SEMER DANS LA CONFIANCE ET L'ESPÉRANCE
Qo 11, 3-6 ; Mt 12, 33-37
(20 juillet 2009)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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on cher Jean-Noël, je crois que tu pourrais mieux que moi expliquer aux paroissiens de saint Jean de Malte le texte de l'Ecclésiaste que nous avons entendu tout à l'heure. En effet, il me semble qu'il résonne comme des proverbes de sagesse africaine. C'est la vieille sagesse immémoriale des hommes qui se traduit dans ce petit texte : "Si les nuages sont pleins de pluie, ils la déversent sur la terre". Ici, nous avons tout résolu en problèmes de météorologie, avec des satellites qui mesurent les courants, la formation des nuages, tandis que je pense qu'en Afrique, on a encore gardé cette sagesse de savoir qu'à la saison des pluies comme c'est maintenant dans ton pays, quand on voit que les nuages sont pleins et qu'ils arrivent au-dessus du pays, c'est la promesse de la fécondité.
Ce qui m'intéresse dans ce petit texte, est une autre chose qui est un profond sujet de réflexion entre l'Afrique et l'Europe : "Qui observe le vent ne sème pas". Je crois qu'un des défauts des européens, c'est de trop observer le vent et de ne pas semer la vraie sagesse dans le cœur des hommes. Je pense qu'en Afrique, on sait de temps en temps regarder le vent, mais on sait surtout semer parce qu'il s'agit de pouvoir vivre d'année en année et de saison en saison.
Il y a un autre petit passage qui est très beau et qui pour le coup est de la sagesse aussi bien africaine qu'européenne, c'est : "Le matin, sème ton grain, le soir ne laisse pas ta main inactive, des deux choses, tu ne sais pas laquelle réussira". C'est une des pages de Qohélet que je trouve les plus belles, un des proverbes que je trouve les plus beaux, parce que je crois que cela veut dire ceci : nous ne sommes pas les maîtres de l'histoire. Tantôt nous travaillons au matin, tantôt nous travaillons le soir, mais qu'est-ce qui réussira ? Nous n'en savons rien. Est-ce que c'est le travail du matin, est-ce que c'est le travail du soir ? On ne le sait pas. En fait, ce que veut dire Qohélet, et c'est une sagesse très profondément ancrée dans la révélation, c'est que ce que Dieu demande à l'homme, c'est d'abord d'ouvrir la main pour semer, et ensuite, c'est lui qui se charge de faire pousser et de faire grandir.
Je pense que Jésus lui-même a repris cette sentence de sagesse, lorsqu'il a dit que lorsqu'on semait une toute petite graine, c'était Dieu qui se chargeait de la faire pousser. Simplement, on ne sait jamais s'il faut la planter le matin ou le soir. C'est pourquoi, il faut toujours dans nos actions, dans notre cœur et dans notre regard, être en éveil. A tout moment, Dieu peut faire surgir de l'action des hommes des choses merveilleuses et inattendues. Ce Qohélet qui est pourtant si désespéré apparemment sur l'histoire humaine, ici dit quelque chose qui est fondamental, c'est que l'homme ne doit jamais se décourager. Même si cela ne réussit pas au matin, il faut continuer l'après-midi et le soir. C'est une belle leçon d'espérance. C'est une leçon surtout de confiance. Nous, ce que Dieu nous demande, c'est de semer, de jeter le grain. Que ce soit dans notre ministère, que ce soit dans la vie de nos communautés, ce qui compte, c'est de jeter le grain, de le semer, d'avoir la générosité de ne pas tout garder pour soi. Mais ensuite il faut savoir que quand Dieu voit ce geste, selon ce qu'il pense le plus utile et le plus profitable pour nous, il est capable de faire réussir notre action, soit le matin, soit le soir.
Ne lui demandons pas trop vite des comptes, ne lui demandons pas tout de suite la rentabilité et l'efficacité mais laissons-lui le temps d'agir puisqu'il nous donne à nous-même la liberté d'agir.
AMEN