JÉRUSALEM PREMIER AMOUR DE DIEU

Is 60, 1-2+11-22

(2 janvier 1994)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

D

ieu ne commence pas par aimer tous les hommes comme s'Il lançait sur eux cette sorte d'amour universel qui finissant par être si universel qu’il ne touche personne, mais Il a choisi d'aimer en premier lieu une part de cette humanité, une toute petite part. Ce que les prophètes ont annoncé par "le reste", Dieu le murmure dans son cœur, c'est le nom d'une ville, Jérusalem.

C'est le nom du premier amour de Dieu, c'est le nom d'un amour conjugal, un amour jaloux, un amour déçu, un amour qu'Il essaie de reprendre sans arrêt, un amour tenace, têtu, un amour passionné, un amour zélé. Et les prophètes sont la bouche de Dieu et ils disent ce que les lèvres de Dieu disent : "Jérusalem, tu M'as oublié ! Jérusalem, toi qui tues les prophètes et ceux que j'ai envoyés, combien j'ai voulu rassembler tes enfants à la manière dont une poule rassemble ses petits ! Jérusalem !" Jérusalem, c'est le premier amour de Dieu.

       Le nom du second amour c'est l'Église, c'est aussi Jérusalem. Le premier amour c'est Jérusalem et curieusement l'Epiphanie qui ne semble pas se passer à Jérusalem tourne autour de Jérusalem, l'encercle.

       Comme Jérusalem est sourde et n'entend pas l'appel de Dieu, comme Jérusalem n'a pas entendu dans la prophétie d'Isaïe que les "nations païennes viendront", c'est elles qui monteront dans le Temple pour adorer le Seigneur que Jérusalem a oublié et méprisé. Jérusalem a oublié l'oracle d'Isaïe, mais Dieu n'a pas oublié cet oracle.

       Loin de Jérusalem, Il a mis en route des hommes, dans une sagesse, dans un désir, dans une recherche. Des mages, des païens, des gens qui ne connaissent pas le nom de Jérusalem, des gens qui ne sont pas l'objet de l'amour premier de Dieu. Et Dieu s'en sert pour rappeler à Jérusalem que c'est elle qu'Il a choisie pour que Jérusalem soit non seulement "la ville" du peuple qu'Il a choisi mais la ville de tous les peuples. Dieu médite beaucoup sur les villes, sur les rues. C'est d'ailleurs dans cette ville qu'Il donnera son sang et nulle part ailleurs. Mais ce n'est pas là qu'Il est né. En quelque sorte Jérusalem l'a même renié en sa naissance. Certes l'oracle avait prédit qu'Il naîtrait à Bethléem. C'est si près de Jérusalem. Et les mages ne vont pas directement à Bethléem, ils passent à Jérusalem.

       Demain nous entendrons dans l'évangile le seul récit des mages que nous rapporte saint Matthieu. Les mages viennent interroger Hérode. "Nous avons vu un astre qui a brillé et qui signale la naissance du roi des juifs,"  le roi de Jérusalem. Où est-il ? Hérode, certainement par intérêt politique, mais peut-être réduisons-nous son intérêt, Hérode les envoie voir cet enfant. Mais l'évangéliste a le soin d'ajouter : "tout Jérusalem fut émue". Dans la rue, on s'interroge. L'évènement est d'importance et saisissable, pittoresque peut-être si on voit passer ces chameaux, des hommes de couleur différente qui portent visiblement des trésors. Mais au-delà de cela c'est Jérusalem qui s'interroge sur elle-même : "Faut-il donc que des païens passent par moi pour aller rendre hommage à Mon Roi ?"

      Car l'Epiphanie, c'est ce que nous célébrons ce soir, c'est la fête de l'hommage des hommes au Roi qui vient d'arriver. Et comme Jérusalem n'a pas voulu lui rendre hommage ce sont ceux qui sont venus d'Orient qui vont le faire à sa place. Et cela peut arriver aussi dans l'Église. Lorsque Dieu ne reçoit pas de l'Église ce qu'Il attend de l'amour qu'Il lui a donné, des hommes qui viennent d'ailleurs peuvent lui rendre l'hommage qui lui est dû. Entendons ... Entendons le bruit, respirons l'odeur, entendons le silence qui entoure la vénération des mages à la crèche de Bethléem et joignons-nous à cet hommage vibrant, avec tous les hommes du monde entier qui, de fait, sont tous Jérusalem.

 

      AMEN