DIEU DEVANT OU DERRIÈRE ?

Ex 14, 19-23

(17 août 2006)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Présence invisible

L

'homme riche de l'évangile a le désir d'obéir aux commandements, il a le désir d'avoir toujours fixé devant ses yeux l'image du Christ, les commandements de Dieu, la Bible, mais il faut bien avouer que très souvent, de ce côté-là, on est dans le rêve. Et très souvent aussi le désir du chrétien devient rêve ou cauchemar, il est un peu comme l'image de cette brebis qui a envie d'avoir son berger devant elle afin que son berger l'emmène dans les gras pâturages, se reposer à l'air frais, manger et boire bien tranquillement. Le chrétien est donc celui qui a plutôt le désir d'avoir Dieu devant lui et de se reposer dans cette marche en gardant le regard fixé vers Dieu. D'une certaine manière, le fameux homme riche dont il est question dans saint Matthieu représente à sa manière, ce genre de comportement.

Effectivement, la meilleure garantie pour arriver dans ces gras pâturages, la meilleure garantie pour avoir toujours le visage de Dieu fixé devant moi, c'est de substituer d'ailleurs le visage de Dieu par la Loi, et de garder la Loi et surtout, de faire toujours ce que la Loi dit, parce que c'est la garantie que j'arriverai bien à bon port.

Or, je ne sais pas si vous avez prêté attention à la première lecture, qui est un peu découpée sur plusieurs jours (hélas), mais ces braves israélites donc, sont en train de fuir l'armée de pharaon qui leur court après, et ils arrivent au bord de la mer. Le verset dix-neuvième dit cela : "L'ange de Dieu qui marchait en avant du camp, se déplaça et marcha derrière eux. Et la colonne de nuée se déplaça de devant eux et se tint derrière eux". C'est intéressant parce qu'au premier abord, on a plutôt une image classique d'un peuple qui est rassuré parce qu'il est guidé par un tiers, qui est ici représenté par l'ange de Dieu, par la nuée, les ténèbres la nuit, la nuée lumineuse le jour, etc … Et cela rassure. Israël qui est toujours poursuivi par les égyptiens, arrive face à la mer symbole même de la mort, la nuée, sa fonction n'est plus de montrer une direction, mais cette fois-ci sa fonction est de mettre une barrière entre Israël et les égyptiens. On a ici, peut-être la meilleure définition de la Loi. La Loi, en fait, ne nous montre pas la fin. Il y a des tas de gens qui ne tuent pas, qui ne volent pas, qui ne trompent par leur femme, qui font tout bien comme la Loi, mais tous ces gens ne le font pas pour les mêmes raisons, pas pour la même finalité. Certains le font pour Allah, d'autres pour Jésus, d'autres le font parce que c'est la société qui l'impose, d'autres parce qu'il faut signer le contrat social de Rousseau, d'autres pace que c'est l'école de la troisième république qui le leur a inculqué ces valeurs, etc …

En fait, je crois que le minimum de la Loi et saint Paul le dit : la Loi ne sauve pas. La Loi montre ce qui est bien et ce qui est mal, c'est-à-dire qu'elle sépare. La nuée lumineuse va séparer en dernier ressort, Israël de l'Égypte, du mal, mais elle ne fait pour le moment, que préserver Israël de la mort apportée par les égyptiens. Mais "quid" du bord de l'eau ? Je crois que c'est cela qui doit retenir notre attention, et je me permets de faire l'aller-retour entre la première lecture et ce brave homme riche de l'évangile, c'est qu'en fait, l'homme riche garde les commandements devant lui. Mais en fait, Dieu ne nous invite pas uniquement à suivre les commandements. Dieu nous invite à une aventure. Dieu nous invite à passer la mer, le lieu de mort, le lieu où l'on risque. Et c'est ce que le jeune homme refuse de faire. En fait, ce jeune homme est au bord de la Mer Rouge, comme la lignée de ses ancêtres, il est bien protégé des égyptiens, c'est-à-dire de toutes les bêtises grâce à la Loi qu'il suit mot pour mot, mais ail est au bord. Et en fait, il n'a pas envie de mourir, du moins, il n'a pas envie de passer à travers la mort pour suivre Jésus. "Va, vends tes biens" c'est-à-dire, pour me suivre, il faut lâcher une certaine assurance et il faut que tu découvres que la Loi n'est pas une fin, mais un moyen, et qu'il faut aller de l'avant. C'est ce que ne fait pas le jeune homme. Il reste en fait au bord de la mer.

Moïse que fait-il ? Dieu protège des égyptiens, ce n'est pas Dieu qui oblige les israélites à traverser la mer. Il faut que Moïse pose cet acte, ce bâton brandit au-dessus de la mer, pour qu'à ce moment-là, le Seigneur ouvre la mer et fasse traverser Israël au cœur de la mort. Cette aventure, elle est proposée à tout le monde. Dans le passage de la Mer Rouge, sont invités à la fois les hébreux, mais aussi les égyptiens. Je garde pour demain le devenir des égyptiens et des israélites, même si tout le monde le connaît, mais je voulais nous inviter à méditer justement à la fois sur la place de la Loi dans notre vie, qui n'est donc pas une fin en soi, mais une protection que le Seigneur nous donne, car enfin, en dernier ressort, ce que Dieu nous invite à vivre, ce n'est pas une suite de commandements, mais véritablement entrer dans une aventure.

La meilleure preuve, c'est le déroulement chronologique de l'Exode. Une fois que Dieu a sauvé son peuple en le faisant traverser la Mer Rouge, il donnera après la Loi sur le Sinaï. La Loi sur le Sinaï n'est pas donnée avant le salut. Il y a salut, et ensuite, Loi donnée à Israël.

Frères et sœurs, ne restons pas au bord de la mer, comme cet homme riche, faisons confiance au Seigneur, et acceptons de plonger dans l'eau pour traverser avec lui toutes nos morts, et le suivre sur ses chemins de salut, de joie.

 

AMEN