LA RÉPONSE DE DIEU A JOB
Jb 40, 15-19 a+21-24
(19 octobre 1989)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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ous arrivons au terme du livre de Job et nous sommes entrés dans la réponse que le Seigneur donne à Job, du sein de la tempête. Hier nous avons entendu : "Ceins tes reins comme un brave ! Je vais t'interroger et tu m'instruiras !" Phrase tout autant révélatrice de ce qu'est vraiment la réponse du Seigneur à Job, réponse qui est une rencontre entre Dieu et l'homme, seule réponse qui réussiras à prendre en compte toutes les questions de l'homme. Mais réponse teintée d'ironie car si le Seigneur demande à Job de prendre sa place sur son trône, lui demandant si son bras a une vigueur divine, si sa voix peut tonner pareillement à celle de Dieu, et lui disant : "Pare-toi de majesté et de grandeur ! Revêts-toi de splendeur et de gloire !" en fait le Seigneur lui demande s'il est capable de la puissance même de Dieu.
Puis, avec Job, Dieu feuillette le livre de la création et ce livre commence par un superbe monstre qui ressemble de près à un hippopotame, car à l'époque les hippopotames faisaient peur. Ce Béhémoth qui est la première image de ce livre de la création est assimilé au mal ou à celui qui porte le mal. Après Béhémoth, nous aurons une autre image qui sera Léviathan. Là on reconnaît facilement le crocodile. Les Juifs craignaient beaucoup ces animaux qui n'appartenaient pas à leur pays. Et que ce soit "le cheval du fleuve" en l'occurrence l'hippopotame ou le crocodile ces animaux appartenaient à l'Égypte, l'ancien pays de la servitude dont les hébreux sont libérés. C'est comme si les hébreux avaient laissé de l'autre côté de la Mer Rouge, de l'autre côté du désert tout ce qui les liait au mal. C'est pourquoi, dans ce livre de Job, ces deux monstres, ces deux gros animaux ont été assimilés aux forces du mal.
Pourquoi ? Parce qu'ils représentent aussi des forces presque invincibles. A l'époque ils ne connaissaient ou ils n'avaient pas inventé des machines de guerre qui dépassent infiniment la force et la puissance de ces animaux. Mais la cuirasse même du crocodile ou la force de l'hippopotame semblait ce qu'il y avait de plus grand en ce monde. Et voilà bien la façon dont les juifs tentent de dire des choses irréelles, parfois abstraites, en des termes concrets. Et ce n'est pas là une manière réductrice de les exprimer mais c'est une manière imagée, mais qui, fixant l'imagination, ouvre à l'abstraction même du thème qu'ils veulent développer.
C'est pourquoi, lorsque nous lisons ces textes-là, il ne faut pas penser qu'il y a comme une naïveté ou une innocence de la part de ces ancêtres, comme si nous étions, nous, plus intelligents et plus capables de manier l'abstraction. Je crois que, au contraire de ce que l'on pense, ils se méfiaient plus que nous du langage rationnel, du langage uniquement de raison et qu'ils employaient un langage plus symbolique donc total pour dire des choses que les mots eux-mêmes ne pouvaient dire mais que les images pouvaient signifier et approcher. Nous avons à entendre la Bible non pas comme un récit primitif au sens où il serait primaire par rapport à l'intelligence conceptuelle que nous avons pu développer dans notre époque. Mais reprenons la richesse même de ce langage symbolique, que d'ailleurs nous employons dans les sacrements, car il n'y a pas ici un traité d'eucharistie, ni un traité du don de Dieu mais il y a du pain et du vin sur une table et c'est bien là un langage tout à fait symbolique. Reprenons ce langage symbolique que nous utilisons quotidiennement pour dire non pas des concepts qui, comme des satellites, circulent autour des réalités, mais les réalités elles-mêmes qui, débarrassées des concepts, nous font aller plus loin et nous mettent dans la dynamique du cœur de Dieu.
Reprenons ce texte de Job qui nous amènera à cet admirable réponse qui sera le silence de l'homme devant la réponse de Dieu, Dieu n'ayant qu'une chose à donner à Job c'est de le rencontrer. Et devant cette rencontre, Job dira : "Je ne Te connaissais que par ouï-dire, mais maintenant mes yeux T'ont vu !" le face à face avec Dieu est l'ultime réponse que Dieu fait au mal, à la question fondamentale du mal. Cette béatitude que nous attendons, qui est le terme de notre vie, est la réponse totale, non pas conceptuelle mais vraiment dans le mystère de Dieu, à toutes nos questions, toutes nos attentes et tous nos désirs. Qu'il y ait, dans ce cheminement de Job, une leçon que nous puissions reprendre pour nous-mêmes, en sachant que nos interrogations au sujet du monde ne pourront se résoudre et s'expliquer que dans le face à face avec Dieu.
AMEN