OHOLA ET OHOLIBA

Ez 23, 11-20

(12 août 2005)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

S

i je puis me permettre une comparaison avec le monde moderne, l'époque d'Ézéchiel était une époque où la censure littéraire suer les ouvrages n'était vraiment pas sévère, parce que le texte que nous avons lu, je ne sais pas si vous avez réalisé, est à peu près aussi provocant qu'un film de Bunuel ou d'Antonioni. C'est quand même le visage un peu hard de la féminité dans ce qu'elle a de plus volage, de plus instable, de plus fragile, de plus provocant. Donc, c'est étonnant parce que c'est appliqué à l'histoire d'Israël. Ézéchiel, peu avant que Jérusalem ne soit détruite, compare les deux royaumes le royaume du nord qui a disparu depuis déjà près de cent, cent vingt-cinq ans, et le royaume de Juda, avec Jérusalem comme capitale, là où il vit, et il fait une histoire symbolique des deux pays qui composent Israël. Il s'agit de deux jolies filles qui ont des noms qui nous paraissent un peu difficiles à comprendre aujourd'hui, mais c'est assez révélateur, c'est de l'hébreu, il y a en a une qui s'appelle Ohola, et l'autre Oholiba. Je vous fais grâce des détails grammaticaux, mais Ohola veut dire : "sa tente", et l'autre, Oholiba, veut dire : "ma tente est là". Qu'est-ce que cela veut dire? Il y a beaucoup d'interprétations, mais une de celles qui semble les plus claires est que Samarie, le royaume du nord, c'est le pays qui s'est fabriqué "sa" tente, c'est-à-dire, son temple hérétique à Silo, tandis que Oholiba, c'est "ma tente est là". 

       Chez Ézéchiel, le nom du temple, c'est : "le Seigneur est là". Donc, c'est une parodie, c'est cela qu'il faut essayer de comprendre, c'est une parodie du temple. Normalement, "ma tente", la tente de Dieu, la tente de réunions, la tente de l'Alliance, devrait être là à Jérusalem. C'est exactement le sens de la prophétie d'Isaïe, aussi bien à Samarie qu'à Jérusalem, la religion, la vie religieuse de ce pays, c'est le cirque. Aujourd'hui, évidemment, on lit cette parabole, sans trop réfléchir, mais Ohola et Oholiba, c'est la profanation de la présence de Dieu. Double profanation, à Samarie, Ohola, c'est ceux qui se construisent leur fausse demeure de Dieu, or Dieu n'a qu'une demeure sur la terre, et les autres, ils ont défiguré la demeure de Dieu, le Seigneur est là, ma tente normalement devrait être là, mais vous voyez qui y habite, c'est Oholiba ! C'est le peuple pervers, prostitué. 

       C'est donc cela la clé de ce récit qui est extrêmement violent et horrible. Dieu par le geste du prophète dit : les deux filles quand elles étaient en Égypte, elles faisaient déjà du racolage en Égypte, puisqu'elles se faisaient caresser les seins, elles exerçaient déjà le métier depuis le début. Chez elles, c'est presque congénital. Au fur et à mesure que leur pays s'est constitué et développé, elle n'ont eu qu'un sujet de préoccupation, c'est d'aller voir les beaux militaires assyriens, avec leurs plumes d'aigrettes sur le casque, le casoar et tout ce que vous voudrez, pour se prostituer avec eux. C'est un récit atroce de l'histoire d'Israël, c'est une dérision terrible. C'est dramatique, mais Ézéchiel est d'une ironie cruelle en disant qu'elles sont allées avec tous les soldats des alentours, et finalement, elles les ont repoussés, et que vont faire les soldats ? Eux, ils n'y vont pas par quatre chemins, ils prennent leurs armes, leurs épées, leurs lances, et ils tuent tout le monde. Ils ont déjà tué Ohola, c'est-à-dire Samarie, et maintenant, ils vont ruiner et dévaster Oholiba, Jérusalem. 

       Tout cela pour dire une chose toute simple, c'est que dans cette époque, aux environs de 590, ce n'était pas la peine de maquiller les affaires, on savait que ce peuple était fondamentalement idolâtre. Contrairement à ce qu'on pense, le problème n'était pas d'abord une sorte de reproche moral à Israël, mais c'était un reproche beaucoup plus radical, car la vocation d'Israël, c'est d'être la tente, la demeure de Dieu, et ne le sont plus. Donc, le peuple pervertit sa vocation profonde. Ils pervertissent même l'expérience du désert, de la tente, de la solitude avec Dieu, qui aurait du être le lieu de rencontre avec Dieu, et depuis le début, elles ont dénaturé cette expérience de la rencontre de Dieu, en n'importe quoi. 

       C'est le réalisme sur le sens même de l'Église, il est vrai que l'Église n'est quand même ni Ohola, ni Oholiba, mais les membres de l'Église, nous sommes tous, d'une manière ou d'une autre, des pécheurs. Nous vivons le même drame celui de se laisser emporter par l'oubli de la présence de Dieu, et en même temps, petit à petit, de ne plus en mesurer la gravité. Demandons au Seigneur qu'il restaure en nous ce véritable sens du péché et de l'infini de sa miséricorde, qui est seule capable de faire face à l'infidélité de Ohola et Oholiba. 

 

       AMEN