LES SIGNES DU CIEL

Is 14, 1-15

(28 juillet 1982)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

Grau du Roi : coucher de soleil 

D

ans le même ciel il y a donc ceux signes, un du crépuscule qui annonce le beau temps et un autre de l'aurore qui annonce le mauvais temps. Et le prophète Isaïe dans cet oracle que nous avons entendu en première lecture, annonce le signe du matin qui est celui du mauvais temps.

Ce texte est une annonce prophétique de l'Exil et du retour de l'Exil. "Le Seigneur a pitié de son peuple" qui est exilé et le Seigneur "ramènera sur sa terre ce peuple pour le réinstaller dans sa patrie". Et ce jour-là, "il y aura un signe dans le ciel qui sera la chute de cet astre de lumière, le fils de l'aurore" qui est le roi Nabuchodonosor. La chute de "celui qui a voulu siéger plus haut que les étoiles " comme le dit le texte, qui "a voulu ériger son trône au-dessus des cieux sera précipité dans les profondeurs du Shéol." Celui qui avait cru être l'aurore du monde, au fond, ne donnera qu'un signe de mort, de catastrophe et de faim, d'apocalypse. C'est ce signe-là qui est un signe comme négatif de l'ère messianique, car les signes des temps, ce sont ceux du temps messianique, c'est-à-dire de la venue du Christ. Et les Pères de l'Église ont aimé comprendre ce texte comme la chute du tyran, comme la chute de l'astre du matin ou ce celui qui a voulu être, dans le monde, l'astre du matin, c'est-à-dire Lucifer, l'ange de la lumière. Et beaucoup d'autres ont cru que cette lumière était celle de l'aurore, mais au fond cette lumière n'a engendré que les ténèbres, le mal et la mort, et la descente dans les profondeurs de l'abîme et du shéol.

       Il y a un autre signe, c'est un signe du crépuscule. C'est le signe qui annonce que le lendemain il fera beau. Non pas le signe rouge sombre de la tristesse de la mort, de la déchéance, de l'exil, mais le signe rouge feu. Rouge feu de la mort du Christ, puisque, ce jour-là, le ciel ensanglanté par la mort du Christ, illuminé déjà intérieurement par le don de son Esprit, était un ciel où a brillé le signe d'un jour nouveau, d'un beau temps nouveau et définitif. La mort du Christ, c'est la chute du Lucifer, de l'astre du matin, de celui qui a voulu guider les hommes, qui, aveugle, les a conduits vers le trou de la mort et de la séparation de Dieu. Mais, dans notre nuit, dans notre crépuscule, Dieu veut faire lever un autre signe, le soleil levant, le soleil de justice, le soleil véritable, le soleil dont nous ne pouvons pas nous passer de cette lumière qui nous illuminera au jour nouveau qui sera sans déclin.

       Ce jour, nous le connaîtrons lorsque la Pâque du Christ sera entièrement achevée en nous, lorsque nous arriverons nous-mêmes à notre crépuscule, et dans notre dernier regard, tournant nos yeux vers la limite de notre nuit, nous apercevrons le signe de la croix, ce signe rouge feu qui nous introduira dans ce monde du repos après tant de souffrances, après tant de tourments, et lorsque notre dure servitude sera définitivement écartée par le soleil qui viendra illuminer notre cœur et réchauffer notre vie dans la lumière éternelle de Dieu.

       AMEN