DIEU ÉVEILLE LA CONSCIENCE DE L'HOMME
Ba 4, 5-18
(11 octobre 1994)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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'Ancien Testament est une sorte de journal qu'Israël aurait écrit tout au long de sa vie et dans lequel serait mélangée leur faim de la présence de Dieu avec les grains plus grossiers des éléments quotidiens d'un peuple et des hommes de ce peuple d'Israël.
Il est souvent délicat pour nous d'entendre tout à la fois s'entrechoquer les évènements d'Israël et cet or caché au cœur de ces évènements. Dieu a pris patience et n'a pas voulu d'un coup purifier l'écoute, l'intelligence des enfants d'Israël, mais Il a accepté que se mêle à ce dévoilement progressif de son mystère un certain nombre d'imperfections si ce n'est d'ailleurs des erreurs. Dieu ne s'est pas embarrassé de ces erreurs. Et dans ce très beau texte de Baruch, Dieu est tout à la fois Celui qui pointe son doigt en jugeant Israël de son péché, et comprenons par là que s'il y a une chose toujours actuelle, c'est bien le péché de l'homme, Dieu pointe son doigt comme quelqu'un qui voudrait réprimander avec sévérité Israël pris au piège de son propre péché et tout en même temps Dieu se plaint comme à Lui-même de ce péché d'Israël, se lamente de ne pouvoir intervenir et enfin promet un salut. Comme Il ne peut pas parler seul, Il fait parler avec Lui Jérusalem, comme un Père ou une mère réprimande son enfant, Lui serait le Père, Jérusalem serait la mère et Israël les enfants. "Vous avez oublié Dieu, le Père, Dieu éternel, votre nourricier. Vous avez oublié Jérusalem, votre nourricière. Alors, elle a vu fondre sur elle la colère qui vient de Moi". Un peu plus loin, Dieu se laisse aller à une sorte de propre lamentation. "Mais comment pourrais-je vous aider ?" Et Il ajoute : "Celui qui vous amena ces malheurs est Celui qui vous arrachera aux mains de vos ennemis."
Ces deux phrases contiennent les deux versants d'une même réalité. Première réalité comprise par les Israélites : Dieu amène le malheur, mais ce malheur est juste car il est provoqué par nos péchés. Deuxième versant de cette même réalité : Dieu n'amène pas le malheur, mais par contre sauve du malheur et deviendra le Sauveur d'Israël. Apparemment cette appréciation grossière de l'intervention de Dieu nous semble ancienne, désuète. Mais nous ne sommes jamais dégagés de l'idée presque inconsciente que quelque part Dieu est responsable du malheur qui nous arrive, à nous ou au monde. Et il nous faut peut-être faire le chemin d'Israël en acceptant et de croire que Dieu sauve et de croire que Dieu est responsable du mal pour, progressivement, purifier notre foi en reconnaissant que Dieu est seul sauveur, et que le péché lui-même apporte le mal et que tout mal et tout malheur en ce monde ont pour cause fondamentale le péché, la rupture de toute relation entre Dieu et l'homme.
Et au cours de l'Ancien Testament, Dieu va progressivement dévoiler qu'Il n'est pas au-dessus, comme un juge, mais qu'Il est au cœur même du malheur, le subissant autant que l'homme, par amour, et qu'Il est non pas celui qui va se dégager de ces conflits, de ces difficultés dans lesquelles l'homme est tombé, mais au contraire, Dieu va s'y plonger va s'immerger avec l'homme pour être, à l'intérieur de lui, sa première victime. Ainsi Dieu va permettre de renverser la fatalité de ce mal et en nous sauvant, en tournant, en renversant tout mal en bien.
Ceci pourrait nous aider à comprendre cette petite phrase de l'évangile : "Pourquoi ne jugez-vous pas, par vous-mêmes, ce qui est juste ?" Dans ce texte, Dieu fait appel apparemment à sa présence spirituelle en chacun de nous, faisant l'hypothèse audacieuse que nous pouvons trouver en nous la voix de Dieu, la conscience, et que nous avons à retrouver en nous cette trace puissante, inscrite dans la conscience que nous avons, de ce qui est juste, de ce qui est bon, de ce qui est normal, convenable. Et alors, nous n'aurons pas, non seulement à aller devant le juge pour régler les conflits avec nos frères, mais plus encore nous saurons nous dégager et nous saurons éviter ces conflits qui, malheureusement, assiègent assez souvent notre vie.
Dieu n'est plus extérieur. Il est devenu si intérieur que nous pouvons entendre sa voix à l'intérieur de nous et retrouver ainsi la trace de ce qui est juste et nous dégager à temps du mal que nous pourrions ou provoquer ou subir. Demandons au Seigneur que notre oreille intérieure s'aiguise à cette voix toujours fidèle et que nous sachions suivre patiemment cette voix que Dieu inscrit dans notre conscience intérieure qui nous permet de le recevoir et de nous en nourrir.
AMEN