LA PROSTITUTION D'ISRAËL … ET LA NÔTRE
Ez 16, 15-22
(2 juillet 2005)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, il n'y a donc pas que des pharisiens qui essaient de mettre Jésus en défaut, de lui proposer des énigmes pour le prendre en faute, il y a aussi ce scribe qui, Jésus le dit lui-même, n'est pas loin du Royaume des cieux.
Je voudrais reprendre avec vous le texte d'Ézéchiel dont nous avons lu hier le début. C'est cet admirable poème dans lequel Ézéchiel raconte d'une manière symbolique, l'histoire d'Israël, l'histoire du peuple élu, l'histoire de Jérusalem. Hier nous entendions cette extraordinaire naissance d'Israël, comme un enfant étranger, un enfant abandonné que l'on a laissé sur le bord du chemin, sans même prendre soin de le laver de lui donner apparence humaine, cet enfant qui se débattait dans son sang, Dieu est passé, Il a couvert cet enfant abandonné du pan de son manteau, c'est-à-dire de ses bienfaits, de son amour, Il a pris soin de cet enfant. Cette jeune fille est devenue belle, Il l'a couverte de bijoux et de vêtements précieux. C'est toute l'histoire de l'élection d'Israël qui n'est pas le peuple choisi parce qu'il serait meilleur que les autres. Comme tous les hommes, les israélites sont nés dans la pauvreté, le dénuement et le péché, mais Dieu a laissé se poser son regard d'amour sur cet enfant, sur Israël, et Il en a fait une vierge parée de toute splendeur. C'est toute l'histoire de l'élection d'Israël.
Mais voilà que cette élection elle-même peut devenir l'occasion de la faute, du péché, et c'est ce qu'on nous raconte aujourd'hui. "Tu t'es infatuée de ta beauté". Voilà le drame, c'est lorsque Dieu nous comble de ses dons, de ses richesses, de ses grâces, nous sommes tentés de nous les attribuer à nous-même, de nous en glorifier comme si c'était par nos propres forces et nos propres vertus que nous parvenions ainsi à cette splendeur divine qui rayonne sur nous. "Tu t'es infatuée de ta beauté", et au lieu de la rapporter au Seigneur qui en est la source, voilà qu'Israël va profiter de cette beauté, de tous ses vêtements somptueux, de tous ses bijoux, en profiter, nous dit Ézéchiel, "pour se prostituer". Se prostituer dans le langage du prophète, cela veut dire abandonner son époux véritable qui est Dieu, pour aller quérir les charmes et les plaisirs que peuvent donner les faux-dieux. Se prostituer, c'est abandonner son époux pour se livrer à des étrangers. "Tu t'en es fait des hauts lieux, tu t'y es prostituée, tu as pris tes parures d'or et d'argent, tu t'en es fait des images d'hommes (ce sont les idoles), pour servir à tes prostitutions", c'est-à-dire à ce décalage de la fausse religion par rapport au seul Dieu véritable. "C'est le pain que je t'avais donné, le fleur de farine, l'huile, le miel dont je te nourrissais, que tu as offert devant ces idoles comme un parfum d'apaisement".
C'est tout le drame de l'humanité que de détourner les dons de Dieu au lieu de les recevoir avec humilité et action de grâces, et lui en rendre hommage, détourner les dons de Dieu pour se les accaparer, pour en faire notre gloire, pour en faire le moyen de satisfaire nos besoins, nos plaisirs, et même la prostitution d'Israël, cette prostitution religieuse l'a conduit jusqu'à l'abomination complète qui est d'offrir en sacrifice aux faux-dieux, non seulement des animaux, non seulement cette fleur de farine que Dieu lui avait donné, mais même les propres enfants d'Israël. Les sacrifices humains ont existé dans l'histoire des religions, et ils sont le symbole de la perversion même de l'acte religieux. C'est-à-dire offrir à Dieu, non pas ses dons, mais lui sacrifier, détruire en son nom le meilleur de nous-mêmes, nos propres enfants, nos semblables. Aujourd'hui on n'est pas tenté d'offrir des sacrifices humains, mais c'est tout comme, quand se déchaînent les haines et les guerres, et que nous sacrifions allègrement à nos idoles personnelles qui sont soit les nationalismes, ou que ce soient les intérêts économiques, quand on sacrifie allègrement des êtres humains à cette recherche de notre confort, de notre plaisir, notre idéologie.
A travers ce symbole, c'est donc bien toute l'histoire d'Israël, et l'histoire de l'humanité tout entière, car si Israël a péché, tous les hommes aussi ont péché, et nous sommes tous capables de nous préférer à Dieu, de nous préférer à nos frères, de renier ces deux commandements que Jésus nous propose dans l'évangile et qui sont le résumé de toute la Loi : aimer Dieu par-dessus tout, et aimer notre frère comme nous-même.
Frères et sœurs, que nous réfléchissions un peu à tout ce péché, tout cet égoïsme, toute cette recherche de nous-même, tout ce détournement par rapport à l'amour véritable, amour de Dieu et amour des frères, tous ces refus de la Loi de Dieu qui est la loi de la vie, ce péché par lequel nous sommes chacun de nous, personnellement pécheurs et que Dieu nous pardonne.
AMEN