant d'épreuves, de tant de souffrances, dans l'obscurité du péché aussi. C'est au milieu de cette nuit que l'Église, c'est-à-dire nous, cherchons notre Seigneur, cherchons notre Bien-Aimé. Et il est important que la nuit n'obscurcisse pas les yeux de notre cœur comme elle obscurcit les yeux de notre corps. Toutes ces épreuves, toutes ces souffrances ne doivent pas nous détourner de cette recherche de Dieu qui est toujours là au fond de nous-même comme le désir fondamental de notre vie, de notre être.
Dans le Cantique des Cantiques, il y a une dynamique de l'amour qui s'exprime par cette recherche et qui s'exprimait hier par l'attente car la Bien-Aimée nous disait-on attend son Bien Aimé qui "vient sautant par dessus les collines" . Et il y a comme un élan de l'Église vers son Seigneur, et un élan du Seigneur qui vient vers nous pour nous sauver. D'ailleurs, le fiancé disait à sa fiancée : "Lève-toi ! ma Bien-Aimée, ma colombe ! viens !" Tous ces termes, se lever, bondir sur les collines, venir, attendre, chercher, tous ces termes expriment ce profond dynamisme qui traverse toute la vie de l'Église et qui doit traverser la vie de chacun d'entre nous. Le Seigneur ne cesse de venir vers nous. L'Apocalypse appelle le Seigneur : "Celui qui est, qui était et qui vient !" Il ne cesse de venir. Il est tout le temps à notre recherche et Il vient à notre rencontre, mais nous ne pourrons le rencontrer que si nous aussi nous le cherchons, nous l'attendons, si nous sommes tendus vers Lui, si nous marchons à sa rencontre, si nous sommes sans cesse en quête de Celui qui, seul peut donner signification à notre vie. Il faut qu'à travers les moments plus difficiles, comme à travers les moments les plus lumineux, nous soyons d'abord des hommes et des femmes de désir, des êtres de recherche qui, passionnément, attendent, scrutent, guettent la venue du Seigneur, sa venue à la fin des temps mais aussi cette venue quotidienne qui se reproduit sans cesse, cette venue toujours renouvelée de Dieu vers nous. Soyons attentifs à ces innombrables manières qu'Il a de nous rencontrer, de nous chercher et de venir habiter dans notre cœur et dans notre demeure.
Saint Grégoire de Nysse dit d'ailleurs que cette dynamique de la vie chrétienne remplit toute notre histoire, toute l'histoire de l'Église. Elle ne s'arrêtera pas même avec la fin des temps, et dans le Paradis, ce sera une recherche perpétuelle de ce mystère toujours plus grand, toujours plus immense du Seigneur dans lequel nous avancerons "de commencement en commencement, par des commencements qui n'auront jamais de fin", comme le dit Saint Grégoire de Nysse commentant ce passage du Cantique des Cantiques.
Laissons l'élan de 1'amour du Christ qui l'emporte vers nous, nous emporter vers Lui nous aussi.
AMEN