LA FILLE ABANDONNÉE DEVIENT REINE
Ez 16, 1-4
(9 août 1990)
Homélie du Frère Michel MORIN
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e ne sais si vous avez été bien attentifs à la lecture du prophète Ezéchiel. Il était question d'une femme qui était "dans son sang", dans la plus grande des misères, qui était mal coiffée, mal parfumée, qui était marquée par le péché, la maladie et la vieillesse. Et tout d'un coup cette femme est devenue aussi belle qu'une reine, aussi rayonnante qu'une fiancée, pleine de grâce et de splendeur et de perfection.
Ceci m'amène à deux réflexions. Il est évident que, dans la bouche du prophète Ezéchiel, ce texte est une histoire vraie, sous forme symbolique. Cette femme c'est Jérusalem, c'est la cité de Dieu, c'est l'Épouse bien-aimée, c'est l'humanité que Dieu a créée. Et lorsqu'Il l'a créée, Il a proclamé, à la face de la création, "ceci est vraiment très très bon, très très beau !" Mais Dieu ne cesse de poser son regard sur cette humanité. Et quand Il nous regarde, vous comme moi, Il nous voit ainsi sous les traits symboliques de cette femme, dans ses blessures, dans son sang, dans sa misère, dans son péché, dans ses prostitutions, dans ses adultères et dans sa laideur.
Mais le regard de Dieu qui n'est pas un regard de voyeur ni de juge, ce regard de Dieu vient lui-même transformer celle qu'Il regarde. Au fond, elle devient reine, de pécheresse qu'elle était, un peu malgré elle. Elle n'a rien fait pour cela cette femme, cette ville qu'est l'humanité, qu'est l'Église, qu'est chacune de nos âmes et celle de nos frères. Nous n'avons rien fait pour sortir de cette laideur, de ce péché, de cette maladie. Seul ce regard miséricordieux du Père vient nous donner une nouvelle beauté, une nouvelle splendeur, un rayonnement qui est tout simplement l'écho, en nous, de sa gloire, de son amour et de sa miséricorde.
Cette histoire peut nous paraître lointaine, mais vous êtes-vous aperçus quand même une fois que l'Ancien Testament comme le Nouveau ce n'est pas le livre d'une culture ancienne fut-elle religieuse, mais c'est le livre de notre vie. Vous êtes-vous aperçus, une fois au moins, que les uns et les autres, personnellement et tous ensemble, nous nous appelons Abraham, Isaac, Moïse, David, Salomon, nous sommes cette prostituée, nous sommes ces aveugles, ces muets ? C'est cette histoire-là qui ne cesse de s'accomplir. Et nous le savons bien, nous chrétiens, qu'avec le Christ qui expulse les démons c'est-à-dire qui guérit, qui embellit, qui fait resplendir de sa lumière et de sa beauté, nous savons bien que, même si nous sommes dans le Nouveau Testament, dans "l'Alliance nouvelle et éternelle" nous savons bien que notre propre vie, notre propre cœur, notre esprit, notre chair est encore dans l'Ancien Testament, est encore pleine d'illusions, pleine d'infidélités, pleine de matérialisme, pleine de faux-dieux. Et nous savons que nous avons toujours besoin de cette présence du Christ qui vient purifier, qui vient vivifier, qui vient nous baigner dans l'eau baptismale, nous laver dans son sang pour que nous passions sans cesse de l'Ancien Testament au Nouveau, pour que nous passions sans cesse dans ce dynamisme de maturité, dans ce dynamisme de croissance intérieure, dans ce dynamisme de bonté et de beauté.
Alors que cette parole du prophète Ezéchiel ne soit pas une parole lointaine, la "lecture de l'Ancien Testament", mais qu'elle soit vraiment comme le signe visible, en tout cas audible, du Royaume de Dieu qui vient sans cesse nous dire comme Dieu à cette femme : "Vis ! Et je te ferai croître comme les fleurs des champs !", qui dit à cette femme : "Laisse-toi laver dans mon sang ! Laisse-toi habiller, laisse-toi revêtir du diadème, d'or, d'argent ! Laisse-toi nourrir de miel, d'huile ! Laisse-toi couronner comme une reine !" C'est cela notre destinée. Elle est quotidienne, elle est toujours à recommencer parce que si la fidélité de Dieu ne nous manque jamais, notre fidélité à nous lui manque souvent. Mais notre fidélité c'est de ne jamais désespérer de revenir vers Lui, quel que soit l'état dans lequel Il nous trouve et nous nous découvrons.
AMEN