L'HORRIBLE VISAGE DU MAL QUI DÉFIGURE

Jb 6, 15-21

(16 août 2000)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

R

ien n'est épargné à Job, ni sa femme, ni ses compagnons, et aujourd'hui même ses frères. Ce texte du livre de Job qui est encadré par un prologue que nous avons entendu et un épilogue qui clôture le livre, et qui sont comme une sorte d'extension de ce texte primitif, est une longue méditation sapientielle sur la déréliction, le malheur, la souffrance, l'injustice, bref, le mal.

Ce que nous avons entendu aujourd'hui, c'est que le visage du mal peut susciter un profond dégoût, et une profonde aversion. Job qui fait l'expérience du mal non seulement dans sa vie, dans ses œuvres, dans ses biens, fait aussi l'expérience du mal visible sur son propre corps, il est dit que Job se grattait ses ulcères avec un tesson de verre, et on le représente de façon habituelle sur un tas de fumier. Cette vision à la fois très réelle et symbolique manifeste que personne ne peut tenir auprès de celui sur lequel se dessine la figure du mal. C'est un  peu vrai, il y a la compassion, mais la compassion, c'et un petit peu compliqué. Quand on analyse bien de près la compassion, on vient tout autant au secours de la personne qu'on veut secourir, que de soi-même, quelque part, on se veut sauveur, et donc, on surmonte une certaine aversion de la souffrance et du mal. On ne peut pas d'emblée, instinctivement, aimer ce qui est défiguré, ce qui est mauvais et abîmé. Il faut travailler sa motivation, sinon il y aurait une sorte d'imposture, souvent cachée derrière la charité, et qui fait qu'on s'oblige à aimer, ce qui est pire encore. Il y a donc forcément une sorte d'aversion, et c'est vrai que les victimes ont du mal à se faire entendre parce que leur discours est incohérent, pénible, irritant, on a moins d'attrait, on a moins envie d'aller auprès de quelqu'un qui est défiguré, qu'auprès de quelqu'un qui ne l'est pas, et Job en fait l'expérience.  Cette charité fraternelle a été proclamée par ceux qui l'entourent, et ce n'est pas une charité de famille, pour ceux qui se présentaient comme frères, la charité ne tient pas à un moment donné. Souvent les gens qui traversent l'épreuve disent que c'est dans ces moments qu'on peut compter ses amis, j'ai souvent entendu cette phrase.

       Cette analyse de Job nous permet de ne pas passer outre de ce travail d'évangélisation, de notre approche du malheur, du mal ou de ce qui est abîmé, de ce qui a l'air d'être rejeté. Ne sautons pas à pieds joints dans une espèce d'évangélisme qui n'existerait que de surface et travaillons en profondeur pour aller vers l'autre, mais parce qu'il est blessé, ce n'est pas la blessure que nous aimons, mais c'est le frère intact qui n'est plus visible et qui a besoin d'être présent à nos yeux pour se retrouver lui-même. C'est l'expérience propre de Job, et lui, ils l'ont abandonné.

       D'ailleurs, ... comme le Christ !

 

       AMEN