L'EXPÉRIENCE PROPHÉTIQUE

Za 6, 1-8+15

(25 septembre 2003)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

A

vec les visions du prophète Zacharie, nous avons un accès assez intéressant sur cette expérience particulière qui déborde du cœur de l'homme, et qui est une des caractéristiques de la vocation prophétique. On pourrait se demander ci ces braves hommes étaient à la limite, au niveau psychologique, capables d'hallucinations ? Est-ce que de fait, Dieu se serait servi de cette sorte de folie intérieure, ou de folie mystique de l'homme pour y intégrer, et dévoiler quelque chose non pas de l'avenir, mais de Dieu, de l'intensité de Dieu. 

       Il y a une différence entre l'hallucination et la vision, et qui est la suivante, c'est que dans ces visions, le prophète est saisi par quelque chose qu'il voit, et il a besoin d'une explication, d'une interprétation. C'est la grande différence entre l'halluciné, qui est saisi par une vision aussi, mais, cette vision lui apporte une pleine connaissance, il sait ce qu'il voit. Il a peur, cela le réjouit, peu importe la manière dont il se saisit de son hallucination auditive et autre, tandis que le prophète, dans ce qu'il voit, persiste une part de mystère et d'énigme. Il a besoin de l'ange, et plusieurs fois tout au long des visions, cela se vérifie. Il voit quatre chars, et il dit : "Que signifie ceci, mon Seigneur", dit-il à l'ange. Auparavant dans le chapitre sixième, il a de nouveau une vision, il voit un livre qui volait, et : "L'ange qui me parlait me dit : que vois-tu ?" Il y a une sorte de tiers, une personne présente en plus à travers l'ange qui va apporter et donner une parole à ce qui pour l'instant, n'est que du côté du "voir". 

        On ne peut pas immédiatement faire recouvrir hallucination et vision, il y a une sorte de frontière qui est dépassée, un autre statut d'expérience prophétique qui donne à penser qu'il y a quelque chose d'autre. Après, on pourrait travailler à l'infini sur la manière dont Dieu profite de la psychologie de chacun pour se révéler, mais le problème n'est pas là dans ce texte. Le problème, il est que l'homme a en creux des questions, ces questions sont de différents ordres et la résolution de ces questions, ce n'est pas sa vie à lui, parce que ce n'est pas une hallucination pathologique, elle ne touche pas à son problème à lui, que le "souci", mais davantage encore, la vocation qu'il a de penser Israël, de penser à Dieu Yahvé, et tel qu'il maintient en lui une attente de solution à toutes ses questions. Et une des questions, c'est : comment se fait-il qu'à la fois, Dieu déserte, sa présence n'est pas active, et en même temps, comment peut-Il être à la fois lié à un sanctuaire, et mobile ? 

       C'est là que Zacharie, et le prophète Ézéchiel vont inventer l'automobile, au bon sens du terme, c'est-à-dire la façon dont une voiture, mais elle n'a encore jamais été inventée par Renault, qui est pourtant très inventif, une voiture qui va dans quatre directions à la fois. C'est vraiment le grand truc ! Quatre directions, c'est sans se perdre, parce qu'évidemment, si vous essayez d'aller dans quatre directions à la fois, il y a de fortes chances pour qu'à un moment, cela craque. Là, quatre directions à la fois, c'est la manière dont la gloire de Dieu n'est pas attachée au sanctuaire même si elle peut y habiter, mais qu'elle se déploie sans se perdre. C'est la grande invention de Zacharie et d'Ézéchiel, c'est d'imaginer cette mobilité de la gloire, et à mon avis, cela recouvre une vieille image de la Genèse, qui est la manière dont l'Esprit planait sur les eaux, cette gloire, tel un aigle qui déploie ses ailes pour couvrir sa nichée, la Gloire reprend le travail de la création, déploie ses ailes sur la création, comme la gloire vient habiter en chacun, en tout lieu et en toute histoire surtout, puisque le déploiement n'est pas simplement géographique, mais il traverse tous les temps.

 

       AMEN