TEL UN PAPILLON !
Jb 28, 1-12
(9 octobre 2000)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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ous allons essayer de comprendre ce que ce texte de Job nous a donné à entendre. Il n'est pas certain que le texte que nous avons entendu n'ait été inscrit initialement dans le livre de Job, il ressemble assez bien à un texte de la Sagesse que vous connaissez par ailleurs. L'auteur, quel qu'il soit a certainement été fasciné par les galeries souterraines, les explorations minières que l'on commençait à faire à l'époque des livres sapientiaux. Vous imaginez quelles précautions l'on devait prendre, et avec quels risques les premiers explorateurs des souterrains devaient prendre pour échapper aux coups de grisou que nous connaissons mieux maintenant. On raconte que l'on donnait aux mineurs, des papillons, parce que ces papillons, lorsqu'il y avait un effondrement trouvaient d'emblée l'endroit où l'air circulait encore et comme leurs ailes réfléchissaient une sorte de lumière, les mineurs pouvaient se repérer par rapport aux papillons. Les mineurs qui s'en sortaient étaient peu nombreux, et ils étaient tout entourés de papillons puisqu'ils sortaient par le trou que les bêtes leur avaient indiqué, là où l'air circulait encore. Vous imaginez ces moyens archaïques de l'époque, et je vois bien l'auteur de ces textes explorer avec effroi et admiration ces souterrains, explorer le centre de la terre, c'était explorer un peu l'énigme du monde, ce feu qui couve, ce minerai caché, ces choses très secrètes, importantes, presque vierges et si sauvages qui donnent à penser sur le mystère de la création.
Ce sera la seule, je ne dévoile pas la fin du livre de Job, ce n'est pas du suspens, mais ce sera une des réponses de Dieu, puisque là nous arrivons à la fin du discours de Job. Il y a un discours sur la sagesse, puis il y aura un long discours d'Elihu, un quatrième protagoniste qui va de nouveau intervenir avec une théologie assez traditionnelle, et qui sera de nouveau réfutée, et ensuite, Dieu répond. Et Dieu va répondre comme ce texte, il mettra Job sur le grand trône du monde, pour ouvrir avec lui le grand livre de la création, et tais-toi ! Ce n'est pas une réponse, et cependant, c'en est une, il ne dira pas que cela, mais une des réponses de Dieu sera d'explorer l'énigme du monde.
A l'époque, les mines, les galeries souterraines, faisaient autant d'effet que pour nous les galaxies, les super galaxies qui sont à l'origine de notre monde, il y a dans cette exploration de l'infiniment grand et de l'infiniment petit, caché, volcanique, quelque chose qui dit Dieu, et qui le dit en le voyant. Ce mystère du monde révèle à la fois l'intensité de l'invention de la création aux origines et quelle intelligence est à la base du papillon, du volcan, et du mammouth, et de l'homme et en même temps, intelligence infiniment dispersée, cachée, plurielle. Une sorte de création dont on pourrait penser qu'elle est quasi autonome, et en même temps, on pressent qu'elle dépend de quelqu'un qui l'a faite, qui l'a choisie, qui la connaît, qui l'a modelée, qui a rythmé les jours les nuits, les saisons, les océans.
Nous sommes invités non pas à plonger dans les océans, mais à saisir un peu, et c'est l'occasion par ce texte, l'immensité, l'intensité, la variété de cette création qui dit quelque chose de Dieu, de sa sagesse, de son intelligence, et qui pourtant ne se confond pas avec ce qu'Il a fait.
C'est quelque chose encore de plus intense, de plus lumineux, de plus simple. Frères et sœurs, que cet amour de la majesté suscite notre adoration, c'est une sorte d'amour gratuit que nous pouvons reconnaître à Dieu. "Toute chose loue Dieu" dit un psaume, chaque matin, les éléments de ce monde renouvellent leur louange au Seigneur. Participons à ce renouvellement, cela nous fera un peu sortir de nous-mêmes, de nos galeries et de nos mines intérieures pour découvrir le chemin de la lumière comme le papillon qui retrouve le goût du ciel et de la lumière. Redécouvrons ce goût de Dieu à travers cette adoration et cette louange.
AMEN