CROIRE AU DIEU DE LA PROMESSE

Is 49, 8-16

(4 février 2003)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

N

ous croyons en un Dieu de la promesse. La première lecture, comme l'évangile de Jean sont remplis de ces promesses de Dieu. Le Fils dans ce qu'il dit, montre bien qu'Il agit selon la volonté du Père, qu'il fait l'œuvre du Père. Il promet la résurrection à tous ceux qui écouteront sa voix. Il promet la vie à tous ceux qui suivront sa Parole, Il promet que nous verrons les morts ressusciter, que ceux qui entendront la voix du Fils de Dieu vivront. Il promet ainsi à tous ceux qui ont compris quelle œuvre Il fait, combien Il est la résurrection et la vie, combien Il est bien celui qui prend en pitié ceux qui ont entendu et écouté sa voix. Nous pourrions peut-être passer trop facilement à côté de ce qui pourrait apparaître comme un simple discours, ces longs discours de Jésus comme on les trouve dans l'évangile de Jean. Nous pouvons aussi être lassés de certaines promesses. En somme, notre manière d'agir, c'est peut-être effectivement de croire que Jésus est Fils de Dieu, puisqu'Il le dit. Il faut bien croire à quelque chose si ce n'est à quelqu'un, pourquoi ne pas croire au Dieu des chrétiens ? Pourquoi ne pas croire en un Dieu d'amour, en un Dieu qui nous sauve, en un Dieu de la Promesse ? 

       Mais au fond de nous-mêmes, n'y a-t-il pas parfois comme une sorte d'absence par rapport à toutes ces paroles. Vivons-nous en sauvés, vivons-nous en ressuscités, vivons-nous en hommes de la promesse ? Autrement dit, la Parole de Dieu a-t-elle une répercussion, une résonance dans nos existences ? Peut-être que croire à la promesse ou croire en un Dieu de la Promesse, c'est vérifier dans sa propre vie que cette promesse prend sens, et que cette promesse se réalise. Mais là nous atteignons une faille de l'humanité, un peu comme on dit de quelqu'un : oui, ce sont des promesses. Promesses … promesses …! Et nous ne voyons rien venir. Ce serait finalement mettre Dieu en échec, comme nous le faisons de toute façon par notre propre manière de vivre. Dieu a bien réalisé ses promesses, Dieu a bien vécu ce qu'il a annoncé. 

       L'oracle du prophète Isaïe me semble à cet égard tout à fait éloquent : "Sur tous les monts chauves, ils auront un pâturage. Et même si une mère pouvait oublier son enfant, moi, je ne vous oublierai pas. Je vous ai gravé (comme nous l'avons chanté dans l'antienne du psaume tout à l'heure), sur la paume de mes mains". Il ne s'agit pas pour Dieu de simples mots, de simples promesses humaines, mais il s'agit pour Dieu de s'engager dans la Parole qu'Il dit. Ainsi, pouvons-nous relire l'actualisation de cette promesse du livre d'Isaïe dans l'œuvre que le Fils accomplit parce qu'Il l'a vu faire au Père. N'est-Il pas bien sûr, celui qui a inscrit sur la paume de ses mains, le nom de tous ceux qui se reconnaissent avec Lui comme héritiers de la promesse ? Jésus sur le Golgotha a étendu ses mains, les clous ont transpercé ses mains. Ses mains, comme le dit le prophète Isaïe, Il les a étendues sur la croix, Il a ouvert les bras et "il a gardé son regard sur les remparts". J'imagine sur le mont chauve qu'est le Golgotha, le Christ en croix, gravant sur la paume de ses mains l'histoire de nos vies, et ne cessant de fixer son regard sur les remparts de Jérusalem, sur la ville sainte, la ville de la paix, la nouvelle Eve, l'Église. 

       Oui, il ne s'agit pas d'un tatouage qu'il serait toujours facile à effacer ou à oublier, même dans la résurrection, Jésus garde la blessure dans la paume de ses mains. Il ne peut pas oublier le don qu'Il a fait de sa vie, Il ne peut pas oublier l'amour qu'il a donné, Il ne peut pas oublier la miséricorde qu'il a mis en œuvre pour chacun d'entre nous. Ainsi, gravées sur la paume de ses mains ce sont bien là toutes nos fragilités, toutes nos limites humaines, tous nos péchés et notre mort. Cela, Dieu ne l'a pas oublié. Il en a fait le signe de sa propre victoire sur la mort, le signe de la propre victoire de notre oubli. Car s'il y en a bien qui oublient, ce sont les hommes, Dieu, Lui n'oublie jamais ! 

 

       AMEN