L'ÉLECTION EST UN DON GRATUIT

Dt 4, 32-40

(20 octobre 2006)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

F

rères et sœurs, les deux textes que nous venons d'entendre résument tout le drame d'Israël. Si nous relisons le texte du Deutéronome : "Y a-t-il une parole aussi grande que celle qui t'a été adressée ? Est-il un peuple qui ait entendu la voix du Dieu vivant parlant du milieu du feu ? Parce que le Seigneur a aimé tes pères, et qu'après eux, il a élu leur postérité, il t'a fait sortir d'Égypte en manifestant sa grande force, il a dépossédé devant toi les nations plus grandes et plus puissantes que toi. Sache-le donc aujourd'hui et médite-le dans ton cœur, c'est le Seigneur qui est Dieu, là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre, et nul autre. Garde ses lois et ses commandements, et tu auras longue vie sur la terre que le Seigneur te donne pour toujours".

C'est le résumé de la première Alliance. Le Seigneur a choisi le peuple d'Israël, il a combattu pur lui, il l'a délivré de ses ennemis, il lui a promis une terre, il a dépossédé les autres nations. Il a choisi Israël. Israël se sait choisi par Dieu, mais deux attitudes sont possibles : ou bien Israël prend ce choix de Dieu, cette élection comme un privilège qui le met à part des autres nations, qui fait que Dieu est "son" Dieu, et lui seul, et que s'il observe la Loi, les commandements, il est assuré d'être béni par Dieu pour toujours. C'est la perspective de l'Ancien Testament, c'est la perspective du Deutéronome tel que nous l'avons entendu. Ou bien, Israël comprend que ce choix de Dieu est gratuit, qu'il n'est en aucune manière une sélection qui le mettrait à part, qui ferait que lui seul est le peuple de Dieu. Il comprend que ce choix de Dieu est une mission qui lui incombe, pour qu'il puisse devant tous les autres peuples, témoigner de cet amour de Dieu, cet amour qui ne lui appartient pas car on ne peut jamais mettre la main sur l'amour qui est gratuit. Cet amour de Dieu gratuit pour Israël afin qu'Israël puisse témoigner à partir de toute son histoire avec quelle fidélité, quelle délicatesse Dieu l'a aimé et que cet amour à travers l'expérience d'Israël s'adresse à tous les hommes s'ils écoutent cette Parole de Dieu.

C'est cela même que Jésus vient annoncer : il faut que nous soyons comme il fallait qu'Israël soit, un serviteur qui attend le retour de son maître. Il fallait que le feu à partir duquel Israël a entendu la Parole de Dieu sur le mont Sinaï, devienne comme Jésus le dit immédiatement avant ce que nous venons de lire, devienne ce feu qu'il est venu jeter sur la terre et qui va la consumer : "Aujourd'hui et demain, je marche vers Jérusalem, et le troisième jour je suis consommé". Le mystère des rapports de Dieu avec Israël était celui de la gratuité absolue du choix de Dieu. Supposez qu'Israël écoute non seulement une loi, non seulement des commandements, mais qu'il écoute cette Parole intime de Dieu qui s'adresse à son cœur. Or, Israël s'est cru privilégié et il a continué son chemin sans comprendre qu'il fallait annoncer à toutes les nations du levant au couchant du Nord au Midi, que le festin de l'amour était un appel pour tous.

Parce qu'Israël a cru qu'il était garanti dans son salut, quand il frappera à la porte, le Seigneur lui dira : éloignez-vous de moi, vous avez commis l'injustice, vous n'avez pas été les témoins de son amour pour tous les peuples, éloignez-vous de moi, je ne vous connais pas, je ne sais pas d'où vous êtes. Jésus annonce que le festin du Royaume où prendront place Abraham, Isaac et Jacob, Israël devait être à la place d'honneur, c'est-à-dire à la dernière place, celle des serviteurs, ils en seront exclus parce qu'ils ont voulu le garder pour eux, alors qu'on viendra de tous les coins de la terre pour prendre palace au festin du Royaume de Dieu.

Jésus s'écrie : "Jérusalem, tu as tué les prophètes, tu as lapidé ceux qui te sont envoyés, tu n'as pas compris le sens de l'amour de Dieu pour toi et pour tous les hommes. J'ai voulu te rassembler, mais tu n'as pas entendu, tu n'as pas écouté. Voici que ta demeure va être laissée à toi, et vous ne me verrez plus". Jésus, refusé par Israël, Jésus méconnu par son propre peuple va être consommé, c'est-à-dire offert en sacrifice. Il va accepter de prendre sur lui toute la méchanceté des hommes, tout le péché du monde pour sauver le monde entier dans cet amour et dans cette miséricorde que Jérusalem n'a pas compris.

C'est cela le drame : prendre une mission pour un privilège, prendre une vérité qu'il fallait pénétrer en profondeur pour l'annoncer aux autres, comme quelque chose qui vous est dû, se croire garanti par l'appel de Dieu, mais cet appel était une invitation à aller plus loin, et à ce plus loin qui était la prédication de l'amour de Dieu jusqu'aux extrémités du monde, c'est cela le drame d'Israël en face de Jésus, mais à la dernière phrase, il y a une promesse : "Vous ne me verrez plus jusqu'au jour ou vous direz : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur". Saint Paul nous dit que quand Israël entendra cette parole et la comprendra, alors, ce sera la résurrection des morts.

 

AMEN