LA VOLONTÉ DE DIEU
Ez 18, 27-32 ; Mt 22, 23-33
(4 septembre 1990)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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e quelle autorité Jésus parle-t-il ? L'autorité de Dieu n'est pas posée comme un monument qui dominerait l'ensemble de l'histoire du monde et des hommes. Et l'on tenterait par tous les moyens rituels, spirituels ou même de l'ordre de la sagesse, d'atteindre et de se conformer à cette pyramide, à cette domination de l'autorité divine. L'autorité vient du fait que l'homme est à l'image de Dieu, et ce que Dieu veut est déjà dans le cœur de l'homme. La volonté de Dieu n'est pas extérieure, comme définie par avance, mais elle est inscrite déjà dans la création de l'homme. La façon dont l'homme est conçu et modelé entoure, donne forme à ce qu'est la volonté de Dieu.
Souvent, lorsque nous raisonnons en termes de volonté, nous les posons en termes de paroles, de règlements et de lois, mais nous les posons comme à côté, comme on pose un écrit en essayant que la vie, dans son désordre, tente de s'y conformer. La volonté de Dieu n'est pas un écrit, n'est pas le fruit d'une réflexion, n'est pas une synthèse aussi divine soit-elle. Elle est ce qui fondamentalement, par amour, a donné naissance à l'homme. Elle est l'agencement moléculaire, spirituel du cœur de l'homme.
C'est pourquoi le prophète Ezéchiel, celui qui a le plus raisonné sur la liberté de l'homme, donne à l'homme deux éléments pour comprendre la volonté de Dieu. Le premier est son cœur et le second c'est son regard. Car il nous faut trouver trace originelle, trace dont nous avons souvent la nostalgie, de cette volonté fraîche, première de Dieu en nous, inscrite en nous. C'est comme un murmure, c'est comme un chant souvent dominé par les bruits du monde. Il suffit simplement de s'arrêter un instant pour entendre de nouveau cette trace fondamentale que Dieu a laissée en nous, ce vestige qu'il nous faut donc restaurer par l'Église.
Et aujourd'hui deux éléments nous permettent de retrouver la trace de cette volonté divine qui est celle de notre bonheur : un cœur nouveau et un regard nouveau.
Lorsque Ézéchiel propose à l'homme de changer son cœur, ce n'est pas que Dieu ait changé de politique par rapport à l'homme, mais c'est que l'homme doit changer sa façon d'aimer Dieu et de Le regarder. Pour nous-même, et les uns envers les autres, acceptons que ce changement commence par l'intérieur. Mais n'essayons pas de penser qu'il est toujours impossible de se transformer ou de se convertir, qu'il y a en nous comme un obstacle permanent, tenace qui nous colle à la vie. Mais il est simplement plus simple, plus humble et plus petit que toutes les grandes rumeurs de ce monde, même que toutes les tentations qui sont autant de murs qui font apparemment obstacle à notre vie. Retrouver Dieu, c'est suivre paisiblement une pente douce qui coule vers Lui. Ce n'est pas une conquête que de retrouver Dieu mais c'est souvent quelque chose de plus humble, de l'ordre de l'abandon.
Alors l'ayant quelque peu perdue, nous retrouverons la trace de Dieu, nous retrouverons sa volonté collée à notre nature et nous pourrons, sacrement donné de sa vie, uni à Lui, grandir en Lui et retrouver cette pleine dignité que Dieu veut nous donner.
AMEN