LAISSER LA VILLE OUVERTE

Za 2, 5-9+14-17

(20 septembre 2003)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Q

uand un sous-marin coule, quand il commence à prendre l'eau, que fait-on ? On ferme certaines parties du sous-marin au risque même de condamner certaines personnes pour en sauver d'autres. Quand il y a la guerre, pour certaines villes, c'est la même chose, on garde les portes fermées, on accepte qu'une partie de la population se réfugie dans la ville en catastrophe, et puis, on ferme la ville, on la garde, on préfère ainsi sauver peut-être une partie de la population, et laisser le reste mourir. 

       Je ne sais pas si vous avez senti un peu cette contradiction dans la première lecture du prophète Zacharie, où justement, quand le mesureur mesure Jérusalem, il est dit d'une part : "La ville sera ouverte pour la quantité d'hommes et de bétail", et en même temps, "Dieu sera une muraille de feu tout autour, et il sera sa gloire". Comment à la fois tenir ce que dit ce texte, c'est-à-dire, une ouverture vis-à-vis du monde extérieur, de tous les gens qui viennent avec leurs biens en ville, et d'autre part ce petit texte qui nous dit : "Je serai une muraille de feu". Est-ce que comme ce texte pourrait le laisser penser, nous sommes dans cette situation où quand on accepte un certain nombre de personnes, on ferme la ville et ensuite, c'est Dieu qui garde ? Est-ce que le salut est lié à un certain nombre de chrétiens, de croyants, et quand le nombre est atteint, on ferme la porte ? Est-ce que je suis sauvé, est-ce que je ne suis pas sauvé parce que je suis hors du nombre, malgré tout ce que je fais ? Une certaine théologie l'a affirmé à un moment donné, et nous ne savions si nous faisons partie du lot, parce que Dieu avait tout prédéterminé à l'avance, et que même étant bon chrétien, bon croyant, essayant même de vitre de l'évangile, un jour j'arriverai devant la porte du Paradis, et devant moi se dresserait cette sorte de muraille de feu qui interdirait de rentrer dans le Royaume de Dieu ? Je crois que cette lecture n'est pas la bonne, mais au contraire, ce que propose le Seigneur dans ce passage c'est de découvrir que nous n'avons pas à avoir peur de laisser les portes ouvertes. C'est vrai que lorsqu'on accepte dans une ville une population et tout un bétail, on ne sait pas ce qui peut arriver, des brigands qui rentrent, une sorte d'effervescence, et la qualité de la vie dans la ville peut s'en ressentir. C'est peut-être pour cela que parfois, nous préférons condamner nos portes aux autres afin de mieux gérer notre cité, notre vie. 

       En fait, le Seigneur nous propose une autre manière de gérer les entrées et les sorties de la ville sainte de Jérusalem, ou de notre esprit, de notre vie, c'est de dresser une barrière de feu. Cette barrière de feu n'a pas tant pour but d'empêcher que les gens puissent entrer, qu'au contraire de purifier ce qui peut entrer. Je crois que dans notre vie chrétienne, nous avons tendance à mélanger les genres et à penser que vivre une vie chrétienne pure, c'est d'empêcher que les choses, les gens, les événements arrivent. C'est tenir les mains contre les portes, dresser des poteaux, mettre des clous, en essayant de sauvegarder notre pureté en essayant à tout prix que rien ne vienne un peu abîmer notre petite vie. En fait, la manière dont nous avons à purifier notre vie n'est pas d'interdire un volume qu'on n'arrive pas à tenir en place, les événements, nos faiblesses, nos péchés, la vie des autres, ce qui nous dérange, mais au contraire, les laisser rentrer, mais purifiés. 

       Frères et sœurs, que ce soit pour notre vie chrétienne, ou que ce soit quand on se prépare au mariage, l'accueil de l'autre, de celui qui est différent, que l'on n'a peut-être pas nécessairement choisi dans une vie de communauté paroissiale, ou que l'on a un peu choisi en vue du mariage, je crois que l'accueil en tout cas, c'est non pas tellement de se barricader, ou de se dire : cette partie de lui, cette partie d'elle je ne l'aime pas, elle pourrait m'abîmer, donc j'évite d'en parler et je la mets de côté, je crois par contre que le Seigneur ne nous invite pas du tout à cela. Il nous invite justement à laisser notre ville ouverte à l'autre et d'y dresser une barrière, mais c'est la barrière du Seigneur, la barrière de feu, celle qui va purifier pour faire entrer l'autre dans cette robe de mariée, cette robe de l'épouse dont le Seigneur veut revêtir son épouse bien-aimée. 

       Dans ce moment où nous allons bientôt recevoir la vie du Christ, dans son corps et dans son sang, laissons-nous purifier par la venue de notre Époux, le Christ. 

 

       AMEN