RESPONSABILITÉ PERSONNELLE
Ez 18, 27-32
(18 juillet 2005)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, les textes que nous propose la liturgie aujourd'hui nous invitent à réfléchir aujourd'hui sur notre situation de pécheurs devant Dieu. Je voudrais d'abord vous dire quelques mots du texte d'Ézéchiel, car il représente un moment décisif dans la prise de conscience par l'humanité de ce qu'est la faute. Nous avons peut-être du mal à nous situer dans la perspective des anciens, mais pour eux, la faute ne ressemblait pas du tout à ce que nous mettons sous ce mot.
Tout d'abord, la faute était beaucoup plus collective que personnelle, c'était bien davantage une sorte d'orientation du peuple, de la collectivité, qu'un choix de l'individu, de la personne. Ézéchiel dit : "chacun sera puni et jugé selon les crimes ou ce qu'il aura accompli". Dans un passage précédent que nous avons lu, il fait allusion à un proverbe qui disait : les parents ont mangé des raisins verts et les dents des enfants en ont été agacées". C'était une façon populaire de dire que la faute pesait de génération en génération, et s'il y avait dans cette façon de concevoir les choses un avantage, qui est celui d'avoir le sens de la solidarité humaine, que nous ne sommes pas chacun pour soi indépendants des autres, il y avait aussi une limite, c'est qu'on punissait les fautes des pères sur les enfants, et on concevait comme cela qu'il y avait une sorte de malédiction qui se perpétuait de génération en génération, et qui affirme que chacun de nous est responsable de ses actes. Il est responsable devant Dieu et il aura à être puni ou gracié pour des raisons héréditaires, mais chacun selon la manière dont il se situe devant Dieu.
En même temps, ce qui est encore plus difficile peut-être à comprendre pour nous, c'est que les fautes pour les anciens n'étaient pas liés à la mauvaise volonté de notre cœur, mais liées à la transgression d'un interdit. Vous avez entendu le mot "tabou" qui désigne cette manière de voir les choses : on ne doit pas faire cela, un point c'est tout, si on le commet, que ce soit volontairement ou involontairement, on considérait qu'il y avait faute même si on ne l'avait pas fait exprès. La Bible elle-même est pleine de pratiques à accomplir quand on a transgressé un commandement à son insu, sans le savoir, sans le vouloir. Il y avait donc une sorte de légalisme de la faute. La faute, c'était d'avoir transgressé quelque chose qui était interdit. Ézéchiel est en train de nous expliquer, et c'est cela la révolution que les prophètes ont apporté dans la manière de concevoir nos rapports avec Dieu, que le mal réside dans le cœur de l'homme. C'est non pas le fait de transgresser volontairement ou non quelque chose qui est interdit, c'est le fait de vouloir le mal dans son cœur. Et les prophètes ne vont cesser de prêcher cette responsabilité personnelle, intérieure, profonde, et c'est pourquoi Ézéchiel peut annoncer que le plus grand criminel, le plus grand pécheur s'il convertit son cœur, s'il retourne son cœur (c'est cela le mot convertir), qui était dirigé vers le mal, vers le péché, pour le tourner vers Dieu, il sera pardonné. Si le pécheur se détourne du péché qu'il a commis pour pratiquer le droit, la justice, il aura la vie.
Dieu est le Dieu de la vie, Il n'est pas un Dieu qui punit les écarts ou les mauvaises actions, Dieu est un Dieu qui veut nous donner la vie : "Débarrassez-vous de tous vos péchés, faites-vous un cœur nouveau, un esprit nouveau. Pourquoi mourir ? Pourquoi mourriez-vous de vos péchés ? Je ne prends pas plaisir à la mort de qui que ce soit. Dieu n'est pas quelqu'un qui est là d'abord pour faire respecter la Loi, quelqu'un qui punit ou récompense, Dieu est le Dieu de la vie, Il ne prend pas plaisir à notre mort. Convertissez-vous et choisissez la vie".
Jésus dans l'évangile, va être comme un écho à cette révolution apportée par les prophètes, et il va insister justement sur cette intériorité du péché. Ce qui nous sauve, ce n'est pas la façon extérieure d'agir, c'est la qualité de notre cœur : "Ne dites pas : Seigneur, Seigneur", ne vous appuyez pas sur vos actes officiellement bons, parce que vous êtes allés à la messe ou que vous avez pratiqué la prière, ou que vous avez accompli telle ou telle bonne action, mais que ce soit votre cœur qui soit converti. Vous êtes comme un arbre, si un arbre donne de mauvais fruits, c'est que son cœur, c'est que sa sève est mauvaise, si un arbre donne de bons fruits, c'est qu'il circule en lui une sève de vie.
Pour nous également, c'est dans la manière dont nous nous situons par rapport à nos frères et par rapport à Dieu qu'on reconnaîtra si nous sommes bons ou mauvais. C'est pourquoi, dit Jésus, il y a la voie du bien et la voie du mal. C'est la manière d'accorder nos actes avec notre cœur, c'est la manière de nous mettre en accord profond avec l'amour de Dieu et l'amour de nos frères. C'est cela qui nous jugera et non pas simplement l'observance d'une loi.
AMEN