REVÊTIR LA TENUE DE LA RENCONTRE
Jb 8, 1 + 11-19
(19 août 2000)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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oute rencontre se nourrit de mots, de phrases écoutées ou entendues par l'autre. Notre travail spirituel, notre œuvre intérieure, c'est de nourrir cette rencontre intérieure avec Dieu, c'est de ne pas nous laisser aller aux illusions de sa distance, de son silence ou de son indifférence, mais de chercher comme un fou tout ce qu'il veut dire. La disposition spirituelle et psychique d'ailleurs que nous devons avoir durant une célébration de mariage, c'est une attention, une ouverture qui est dégagée de ce que nous venons de vivre dans la rue ou dans notre vie pour nous apprêter à recevoir un mot, une phrase. Un mot souvent entendu, mais qui aujourd'hui fait écho, se plante, féconde. Et puis, ce mot, nous repartirons avec lui, et il donnera une nouvelle couleur à la relation que nous avons avec Dieu. Notre première réaction dans une célébration c'est d'abord de nous retrouver nous-mêmes, mais ici nous ne retrouvons pas nous-mêmes, mais en face de ... avec Lui, pour qu'en sortant, nous le sachions plus proche de nous, nous le sachions plus accordé, plus à l'intérieur de nous.
Dans le livre de Job, il est question de ceux qui oublient Dieu. Il y a mille façons de laisser glisser entre les doigts de la vie, l'eau de la vie qui nous est offerte, et la plus sournoise, c'est celle qui jour après jour s'insinue comme une sorte d'indifférence intérieure. Nous n'attendons plus rien de notre relation avec Dieu, nous ne voulons pas, nous sommes habitués, et finalement, il n'y a pas d'après à l'intérieur de notre cœur, comme ce convive qui était là mais qui n'avait pas revêtu la tenue qui convenait. La tenue qui convient, c'est le cœur ouvert, qui réclame, qui attend. Notre péché n'est pas forcément de mal faire. Souvent nous nous confessons de mal faire, or notre péché souvent c'est d'esquiver les rencontres, de laisser s'appauvrir la relation, de ne pas trouver le moyen personnel et aussi tous ensemble, de nourrir, fortifier, faire grandir, de muscler, cette relation. L'enjeu est important, car il s'agit du salut de notre âme.
Nous ne pourrons pas faire valoir que nous n'avons pas péché, ce n'est pas vrai, nous ne pourrons faire valoir que notre fidélité malgré tout, à être "avec", à être "pour", à le vouloir. Et cette fidélité-là qui n'est pas la fidélité morale, mais qui est une fidélité d'amitié, d'amour, aura raison non pas de Dieu, parce que Lui il est acquis dans ce sens-là, mais aura raison de notre débat intérieur, pensant qu'il faut toujours nous présenter d'une certaine manière, et que si cela allait mieux, tout serait mieux, mais ce ne sera jamais mieux ! Ici-bas, ce sera toujours un peu comme ça, et même peut-être parfois pire.
Nous avons à grandir et non pas à demander que cela aille mieux, mais surtout que ce soit Lui et moi et que je n'oublie pas. Il y a une prière que le prêtre formule à voix basse avant la communion : "Que cette communion ne m'apporte ni jugement ni condamnation, afin que je n'oublie pas le Seigneur qui est présent ici dans son Corps et dans son Sang".
Que cette prière que je formulerai tout à l'heure soit aussi la vôtre en ce jour.
AMEN