DIEU EST LOIN

Jb 23, 1+3-7

(12 septembre 1989)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

L

e débat que soulève Job est une plainte : Dieu est trop loin. Non seulement Il est trop loin quand il s'agit de nos malheurs, de nos difficultés à gérer, mais Il est trop loin parce qu'Il nous semble si indifférent, ne serait-ce que par rapport aux décisions que nous avons à prendre pour notre propre vie. Et il est étrange de se sentir si seul, si désarmé devant une affaire qui devrait le concerner quand il s'agit de notre vie, de notre vocation, de notre avenir.

       On a souvent l'impression de frapper à une porte close et l'on se dit humblement que l'on n'est pas prêt à entendre la Parole de Dieu qui nous indiquerait le chemin qu'il nous faut prendre. Quelle distance y a-t-il donc entre notre Seigneur en qui nous croyons, entre sa bienveillance pour nous et le fait que nous n'entendons rien, que nous tâtonnons souvent.

       On peut mesurer cette distance avec une première mesure qui serait notre propre surdité, car de fait notre péché nous empêche d'entendre la voix claire et limpide de Celui qui ne peut parler qu'aux cœurs purs, qui ne peut se faire apercevoir que lorsque le ciel est dégagé et que l'orage, une fois tombé, a lavé l'horizon et emporté les scories qui empêchent cette grâce d'imprégner la terre et de la transformer en argile de Dieu.

       L'autre mesure que nous pourrions utiliser est peut-être la plus profonde et la plus certaine, c'est qu'il s'agit de notre propre liberté. Plus encore de la façon dont nous avons, en tant qu'hommes responsables, à l'exercer. Et il nous incombe une responsabilité intérieure que Dieu ne veut pas nous ravir. Il nous incombe un travail intérieur dont le fruit sera notre liberté, et de cette liberté, nous pourrons rejoindre notre Seigneur et l'entendre alors. Car la liberté qui est d'aller, de décider d'aller vers l'autre, ne peut être que le fruit d'un travail énorme, un travail permanent, intérieur. Et nous avons sans cesse la tentation de démissionner de ce travail de liberté. Dieu ne parlera qu'à un homme libre. Il ne parlera pas à un homme soumis. Il parlera à un homme libre c'est-à-dire qu'il faut, de fait, préparer ce terrain pour que nous puissions entendre et réaliser la force et la puissance de la Parole de Dieu qui attendait cette ouverture, dans notre liberté de l'homme responsable qui assume ce qu'il est comme créature face à Lui.

       Nous pourrions reprendre la plainte de Job ou nous faire l'écho des plaintes des hommes face à Dieu, de son indifférence et de son silence, mais nous avons à ajouter cette plainte que souvent l'homme démissionne de sa propre liberté. Ainsi il n'a pas accepté d'être isolé et il s'est forgé d'autres dépendances qui ne peuvent que l'aliéner et non pas le libérer. Car il y a une grande différence entre les petites puissances de ce monde et la toute-puissance qui seule nous a créés, qui seule peut nous guérir, qui seule peut nous libérer et qui seule peut nous rejoindre.

       AMEN