L'OBÉISSANCE REND LA SOUFFRANCE FÉCONDE
Jb 11, 4-11
(5 septembre 2000)
Homélie du Frère Yves HABERT
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es deux textes que nous venons d'entendre parlent de limites, parce qu'un homme confronté à la souffrance peut voir les limites de cette souffrance, parce qu'un homme confronté à la dureté du travail sur sa barque, toute une nuit peut voir enfin le résultat de son travail et de son effort. Ce matin, je voyais un adolescent sur une petite trottinette, sur son tee-shirt il était imprimé : "no limit", pas de limite. Job est un homme, on le sait, on entend sa plainte tous les jours, confronté à la souffrance. La souffrance est une expérience très particulière, qui enferme, où elle prend toute la place, saisissant l'homme dans tout son être faisant que cet homme n'envisage même plus d'avenir, ne se rappelant parfois même plus le passé, et que cet homme est comme saisi dans une espèce de présent qui le fait souffrir et il n'envisage même pas une possibilité de s'en sortir. Quand la souffrance prend quelqu'un tout entier, la personne est comme emmurée, saisie, travaillée.
Job est confronté à une souffrance particulière, comme cette femme que j'avais rencontré un jour qui après avoir souffert pendant une année se trouvait libérée de son mal, et elle me disait, je pensais à la souffrance non pas chaque jour mais chaque minute, jour et nuit, parce qu'à chaque minute la souffrance était là et elle me saisissait ; quand j'ai été libérée de cette souffrance, je ne disais pas merci à Dieu une fois par jour, ou une fois par semaine ou une fois par mois, je disais merci à Dieu à chaque minute. Ce qui arrive avec cette femme, c'est cette obéissance, elle a accepté cette souffrance, cette charge, ce poids que personne d'autre n'aurait pu accepter à sa place parce que seul celui qui souffre peut accepter une certaine emprise sur lui. Job a la même réaction, il reste là avec sa souffrance et son cri, mais Job ne pèche pas.
Dans l'évangile, c'est cela aussi. Des hommes qui ont peiné toute une nuit par leur obéissance sont bénis. Ces hommes vont obéir à Jésus quand Il va leur demander de retourner à la mer et de lâcher les filets. Ils savaient bien qu'on ne pouvait pas pêcher le jour parce qu'il faisait trop chaud, il n'y avait pas d'abri sur ces petites barques, c'était trop dur le métier de la pêche par la chaleur, mais ils vont retourner quand même, à la chaleur du jour, par obéissance, et ils vont être bénis.
Et le Christ aussi va aller jusqu'au bout dans la nuit de sa passion par obéissance à son Père et Il va nous ramener tous avec Lui. Sans doute que la souffrance est cette expérience limite, expérience très particulière qui nous saisit tout entier, mais qu'un acte d'obéissance parfois peut nous en faire dégager. Alors, à ce jeune sur sa trottinette on devrait de se méfier, parce qu'il pourrait se casser la figure, et aussi qu'on veut bien dire avec lui "no limit", mais qu'un jour il faudra bien qu'il accepte dans sa vie la croix, pour un jour ressusciter, qu'il se fasse aussi obéissant pour entrer dans cette fécondité de toute vie.
AMEN